Analyse

Réintégration de la CNT à la CGEM

Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:5268 Le 09/05/2018 | Partager
Les voyagistes, les transporteurs et l’Anit l’encouragent fortement
Les hôteliers et les professionnels marrakchis du tourisme s’y opposent
Un nouveau bras de fer qui secoue la profession et dont l’issue sera connue le 11 mai
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En réintégrant la CGEM, l’instance des professionnels de tourisme perdra de sa superbe mais aussi de ses pouvoirs et de son autonomie financière. Ci-dessus, un comparatif réalisé par la CNT des pouvoirs de l’institution  en tant que fédération interne et confédération externe

L'Heure est décisive pour le tourisme. C’est après demain vendredi que devra être décidé le sort de la Confédération nationale du tourisme (CNT) lors d’une assemblée générale extraordinaire. Ses membres devraient statuer si, oui ou non, ils souhaitent un retour sous l’égide de la CGEM.

Un retour qui acterait l’échec du secteur privé dans sa gouvernance et qui serait une première dans la vie du patronat où 24 fédérations ont été externalisées, mais jamais réintégrées. Cela veut dire que les professionnels du secteur du tourisme, qui avaient milité pour prendre leur destin en main et transformer leur fédération en une confédération autonome, n’ont tout simplement pas réussi leur challenge.

Les raisons à l’origine de ce rétropédalage sont nombreuses. La première est liée au nerf de  la guerre, l’argent et les cotisations. D’après les dirigeants actuels de la CNT, plusieurs fédérations métiers ont été absentes et n’ont jamais honoré leurs engagements et ce, depuis plusieurs années. Seules la Fédération nationale de l’industrie hôtelière (FNHI), quelques associations régionales et membres directs continuent de payer les cotisations.

Outre une trésorerie fragilisée, il existe une seconde raison qui explique ce retour en arrière: les problèmes d’ego entre professionnels qui ont fait de la CNT une confédération très perturbée, souffrant depuis son externalisation d’une absence totale de complicité et d’entente interprofessionnelle. Et tout le monde a sa part de responsabilité dans cette guerre intestine qui ne date pas d’aujourd’hui, mais remonte à 2007.

Maintenant, la solution est-elle forcément dans le retour de la CNT sous le giron de la CGEM ou dans une reprise de confiance interprofessionnelle? Deux fédérations métiers (voyagistes et transporteurs) estiment ce retour nécessaire.

«Nous changeons juste de fusil d’épaule pour une période temporaire et bénéficierons, entre temps, du pouvoir du patronat pour porter notre fédération dans les négociations avec le gouvernement et transformer cette institution en léthargie en fédération forte affiliée à la CGEM», déclare un voyagiste casablancais.

Même son de cloche pour l’Association nationale des promoteurs du tourisme (Anit), pour qui la réintégration est une sage décision que la profession a déjà votée. L’Anit fait référence au vote qui a fait suite à la présentation du rapport du comité des experts et sa validation au conseil d’administration de la CNT tenu le 16 mars dernier.

«Sauf que les personnes qui ont voté pour une fédération interne n’étaient pas à jour de leurs cotisations lors de ce conseil d’administration, ce qui, selon nos statuts, leur enlève tout droit de dicter une telle décision», relève Abdellatif Kabbaj, président actuel de la CNT. Du reste, la décision, même actée par le conseil d’administration, doit obtenir l’aval  de l’assemblée générale, ajoute-t-il.

Or, une grosse partie des opérateurs, notamment les professionnels de Marrakech et Agadir,  les membres du bureau actuel de la CNT et la Fédération nationale de l’industrie hôtelière (FNIH) contestent ce retour et ne comptent pas valider ce choix. «A l’heure où le tourisme reprend des couleurs, il serait injustifiable de rompre un équilibre que nous avons mis beaucoup de temps à instaurer et ouvrir une boîte de Pandore dont on ne connaît pas les conséquences», estiment-ils.

«Une réintégration à la CGEM signifie que les pouvoirs, le budget, le fonctionnement seraient décidés par des instances de la CGEM et non par les professionnels du tourisme», alerte Lahcen Zelmat, président de la FNIH. Pour rappel, l’externalisation de la FNT en 2008 avait été une démarche largement débattue et demandée par l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur du tourisme national.

«La CGEM y a participé activement, notamment par la rédaction des statuts, mais n’est malheureusement pas allée jusqu’au bout de sa démarche puisqu’elle a gardé en son sein une centaine d’entreprises touristiques qui auraient dues être redirigées directement vers la FNT et de là vers la CNT actuelle», regrette Abdellatif Kabbaj, président actuel de la CNT.

Un retour à la case départ affaiblira davantage l’instance interprofessionnelle ainsi que le secteur du tourisme et pourrait même diluer le secteur au sein d’un patronat dominé largement par les industriels de Casablanca, estiment des professionnels marrakchis.

Guerre des régions?

Certains professionnels vont jusqu’à penser que cette mobilisation des Casablancais pour réintégrer la CNT à la CGEM aurait pour objectif de favoriser Casablanca au détriment des deux grandes destinations du tourisme qu’est Marrakech et Agadir. Une guerre des régions alors? Et serait-elle liée à la  feuille de route BCG  pour enclencher l’accélération de la Vision 2020 et qui met les deux destinations Marrakech et Agadir en priorité? Pourtant, ce sont ces deux destinations qui ont su tirer le secteur vers le haut. Elles représentent dans tous les cas les deux tiers des 69,66 milliards de DH rapportés en 2017. Et aujourd’hui, déchirés par des querelles intestines, les opérateurs ont oublié le plus important. A savoir, faire évoluer le secteur pour faire du tourisme un levier d’une croissance forte et inclusive.

 

 

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