Economie

Gouvernance: Des avancées et beaucoup de chemin à faire

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5264 Le 03/05/2018 | Partager
Corruption, accès à l’information, mise à niveau de l’administration et lutte contre la fraude fiscale, les défis à relever
Le pays stagne dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire

C’est connu. Le lien entre la gouvernance et le développement économique est déterminant. Ce que corroborent  plusieurs travaux menés par des institutions internationales. Il en résulte que les atouts en termes de géographie, d’ouverture commerciale, de dotation de ressources naturelles ne suffisent pas pour amorcer et consolider un développement économique et social inclusif.

Certains pays, dont le niveau de revenu par tête était faible durant les années 1960, ont pu amorcer un processus accéléré de rattrapage économique grâce justement à l’édification d’institutions modernes et performantes.

Le Maroc, pays ayant lancé un élan réformateur délibéré, a placé la question du renforcement de la gouvernance institutionnelle au cœur de son projet de développement. A commencer par la réforme institutionnelle de 2011. Depuis, beaucoup de chantiers ont été ouverts et  dont certains ont  abouti à bon port.

Où en sommes-nous aujourd’hui? Selon la dernière livraison de la Direction des études et des prévisions  financières du ministère des Finances, des avancées ont été réalisées mais beaucoup de chemin reste à faire. Le document qui  s’appuie sur des modèles économétriques, intégrant un échantillon de 94 pays dont le Maroc, met en évidence la relation entre la qualité institutionnelle et la performance économique.

Les pays de l’échantillon ont été regroupés en trois groupes, selon leur niveau de revenu (élevé, intermédiaire, faible). Ceci dans l’objectif  de déceler l’effet différencié de la gouvernance sur leurs performances économiques. «Dans le contexte marocain, les réformes  menées au cours des deux dernières décennies, lui ont permis d’enregistrer des avancées appréciables en la matière, l’érigeant en modèle pour sa région», constate l’étude. Mais ces avancées, aussi encourageantes soient-elles,  ne devraient pas occulter les défis encore à relever.

Des actions vigoureuses devraient être déployées particulièrement pour ce qui est de la mise à niveau de l’administration publique, de la coordination étroite entre acteurs, de l’amélioration de la transparence de l’information,  de l’innovation et de la sécurité des transactions et des contrats.  C’est d’ailleurs, les mêmes défis mis en relief par des institutions internationales et nationales (Banque Mondiale, l’OCDE, le Conseil économique, social et environnemental…). Au moins 5 leviers sont à déployer, recommande l’étude. (Voir encadré ci-contre).

La situation est illustrée par l’analyse des données de  la base IPD (Institutional Profiles Database) sur les années  2009, 2012 et 2016. Le classement, surtout en termes de gouvernance publique, est resté  favorable comparativement aux pays de la région Mena mais aussi par rapport  à d’autres pays comme la Turquie, la Chine, la Grèce, le Mexique.

Cette analyse a révélé une modification de la position du Maroc en 2016 par rapport à 2009 que ce soit en termes de gouvernance publique ou privée. Cette évolution traduit à la fois l’amélioration de la notation du pays au niveau de certains indicateurs institutionnels et le recul dans d’autres.

Les gaps à rattraper  se situent au niveau de la sécurité des droits de propriété et des contrats et des libertés publiques  En ce qui concerne la gouvernance privée, le pays a enregistré un repli de sa notation, surtout, au niveau du fonctionnement du marché du travail (rigidité, précarité  et discrimination du genre…), des relations commerciales et financières avec l’extérieur et régulation  du marché financier et du dialogue social.

De même, le bon positionnement du Maroc parmi les pays ayant un niveau intermédiaire. Néanmoins, un tel positionnement soulève les défis qui restent à relever pour accélérer le rattrapage économique du pays vers les pays performants.

Ces défis concernent, particulièrement, la formalisation du marché du travail, la lutte contre la corruption, le renforcement de la couverture du territoire par les services publics, la normalisation accrue de l’information sur la qualité des biens et des services et la consolidation de l’efficacité de l’administration fiscale dans la collecte de l’impôt et de sa capacité à limiter la fraude fiscale.

Gouvernance: Notion et indicateurs de mesure

Seslon la Banque mondiale: «la gouvernance est l’art de gérer les affaires publiques pour le bien-être individuel et collectif ainsi que pour le développement durable des communautés nationales». L’OCDE définit la gouvernance comme «l’utilisation de l’autorité politique et l’exercice du contrôle en rapport avec la gestion des ressources d’une société en vue d’un développement économique et social». Les organismes internationaux  de financement utilisent la notion de gouvernance pour désigner les institutions, les pratiques et les normes politiques nécessaires, à la croissance et au développement économique des pays emprunteurs. D’après le PNUD, la gouvernance est la présence de l’autorité administrative (mise en oeuvre des politiques), de l’autorité politique (formulation des politiques) et de l’autorité économique (prise des décisions à caractère économique).
Les indicateurs de mesure de la gouvernance utilisés dans l’étude de la DEPF sont extraits des bases de données de World Governance Indicators développée par la Banque mondiale et l’Institutional Profiles Database. La dernière édition de la base IPD, réalisée en 2016, couvre 144 pays et 320 variables élémentaires de caractéristiques institutionnelles, qui ont été agrégées pour obtenir 127 indicateurs (Pour consulter l’étude: www.finances.gov.ma/depf).

                                                                               

Les leviers à déployer

Au moins 5 leviers prioritaires devraient être déployés pour susciter une inflexion positive du développement institutionnel du Maroc et optimiser ses performances économiques et sociales. Le premier tient au parachèvement de l’édification des réformes institutionnelles. En accordant une attention particulière  aux instances chargées de la régulation économique et celles impliquées dans l’intermédiation sociale.

Il s’agit en second lieu d’accélérer le processus d’accumulation du capital humain, via le recours à une nouvelle génération de réformes touchant l’éducation-formation et avec comme socle fondateur le relèvement de l’employabilité et l’amélioration de la qualité de santé.

Le 3e levier concerne le renforcement de la cohérence des programmes publics et leur indexation systématique sur des mécanismes de suivi et d’évaluation.

La promotion territoriale des politiques publiques constitue le 4e levier. L’objectif est de mieux planifier le développement en diversifiant les ressorts de création des richesses.  Enfin, l’ancrage du système productif national doit s’adosser  sur une stratégie de modernisation rénovée ayant pour épine dorsale la R&D.

 

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