Analyse

Un an du cabinet El Othmani: Ces chantiers en panne

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5262 Le 30/04/2018 | Partager
Réglementation de la grève, régionalisation, déconcentration…
Sur l’emploi et la croissance, les comptes n’y sont pas
Réunion de la commission de suivi du programme gouvernemental
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Pour son premier bilan, le gouvernement s’auto-évalue sur un exercice à cheval sur deux ans (Ph. L’Economiste)

La commission ministérielle consacrée à l’examen du bilan de l’action du gouvernement a rendu son évaluation. S’il ne devait être évalué que sur les résultats  sur l’emploi, la croissance et la compétitivité, le gouvernement serait en dessous de la moyenne. Le chômage des jeunes à 40% reste une menace pour la société. La croissance, malgré le rebond de 2017, n’est pas non plus celle du niveau de pays émergents.

Par ailleurs, de nombreuses réformes de structure n’avancent pas: la loi sur le droit de grève, la mise en œuvre de la régionalisation avancée, l’effectivité de la loi sur les délais de paiement, l’assainissement de la justice, l’enseignement, etc.

■ Les créations d’emploi ne décollent pas
En 2017, le taux de chômage est passé à 10,2% contre 9,9% un an auparavant. Selon les données du HCP, l’économie nationale n’a pu créer que 86.000 nouveaux postes d’emploi, dont 31.000 en milieu urbain et 55.000 en milieu rural. D’où une persistance de la baisse des taux d’activité et d’emploi. La population active au Maroc s’élève à 11,91 millions de personnes. 10,69 millions exercent une activité.
L’année dernière, le taux d’activité a reculé de 47% à 46,7% en raison de l’accroissement de la population active de 1,1% par rapport à 2016.

■ Loi sur le droit de grève: Le serpent de mer
La grève est un droit consacré par la Constitution depuis plus d’un demi-siècle. Mais ce droit est conditionné par une loi organique qui n’a toujours pas vu le jour. En 2016, le groupe des conseillers parlementaires de la CGEM avait déposé une proposition de loi. Un séminaire a été organisé avec la participation des représentants de la société civile, des syndicats, du CNDH, ainsi que de hauts fonctionnaires. La proposition de loi a fini par être étouffée après avoir été contrée par le projet de loi gouvernemental. Deux ans plus tard, ce texte n’a toujours pas vu le bout du tunnel.
Or, «l’environnement des affaires est conditionné par l’adoption du projet de loi sur la grève. En effet, il y a une relation dialectique entre le droit de grève, le code du travail et les défaillances d’entreprises. Il faut en tirer les enseignements qui s’imposent», insiste Abdelilah Hifdi, président du groupe des conseillers de la CGEM. Ce dernier ajoute que lors d’un récent voyage en Chine, le président du patronat chinois a déclaré que «les investissements ont besoin de sécurité et de transparence dans les relations de travail». Et l’un des paramètres attestant de la sécurité dans l’environnement des affaires concerne la réglementation du droit de grève. Le vide juridique qui caractérise actuellement les grèves touchant le privé menace l’investissement et dissuade beaucoup d’opérateurs économiques.
Le dirigeant d’une usine de fabrication de chaussures de luxe orientée à 100% export, qui emploie quelque 300 salariés, déclare «ne pas augmenter la taille de son unité de production parce que avec un effectif de 1.000 salariés, les risques de conflits sociaux deviennent plus importants. Pourtant, les opportunités d’export son là».

■ Le partenariat public/privé aux calendes grecques
Le gouvernement Benkirane et la CGEM sous Mohamed Horani avaient signé une convention pour la création d’une plateforme public/privé. Coprésidée par un ministre représentant un pôle et le président ou la présidente de la CGEM, la structure se déclinait à travers cinq commissions thématiques: compétitivité, ALE, environnement des affaires… L’objectif étant de fluidifier la résolution des questions en suspens. La plateforme n’a jamais fonctionné de manière institutionnelle. Des réunions sporadiques sont organisées sans aucun suivi. Lors d’une séance de questions orales à la Chambre des conseillers, le président du groupe parlementaire de la CGEM a interpellé le chef du gouvernement pour la réactivation de l’instance, sans résultat.

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La situation du chômage par région des personnes qui ne sont ni à l’école, ni à l’emploi ni en formation (NEETs) touche principalement les femmes. De plus, l’Oriental est la région la plus impactée

■ Régionalisation avancée: Retard à l’allumage
La régionalisation avancée fait partie des projets de loi qui devaient être au moins proposés à l’approbation du Parlement avant la législature sous Benkirane. Il est vrai qu’après la loi organique, une panoplie de textes d’application ont été et continuent d’être publiés. Mais le chantier de la régionalisation n’a pas encore vraiment été enclenché tant que la charte de déconcentration n’a pas vu le jour. Or, sans une vision sur la déconcentration, la régionalisation avancée qui revient de manière récurrente dans les discours du Roi ne peut pas être mise en œuvre. Le chef du gouvernement a été interpellé à ce sujet lors d’une séance de questions orales par la CGEM il y a quelques mois, sans tenir sa promesse.

■ A la recherche d’un nouveau modèle de développement
Dans son discours prononcé en octobre dernier à l’occasion de l’ouverture de la première session de la deuxième année législative, le Souverain a déclaré qu’en l’état actuel, le modèle de développement du Maroc ne peut satisfaire les demandes pressantes et les besoins croissants des citoyens, à réduire les disparités catégorielles et territoriales.
Six mois plus tard, le gouvernement n’a encore communiqué sur aucun nouveau modèle de développement. Pourtant, dans quelques semaines, il devra élaborer la note de cadrage relative au projet de loi de finances 2019. A l’évidence, puisqu’il n’en a toujours pas arrêté le périmètre, le prochain budget ne devrait pas comporter de mesures spécifiques à un nouveau modèle économique.
Dans le même temps, il ne peut pas y avoir de nouveau schéma de développement tant que la régionalisation avancée n’est pas mise en œuvre.

Formation continue: La réforme gelée

La réforme de la formation continue des salariés est un chantier ouvert depuis plusieurs années déjà. Le fait générateur était le scandale des détournements de fonds liés aux contrats spéciaux de formation (CSF) au début des années 2000. Plusieurs scénarios de réforme avaient été imaginés par le gouvernement avec le patronat et les syndicats. Le dernier portait sur la création d’un super GIAC pour la gouvernance de la formation continue. Le texte a été bloqué pendant quatre ans, avant que le gouvernement surprenne la CGEM avec une nouvelle mouture qui consistait à légaliser tous les défauts de l’actuel schéma. C’était d’ailleurs l’un des textes à l’origine de la tenue d’une session parlementaire extraordinaire. Mais la CGEM en a bloqué le vote et forcé son renvoi en commission. En principe, le texte devait être voté avant le 30 avril pour ne pas perdre une manne de 160 millions de dollars dans le cadre du MCC et d’une aide européenne. Selon nos informations, le gouvernement aurait obtenu des assurances que ces fonds lui seraient transmis même si le projet de loi n’est pas adopté dans le temps. Ce qui revient à renvoyer la réforme de la formation continue.

 

 

 

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