International

Risque de change: L’Afrique fortement touchée

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5267 Le 08/05/2018 | Partager
Accalmie en 2018, mais les réserves ont fondu
Ce qui accroît la vulnérabilité à un nouveau choc
L’analyse de Coface
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Les résultats confirment les importantes pressions subies par les devises africaines lors de l’année 2016, mais révèlent aussi une atténuation de celles-ci l’année suivante. Cette tendance est particulièrement marquée en Afrique australe (Afrique du Sud, Zambie, Mozambique), où les chocs ont d’abord été absorbés par le régime de change flottant en 2016. L’amélioration des balances commerciales en 2017, grâce notamment à une augmentation de la production et des prix des matières premières exportées, a ensuite permis une relative stabilisation du cours des devises. Le Maroc fait partie des pays où la situation n’est pas critique

(NB) Plus l’indice de pression des changes (EMPI) est élevé, reflétant la dépréciation et/ou la déplétion des réserves, plus fortes sont les tensions sur le marché des changes

Le risque de change reste toujours d’actualité sur le continent africain. C’est le constat établi par Coface dans son étude «Risque de change en Afrique», qui s’appuie sur l’évolution de l’indice de pression des changes EMPI, utilisé pour quantifier les pressions sur une devise.

Le choc de la baisse des cours des matières premières, et plus particulièrement de ceux du pétrole à partir de l’été 2014, a déstabilisé de nombreux pays d’Afrique. Dans le sillage de ses principales économies (Nigéria, Afrique du Sud, Angola), la croissance de la région, à son plus bas depuis 20 ans en 2016, a marqué le pas.

Outre le ralentissement de l’activité, l’évolution des cours des produits de base s’est traduite par la dégradation des termes de l’échange(1) et des pressions baissières sur la plupart des devises africaines. Les taux de change des exportateurs de pétrole, Nigéria et Angola en tête, et de ressources minérales (Mozambique, Zambie) ont été soumis à d’intenses pressions. Ce qui a conduit dans de nombreux cas à d’importantes dépréciations, malgré l’utilisation des réserves de change pour en atténuer l’ampleur.

Depuis 2013, la plupart des devises africaines ont ainsi perdu plus de 20% de leur valeur. Pour les entreprises, ces dépréciations se sont notamment traduites par une accélération de la hausse des prix des produits importés et une augmentation du fardeau de leur dette libellée en devises. Pour celles qui exportent et/ou importent à partir de ces pays, l’instabilité des devises a aussi été synonyme de coûts plus élevés pour les transactions transfrontalières.

Dans certains cas (Nigéria, Angola, République démocratique du Congo), des pénuries de liquidités ont rendu plus difficiles les rapatriements de profits ainsi que les transactions au sein même des frontières. Les contrôles de capitaux (Egypte) et/ou d’importations (Algérie) mis en oeuvre pour juguler les pressions sur le marché de change ont également eu des conséquences directes sur les opérations des entreprises.

En 2017, ce mouvement de dépréciation s’est atténué grâce à la hausse des prix des matières premières. Mais, comme l’indique l’indice de tension sur le marché des changes déployé dans cette étude, les pressions baissières demeurent importantes dans certains pays (République démocratique du Congo, Éthiopie, Angola, Libéria, Guinée).

Pour les pays les plus dépendants de la rente des matières premières, les déséquilibres relatifs à la sévère détérioration des balances budgétaires et des comptes courants entre 2014 et 2016 continuent d’entretenir la pression sur les taux de change. De plus, avec l’érosion des réserves internationales au cours de cette période, la vulnérabilité à un nouveau choc externe est à surveiller.

A ces vulnérabilités s’ajoutent le risque politique et l’accélération du cycle de resserrement monétaire aux Etats-Unis. Lesquels pourraient, de nouveau, intensifier les sorties de capitaux de la région et donc la pression sur les taux de change.

En Afrique du Nord, la situation diverge

En Afrique du Nord, les tensions demeurent fortes notamment en Algérie et en Tunisie. Les experts de Coface ont observé une amélioration en Libye où la production de pétrole a doublé en 2017 par rapport à 2016. Pour l’Egypte, frappée par une pénurie de dollars suite à la révolution de 2011, l’indice de pression des changes culminait à près de 91% fin 2016. Toutefois, après la dépréciation de 50% liée à la flexibilisation du taux de change en novembre 2016, la livre s’est stabilisée et les réserves ont augmenté de 80%. Aussi, les pressions en Egypte s’atténuent et l’indice de pression des changes (EMPI) est revenu en territoire négatif fin 2017. En ce qui concerne le Maroc, la situation demeure stable (voir aussi notre édition N° 5194 du 24/01/2018, «Croissance modérée, investissement soutenu… La radioscopie Coface pour le Maroc».

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(1) Pour un pays donné, les termes de l’échange sont le rapport entre l’indice du prix des exportations et celui des importations.

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