Société

Peine de mort: Amnesty relance le débat autour de l’abolition

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5251 Le 13/04/2018 | Partager
Un nouveau mémorandum adressé au chef du gouvernement, mercredi dernier
Cette ONG critique la position «populiste» de l’exécutif sur ce dossier
La tendance abolitionniste en vogue en Afrique

Au moment où le débat autour de l’abolition de la peine de mort semble s’essoufler, Amnesty international jette un pavé dans la mare. L’ONG a adressé un mémorandum sur ce dossier au chef du gouvernement, à la veille de la présentation de son rapport annuel autour des exécutions à travers le monde.

«C’est la troisième lettre que nous avons adressée au chef du gouvernement concernant ce sujet», a souligné Mohamed Sektaoui, directeur général de l’antenne marocaine d’Amnesty. Le principal message de ce document porte sur «l’abolition de la peine de mort, au niveau de la législation et de la pratique». L’ONG appelle le gouvernement à élaborer un projet de loi dans ce sens et le soumettre au Parlement.    

Dans le document rendu public, hier à Rabat, Amnesty estime qu’il est «regrettable que le gouvernement soit toujours sur la voie de l’impasse minoritaire, affirmant que la peine de mort est nécessaire pour décourager le crime et préserver les caractéristiques religieuses et culturelles de la société». Une récente enquête L’Economiste-Sunergia avait montré que près de 51% des Marocains sont pour la peine de mort.

Même si certains d’entre eux avancent que leur position dépend de chaque cas (voir notre édition du 6 décembre 2017). Pour Amnesty, l’application de la peine de mort «éveille des générations à une culture de violence, de vengeance et de sang». L’ONG critique l’attitude de l’exécutif, qui «continue de flirter avec les sentiments populistes et d’utiliser les croyances religieuses dans un sens qui sert les intérêts politiques étroits».

Elle a lancé un nouvel appel pour que le Maroc vote en faveur du moratoire de l’ONU sur la peine de mort. Cet engagement international du Royaume devra aussi se traduire, selon les rédacteurs de ce rapport, par l’approbation du Protocole facultatif relatif au Pacte international des droits civiques et politiques. Amnesty a déploré qu’après l’examen périodique universel en mai dernier, le Maroc ait rejeté la recommandation l’invitant à abolir immédiatement et totalement la peine de mort.

Parallèlement, les dirigeants de la section marocaine d’Amnesty misent sur la nouvelle politique africaine du Royaume pour favoriser l’abolition de la peine de mort. D’autant que la tendance abolitionniste est en vogue au niveau du continent durant les dernières années.

Une conférence régionale a été organisée les 9 et 10 avril à Abidjan, pour annoncer que «l’Afrique a choisi de mettre fin à la peine de mort». Il faut néanmoins préciser que sur l’ensemble des membres de l’Union africaine, trois pays ont procédé à des exécutions durant l’année précédente. Il s’agit de l’Egypte, de la Somalie et du Sud Soudan.

 

Les pays ayant exécuté le plus grand nombre de personnes en 2017

Chine: plus de 1.000 personnes
Iran: plus de 507 personnes
Arabie Saoudite: 146 personnes
Irak: plus de 125 personnes
Pakistan: plus de 60 personnes

                                                                     

Condamnations

Mohamed Sektaoui a tiré la sonnette d’alarme quant à la hausse inquiétante des condamnations à la peine de mort au Maroc. Au moment où des ONG militent pour l’abolition de cette sanction pénale, 15 nouvelles condamnations à cette peine ont été prononcées par les tribunaux marocains en 2017. Durant cette année, au moins 95 personnes étaient sous le coup d’une sentence capitale, selon Amnesty. Ce document souligne également que «les autorités ont accordé quatre commutations de peine», durant cette période.

 

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