Competences & rh

Enseignement public: Mieux connaître l’évolution mentale de l’enfant

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5259 Le 25/04/2018 | Partager
La lecture, un processus non naturel, modifie l’architecture du cerveau
La parole et la conscience phonologique de l’élève, à développer en priorité
Enseigner, un acte complexe qui peut s’appuyer sur les neurosciences
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A chaque âge mental correspond un degré d’intelligence et de conscience de l’enfant, quelle que soit son origine ou sa culture, selon la théorie de Piaget. Dans sa relation avec ses élèves, chaque enseignant devrait en tenir compte

Des approches d’apprentissage, il y en a plusieurs. La plus classique est celle dite transmissive, également présentée comme étant «dogmatique». Elle considère l’Homme comme un «animal réceptif». Dans ce modèle, enseigner s’apparente à la simple transmission de savoirs.

L’enfant est réduit à un réceptacle où des connaissances sont déversées. Il doit tout mémoriser, et toute erreur est assimilée à un défaut d’attention ou à un manque de volonté. Cela donne lieu, automatiquement, à un châtiment corporel.

Il suffit de faire un tour dans les écoles publiques pour voir à quel point le châtiment corporel, sous ses formes les plus sadiques, est encore courant. C’est ce modèle traditionnel qui prime toujours au Maroc. Les élèves stockent des connaissances sans pour autant se les approprier. Une fois les examens passés, ils les effacent de leur mémoire.

Or, enseigner est un acte complexe qui ne peut réussir en s’appuyant sur une approche figée. Il n’est pas non plus possible d’ignorer les différentes phases du développement mental et psychologique de l’enfant, ni les dernières découvertes en neurosciences.

«Pour construire un curriculum, nos responsables sont tenus de prendre en compte les différentes étapes de l’intelligence de l’enfant», insiste M’barek Kaddouri, ancien inspecteur coordonnateur central à l’Education nationale. Il intervenait mercredi dernier à l’Esith, à l’occasion d’une formation organisée par l’association Al Jisr au profit d’une trentaine de directeurs d’écoles primaires (voir article page suivante).

«Les scientifiques ont fait trois découvertes majeures: Que l’apprentissage modifie l’architecture du cerveau, que cette dernière influence l’apprentissage et que la méthode d’enseignement impacte les effets de l’apprentissage sur le cerveau», relève-t-il. En définitif, le choix de l’approche pédagogique est crucial.

Comprendre le fonctionnement du cerveau permettrait de mieux appréhender l’acte d’enseigner. Les neuroscientifiques ont, par exemple, pu établir que notre cerveau opère une sorte de «bricolage cérébral» pour pouvoir déchiffrer le langage écrit, qui reste récent par rapport au langage parlé. «Cela signifie qu’à l’origine, la lecture et l’écriture sont des activités secondaires par rapport à la parole. C’est pour cela que dans les premières phases de scolarisation, il est important de développer en priorité la conscience phonologique de l’élève», pense Kaddouri.

«Nous utilisons des langues alphabétiques.Or, l’alphabet n’est pas naturel. C’est une construction de l’Homme qui traduit des sons, tout à fait abstraite», ajoute-t-il. Le système alphabétique est ainsi difficile à maîtriser. Néanmoins, dès que l’élève en acquiert les codes, il peut apprendre plusieurs langues.

Quelle approche serait finalement la plus appropriée? Il n’y a pas de recette magique. Il en existe plusieurs pouvant inspirer les pédagogues, qui doivent fournir un «effort d’autoformation permanent», selon Kaddouri. C’est là où le bât blesse. Avec des enseignants peu formés et, surtout, peu motivés, il ne faut pas s’attendre à des miracles.

Cette année, le ministère de l’Education nationale a introduit l’approche syllabique pour l’apprentissage de l’arabe, de nouveaux manuels de français et s’apprête à lancer la pédagogie de l’erreur pour l’enseignement des mathématiques. Nombreux sont les profs qui ne savent même pas comment appréhender ces nouvelles dispositions.

Ce qu’en disent les théoriciens

Durant le siècle dernier, plusieurs théories sur les approches d’apprentissage ont été développées. Celle dite cognitiviste, du psychologue suisse Jean Piaget, par exemple, considère l’enfant, non comme un objet, mais un sujet pensant. Elle prône la construction du savoir au lieu de son cumul.
Le modèle behavioriste, pour sa part, tenant compte des découvertes scientifiques, mise sur l’apprentissage par instinct, et l’assimilation par «intuition». L’approche socioculturelle, quant à elle, se concentre sur le savoir-faire et le savoir-être de l’enfant, et insiste sur l’apprentissage interactif. Enfin, l’approche interactive recourt à la PNL (Programmation neurolinguistique). Pour ses partisans, l’Homme est un «animal réactif programmable». L’école, elle, est le lieu de développement d’interactions déterminant les comportements psychologiques des enfants. Certains sont adeptes de l’approche «éclectique», estimant que toutes les méthodes se valent, et qu’il est possible de choisir celle à même de correspondre à chaque situation.

 

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