Politique

Conseil national: L’Istiqlal dans l’opposition

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5256 Le 20/04/2018 | Partager
Une clarification nécessaire pour rompre avec son isolement
Cinq candidats en piste pour la présidence
Le clan Hamdi Ould Rachid majoritaire

Les yeux de la classe politique seront rivés sur l’Istiqlal qui tient son conseil national, ce samedi à Rabat, le premier avec Nizar Baraka comme secrétaire général. Officiellement, deux points sont à l’ordre du jour de la réunion de cette instance, qui était présidée par Taoufik Hejira. Le premier concerne la clarification du positionnement politique du parti par rapport au gouvernement.

Avant même la tenue de ce conseil, la messe est dite. C’est un secret de Polichinelle, l’Istiqlal campera dans  l’opposition dès ce week-end, répètent en chœur plusieurs dirigeants du parti qui ne sont pas satisfaits du bilan de ce gouvernement après une année d’exercice.

Aujourd’hui, les parlementaires comme les autres responsables de cette formation ne dissimulent plus leur gêne quant à la position du parti dictée par l’ancien conseil national. En effet, à l'issue des élections d’octobre 2016, l’Istiqlal, sous la conduite de Hamid Chabat,  avait choisi de soutenir le gouvernement de Benkirane (avant qu’il ne soit renvoyé et remplacé par Saâdeddine El Othmani) quelle que soit sa place, à l’intérieur ou à l’extérieur du gouvernement.

Cette position a progressivement glissé vers le soutien critique de l’équipe aux commandes de l’exécutif. Par ailleurs, l’Istiqlal ne voit pas d’un bon œil le comportement d’El Othmani qui ne l’a pas consulté lors de l’élaboration du programme gouvernemental ou à l’occasion d’autres décisions importantes.

Pis, on lui reproche d’avoir écarté des membres de l’Istiqlal qui occupaient des positions importantes au sein de l’Administration au profit des militants des autres partis de la coalition à la tête du gouvernement.

Après cet épisode, marqué par une traversée du désert, le parti est déterminé à rompre avec son isolement dans l’échiquier politique. Son secrétaire général, qui était l’invité du Forum de la MAP il y a quelques semaines, avait annoncé la couleur. Tout en rappelant que la responsabilité de la décision revenait au Conseil national, le parlement du parti, il n’avait pas fait dans la dentelle.

Des critiques acerbes contre «le gouvernement qui fait des promesses utopiques alors que les indicateurs sont au rouge: hausse du chômage, augmentation de la dette publique, creusement des déficits, des entreprises confrontées aux difficultés…».

Le travail de l’exécutif est marqué par une lenteur du rythme et une hésitation dans le lancement des chantiers de réforme comme notamment la mise en œuvre de la régionalisation. Les dix Programmes de développement régionaux annoncés prévoient de mobiliser 450 milliards de DH.

«Ces montants sont irréalisables, parce qu’ils sont en dehors des possibilités financières de ces collectivités territoriales. Une aberration qui va encore alimenter les frustrations des citoyens», avait souligné le secrétaire général de l’Istiqlal. Sur d’autres sujets, le gouvernement passe à la trappe.

Il est montré du doigt pour n’avoir pas réussi à résoudre les problèmes que vivent certaines villes du pays comme notamment Jerada. Pour remédier à ces disparités, Nizar Baraka a proposé au gouvernement d’élaborer «un plan Marshall pour le corridor frontalier» qui souffre de déficits criants dans plusieurs domaines.

En tout cas, cette nouvelle décision de l’Istiqlal est perçue comme une clarification qui va libérer les énergies. En basculant dans l’opposition, son domaine de prédilection, le parti, fort de ses organisations parallèles (UGTM et alliances sectorielles notamment), donnera du fil à retordre au gouvernement. Dans cette posture, l’exécutif sera face à de grandes difficultés, notamment au niveau du Parlement.

L’autre point porte sur l’élection du président du Conseil national, sept mois après la tenue du congrès qui avait porté Nizar Baraka à la tête de l’Istiqlal. Pas moins de 5 candidats jouent des coudes pour décrocher ce poste. Cet appétit pour la présidence du conseil national s’explique par le statut de la fonction.

Ainsi, le président est la deuxième personnalité de l’Istiqlal, après Nizar Baraka. Il a des responsabilités importantes comme celle d’accompagner le secrétaire général lors des négociations pour l’entrée au gouvernement à l’occasion d’un remaniement à mi-mandat de Saâdeddine El Othmani par exemple. C’est une opportunité qui fait saliver plus d’un dans les rangs du comité exécutif.

En tout cas, les différents candidats en compétition doivent séduire le conseil national. Cette instance, composée de 1.283 membres, dominée par le clan des Hamdi Ould Rachid (Officiellement, dans l’Istiqlal, les courants n’existent pas) qui avait été à l’origine du débarquement de Hamid Chabat et de l’élection de Nizar Baraka à la tête du secrétariat général. Au sein du comité exécutif, il dispose de la majorité des voix pour dicter ses choix.

Si lors de la première expérience, Taoufik Hejira a été élu à l’unanimité président du conseil national, cette fois-ci, les choses se présentent autrement. Selon un ancien ministre istiqlalien, «normalement, le comité exécutif devait trouver un consensus pour aller au conseil national avec une seule candidature». A l’heure où nous mettions sous presse, ce n’était pas le cas.

Nizar Baraka semble prendre ses distances avec tous les candidats, laissant ainsi la démocratie jouer à fond. Certains lui reprochent déjà de n’avoir pas tenté ou réussi à susciter l’adhésion autour d’un ou de deux candidats. «Car, 5 prétendants, c’est beaucoup. Cette procédure divise le parti car, il y aura certes un gagnant mais aussi 4 perdants. Cela aura des conséquences néfastes sur la cohésion de la formation», note une source proche du dossier.

5 prétendants pour un fauteuil

Cinq candidats sont en lice. Il s’agit de Yasmina Baddou, ancienne ministre, Noureddine Mediane, chef du groupe parlementaire à la Chambre des représentants. Le 3e candidat est Rahal Mekkaoui, président de la Commission des finances à la Chambre des conseillers et ex-secrétaire général du ministère de la Santé. Karim Ghellab, ancien ministre et ex-président de la Chambre des représentants, est également dans la course. Le dernier en lice est Abdelilah Bouzidi, avocat. Rappelons que trois des cinq candidats n’ont pas de mandat parlementaire.

 

 

 

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