Régions

A Oujda, les entreprises se meurent

Par Ali KHARROUBI | Edition N°:5270 Le 11/05/2018 | Partager
Plusieurs entreprises en liquidation judiciaire
Absence de volonté politique pour sauver la région

«Le dispositif mis en place pour  mettre fin au commerce illégal de la contrebande, en provenance de l’Algérie et Melilla, n’a pas encore profité à la région. Il n’a pas, non plus, été suivi de mesures incitatives pour renforcer l’attractivité d’un territoire aux multiples attentes».

Un constat partagé par les opérateurs économiques, dont Driss Houat, ex-président de la Chambre de commerce et d’industrie et aujourd’hui industriel lors d’une rencontre animée par un binôme candidat à la présidence de la CGEM.

Plusieurs entreprises locales ont lancé les procédures de redressement et liquidation judiciaire, est-il déploré auprès des professionnels. «Elles envisagent de mettre la clef sous le paillasson et investir ailleurs, notamment à Casablanca ou à Tanger».

Une désertion forcée qui plombera sans nul doute une activité économique quasi moribonde. Elle conduira à des licenciement et remettra en cause la crédibilité des entreprises locales, proincipalement auprès des établissements bancaires. D’ailleurs, les banques ne leur octroient plus de facilités de paiement pour leurs transactions, achats de marchandises ou de matières premières.

Une vérité qui sort de la bouche de plusieurs experts-comptables, lors de leur dernière réunion. Ils rapportent qu’ils ont reçu des demandes, émanant de tribunaux, pour valider les situations en liquidation judiciaire ou en procédure de redressement. C’est le cas d’une grande entreprise en BTP qui a décroché des marchés étatiques de 570 millions de DH pour la construction d’établissements pénitenciers, mais qui n’a pas honoré ses engagements.

D’autres entreprises sont dans la même situation, comme celle spécialisée dans la vente du matériel électrique et travaux d'installation électronique. «Cela engendre un effet de réticence à l’égard de toutes les entreprises de la région qui veulent s’approvisionner auprès des fournisseurs. Elles doivent payer à l’avance leurs commandes. Ce qui n’est pas normal dans le mode de fonctionnement des entreprises», explique Mohamed Amin Fatmi, expert-comptable et commissaire aux comptes.

En plus de ces difficultés, la région ne bénéficie d’aucune incitation fiscale. «Les entreprises de l’Oriental bénéficiaient de 50% de réduction sur l’impôt sur les sociétés jusqu’en 2013. Ce qui encourageait plusieurs investisseurs à s’y installer. Ce n’est plus le cas», ajoute Driss Houat qui regrette le temps où la région était classée quatrième sur le plan national.

Dans son dernier rapport sur la région, le HCP a recommandé des incitations fiscales pour relancer l’activité économique au niveau de l’Oriental. Or, les nouvelles mesures de la loi de finances 2018 n’accordent aucune faveur à cette région, malgré la crise qui la secoue.

«La région a besoin d’une réelle volonté politique pour développer un système intégré allant de Tanger à Oujda tout en incluant Al Hoceïma et Nador. Et de transférer les nouveaux investissements vers Nador et Oujda», déclare Abdelhafid Jarroudi, actuel président de la Chambre de commerce, d’industrie et de services de l’Oriental.

Sauver les entreprises existantes

La région comptes 53 entreprises avec un chiffre d’affaire de plus de 50 millions de DH (dont 70% déficitaires). Insignifiant par rapport au nombre d’entreprises de la même taille sur le plan national, qui gravite autour de 40.000 entreprises, rapporte-t-on lors de la journée d’étude organisée par la section locale du Conseil régional de l’ordre des experts-comptables, la CCISO et la CGEM/Oriental. Tout en se félicitant des nouveaux dispositifs d’aide à l’investissement initiés par le Conseil régional de l’Oriental et l’Agence nationale pour la promotion de la petite et moyenne entreprise au profit des nouvelles entreprises, les intervenants ont insisté sur l’importance de sauver les entreprises existantes confrontées à d’énormes difficultés. L’urgence actuelle est d’accompagner les entreprises qui végètent pour instaurer un climat de confiance et intéresser les investisseurs potentiels.

De notre correspondant permanent, Ali KHARROUBI

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