Competences & rh

Une fuite de cerveaux déjà trop douloureuse

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5254 Le 18/04/2018 | Partager
18% des diplômés des grandes écoles s’expatrient chaque année
Les meilleurs lauréats des classes prépas préfèrent l’international
Alerte rouge dans le secteur des IT!
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L’enquête réalisée en 2016 par l’université Hassan II auprès de 7.479 étudiants de 17 établissements, a révélé que 19% prévoient de partir à l’étranger. Notamment parmi les ingénieurs et les profils techniques et scientifiques

L’émigration est actuellement plus aisée pour les profils les plus qualifiés et les talents les plus pointus. Avec la crise économique en Europe et les bouleversements politiques au Moyen-Orient, il est devenu plus difficile pour les catégories ouvrières de s’expatrier. Selon le ministère de l’Enseignement supérieur, 18% des lauréats des grandes écoles partent à l’étranger chaque année. Et ils sont aussi nombreux à compter franchir le pas.

Une enquête réalisée en 2016 (dévoilée en 2017) à l’université Hassan II a montré que 19% des étudiants envisagent cette option, soit un sur cinq. Ceux des écoles d’ingénieurs et des parcours techniques et scientifiques sont les plus nombreux à déclarer leur intention d’émigrer (22,1% à l’ENSAM, 26,9% à FST Mohammedia, 26,5%  à l’EST).

«Généralement, 10% de nos étudiants effectuent leur dernière année chez nos partenaires à l’étranger. Parmi eux, 90% choisissent de ne plus revenir. D’autres sont recrutés par des multinationales pour leurs filiales à l’international. La majorité ne rentrent pas», confie Hicham Medromi, directeur de l’Ecole nationale supérieure d’électricité et de mécanique (ENSEM).

«Chaque année, 500 à 600 étudiants des classes prépas, parmi les mieux classés du concours national commun, soit 15 à 20% du total, choisissent d’intégrer des grandes écoles françaises. Ils finissent ensuite par faire carrière à l’étranger», poursuit-il. Le Maroc perd ainsi les meilleurs lauréats de ses classes prépas.

Dans le secteur IT, où la pression est en ce moment très forte autour des ingénieurs informatiques, ce sont les entreprises étrangères qui viennent chercher des compétences marocaines. Les grandes SSII françaises se les arrachent. L’Apebi (fédération marocaine des technologies de l’information des télécommunications et de l’offshoring) a d’ailleurs tiré la sonnette d’alarme il y a un an (voir L’Economiste N° 5203 du 6 février 2018). Cette compétition autour des talents a entraîné une flambée des salaires.

«Les ingénieurs travaillant dans les SSII notamment montent en compétence très rapidement. Touchant à des technologies de pointe, en une année, ils peuvent se transformer complètement. Au bout de seulement trois ans, ils sont capables de développer des savoir-faire pointus et voir ainsi leur salaire passer du simple au triple», relève Khalid Jababdi, membre de la commission Emploi et Relations sociales de la CGEM, DRH de Uniforce/Forum, groupe Medtech.

«Les entreprises du secteur sont désormais obligées d’opérer des augmentations de salaire chaque année», ajoute-t-il.

L’enjeu de l’accompagnement et de la fidélisation des talents est plus que jamais stratégique. Toutefois, en matière de management RH, les entreprises locales sont encore loin du compte.

 

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