Analyse

Ecole: Comment «professionnaliser» le métier d’enseignant

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5261 Le 27/04/2018 | Partager
La recette du Conseil supérieur pour rompre avec les lacunes des modes actuels de gestion
La formation initiale, passage obligé pour accéder au statut d’enseignant
Miser sur l’indépendance et l’innovation des enseignants au sein des classes
repartition_des_enseignants_061.jpg

Le déficit actuel en matière de ressources humaines dans le système éducatif risque de s’aggraver les prochaines années à cause des départs massifs à la retraite prévus

124.500 personnes. C’est le nombre d’enseignants nécessaires pour répondre aux besoins du système éducatif d’ici 2030, selon les prévisions du ministère de tutelle (voir aussi notre dossier spécial de notre édition du 26 avril 2018).

Pour répondre à ce manque en ressources humaines, les modes de recrutement actuels semblent improvisés, sans prendre en considération les conditions de qualité et de compétence, décisives pour assurer une implémentation efficiente de la réforme du système éducatif. Le recours à l’intégration directe des nouveaux enseignants, notamment par voie contractuelle, risque de se traduire par un remake du scénario actuel.

Le Conseil supérieur de l’éducation et de la formation est très clair sur ce point: «Le recours à l’emploi direct d’enseignants aura un impact négatif sur la qualité et sur le rendement des établissements scolaires».

D’où l’importance de rompre avec l’approche en vigueur, en misant davantage sur «la professionnalisation» des métiers de l’éducation. L’idée est également de corriger certains dysfonctionnements qui caractérisent le parcours professionnel du corps enseignant. Par exemple, «les promotions ne sont pas basées sur des évaluations régulières et ne prennent pas en compte les initiatives et les innovations introduites par certains enseignants».

Pour en finir avec cette anarchie, le Conseil, présidé par Omar Azziman, propose une nouvelle démarche, qui «rompt avec les lacunes des politiques et des modes de gestion antérieurs». L’idée est d’insuffler une nouvelle dynamique, à travers l’activation d’une série de leviers complémentaires, selon les concepteurs de cette stratégie.

Pour remettre de l’ordre dans le modèle de recrutement des ressources humaines, le Conseil insiste sur l’importance d’élaborer un référentiel national des compétences et des valeurs relatives au métier d’enseignant. Le rapport relatif à «la promotion des métiers de l’éducation» a également mis l’accent sur la nécessité de conditionner l’accès au statut d’enseignant par un passage obligé par les centres de formation initiale.

Celle-ci doit être basée sur une ingénierie pédagogique, alternant les aspects théoriques et la confrontation de la réalité du métier sur le terrain. Cette nouvelle démarche doit être aussi axée sur le renforcement des capacités des futurs enseignants à développer le sens de «réflexivité», indispensable pour «favoriser leur adaptation avec les changements des conditions d’exercice du métier».

Ce changement d’approche vise aussi à accorder plus d’autonomie au corps enseignant. L’idée est d’encourager les initiatives personnelles des instituteurs. Ces derniers ne seront plus des personnes chargées d’exécuter des programmes préétablis, mais plutôt qui «prennent l’initiative d’introduire des idées innovantes pour l’exercice de leur métier, permettant de faire face aux situations complexes au sein des classes».

La consécration de cette nouvelle génération d’enseignants, en phase avec les évolutions que connaît la société, passe également par la professionnalisation de leur carrière. «L’évolution professionnelle devra se baser sur la formation, initiale et continue, ainsi que sur l’introduction de nouvelles formes de reconnaissance», selon le rapport du Conseil supérieur.

Une plus grande implication du personnel éducatif dans ses nouvelles missions passe par l’instauration d’un modèle incitatif, favorisant la reconnaissance des efforts des enseignants les plus méritants. C’est l’une des principales conclusions de la nouvelle approche proposée par le Conseil de Azziman.

Parallèlement, la formation continue de ces effectifs devra se baser sur la recherche et l’innovation, notamment pour favoriser «le développement professionnel et l’identification des besoins du système dans le cadre d’une approche prospective». Cette dynamique devra être accompagnée d’une définition claire des rôles de chacun des intervenants dans le système éducatif, d’un côté, les enseignants et, de l’autre, les gestionnaires administratifs et le personnel en charge de l’inspection.

Evaluation

La réussite de la démarche de professionnalisation du métier d’enseignant passe par la refonte de la logique actuelle au sein des établissements éducatifs. C’est décisif pour bien négocier ce virage. Ces établissements doivent jouer, par exemple, un rôle incontournable en matière de «pilotage efficient des parcours professionnels des enseignants, dans une approche décentralisée». L’idée est de favoriser une logique de proximité, à même de favoriser une meilleure prise en compte des besoins réels au niveau local. Le couple enseignant/établissement devra agir en binôme dans cette nouvelle configuration, favorisant l’instauration d’un modèle intégré d’évaluation des performances. Ce suivi devra se baser sur une série de critères et d’indicateurs unifiés. En plus de la notation du rendement des établissements et des enseignants, ces derniers devront aussi s’ouvrir davantage sur la culture de l’autoévaluation.

 

Retrouvez dans la même rubrique

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc