Economie

Croissance: N'attendez pas de miracle de la politique monétaire

Par Franck FAGNON | Edition N°:5260 Le 26/04/2018 | Partager
Focus sur les liens entre la finance et la croissance aux journées de macro-économie
Les difficultés des PME à accéder au financement pèsent sur l'investissement

Le warning du FMI sur l'ampleur de la dette mondiale ces derniers jours n'est pas passé inaperçu. Cela fait surtout remonter à la surface de mauvais souvenirs. L'endettement excessif des agents publics et privés a été en partie à l'origine de la crise financière de 2008. Beaucoup d'économies ne s'en sont pas encore totalement remises. Une nouvelle crise serait dévastatrice, certains observateurs jugeant les économies plus vulnérables à un choc.

Pour Bank Al-Maghrib, le contexte était idéal pour discuter des liens entre la finance et la croissance économique. Elle a réuni en début de semaine de nombreux experts marocains et étrangers à l'occasion de la 3e édition des journées internationales de macro-économie et de finance.

Mise au banc des accusés après la crise financière 2008, la sphère financière soulève encore beaucoup de controverses, malgré les efforts en matière de régulation ces dernières années. «Au-delà d'un certain seuil, le développement financier ne profite pas à la croissance», prévient Jean-Paul Pollin, professeur à l'Université d'Orléans et membre du Cercle des économistes.

Ce constat est valable surtout dans les économies avancées. De même, l'intensité de la relation dépend significativement de l'allocation des financements. De nombreux travaux ont démontré que les crédits aux entreprises ont un effet plus fort sur la croissance que ceux accordés aux ménages. Les liens dans une économie comme le Maroc sont moins forts. Les PME qui créent la richesse et l'emploi éprouvent encore des difficultés à accéder au financement.

C'est un constat transversal à de nombreux pays. «Dans bien des pays, il y a un marché dual du crédit où les petites entreprises sont soumises à des taux d'intérêt élevés et des contraintes de collatéraux lourds», rappelle Rédouane Touail, professeur à l'Université Grenoble-Alpes.

Les marges de progrès au Maroc sont immenses, mais déjà, le pays est en avance par rapport aux autres économies de la région Mena. Les crédits aux PME y représentent 32% du portefeuille des prêts aux entreprises non financières contre une moyenne régionale aux alentours de 10%.

Bank Al-Maghrib notamment est active dans la mise en œuvre de politiques pour faciliter l'accès des TPME au financement. Dans le même temps, les banques centrales y compris BAM rappellent souvent que la politique monétaire ne peut pas tout faire. A un moment, il faut que les politiques macro-prudentielles prennent le relais.

                                                                         

La remontée des taux crée des incertitudes

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Jean-Paul Pollin est professeur à l'Université d'Orléans et membre du Cercle des économistes. Il est intervenu aux 3e journées de macro-économie organisées par la Banque centrale

- L'Economiste: Quel diagnostic faites-vous du système financier mondial?
- Jean-Paul Pollin:
Il y a beaucoup d'incertitudes liées à la remontée des taux d'intérêts des banques centrales. Il en est de même en ce qui concerne le comportement de Donald Trump et ses tentations protectionnistes. Tout cela n'est pas bon. Ceci dit, je suis moins pessimiste que des observateurs comme Jean-Claude Trichet, l'ancien président de la Banque centrale européenne. Mario Draghi, son successeur, a mené une politique monétaire infiniment active qui a favorisé la stabilité de la zone euro et la relance de la croissance.

- La reprise y est quand même plus lente que ce qu'on a observé aux Etats-Unis?
- C'est vrai. Il n'empêche que la croissance est revenue sur la bonne voie. Les situations sont très différentes selon les pays. Les choses vont bien en Allemagne, moins bien en France et sont difficiles en Italie où la qualité du portefeuille des banques inquiète. D'une façon générale, la situation de la zone euro est bien meilleure qu'elle ne l'était auparavant. Je considère que ce n'est pas la question de la reprise qui pose problème, mais plutôt, une fragilité financière liée à la remontée des taux d'intérêts du fait surtout qu'il y a des anticipations qui sont très volatiles.

- Qui gagne et qui perd dans la bagarre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine?
- Au fond, il y a beaucoup d'intoxication de la part du président américain Donald Trump. Il faudra bien que les deux pays trouvent un compromis. Si une guerre commerciale devait se déclarer, il me semble que tout le monde perdrait. Mais, le plus grand perdant serait les Etats-Unis et un certain nombre de pays européens. La Chine a la sécurité de sa population massive et peut toujours recourir à la stimulation de la demande intérieure. Ce n'est pas le cas des Etats-Unis qui ont des déficits extérieur et budgétaire importants. Dans ce jeu de bras de fer entre les Etats-Unis et la Chine, Pékin a sans doute plus d'avantages à faire valoir.

- Quelles conséquences voyez-vous pour les économies émergentes?
- Là aussi, la situation est extrêmement diverse. Les économies émergentes ne sont pas indépendantes de ce qui se passe dans les pays avancés. Mais, lorsqu'on se penche sur des pays comme le Maroc, les choses se passent plutôt bien. C'est le cas aussi dans certains pays d'Asie du Sud-est. Je crois beaucoup à l'avenir de l'Afrique même si à court terme, il y a des pays qui connaissent des difficultés, souvent pour des raisons politiques qu'économiques. Si on regarde en arrière, on peut dire que les pays émergents ont effectué un sacré bout de chemin.

Propos recueillis par Franck FAGNON

 

 

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