Société

Charité: «Saisir le sens et l’essence»

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5251 Le 13/04/2018 | Partager
Etre avec l’autre, le servir et non l’asservir
Témoignage d’un grand rabbin de Médine
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Le Maroc compte 3,9 millions de pauvres, selon le HCP, soit 11,7% de la population. 3,9 millions de personnes à sauver… (Ph. Bziouat)

Limiter la charité aux seuls dons matériels serait réducteur. Que ce soit dans le judaïsme ou en islam, elle prend plusieurs formes.

Le Talmud en livre divers exemples: Ne pas prêter de l’argent à intérêt aux nécessiteux (au même titre que dans le Coran), laisser les quatre coins du champ non moissonnés pour permettre aux pauvres de venir y cueillir des denrées, décharger un animal qui succombe sous le poids de la charge, et à plus forte raison, quand il s’agit de celui de votre ennemi… Ne pas rencontrer la personne à qui vous avez prêté de l’argent sur le même trottoir afin de ne pas l’humilier, et la libérer de sa dette si au bout de plusieurs années, elle ne peut toujours pas rembourser son dû...

L’islam, pour sa part, prône aussi la charité morale. Un simple sourire envers son prochain est considéré comme une sadaka. De même que d’offrir de la joie à autrui ou d’adresser de bonnes paroles.

Le professeur en théologie et chercheur en pensée islamique et sciences de l’éducation, Abdellah Chérif Ouazzani, donne l’exemple du verset décrivant la bonne parole. Elle est assimilée à un bel arbre dont la racine est bien ancrée dans le sol, la ramure s’étalant dans le ciel et donnant à tout instant des fruits par la grâce de son Seigneur (sourate Ibrahim 24-25).

Réconforter, rassurer, prêcher la paix… souvent la sadaka ne tient pas à grand-chose, alors qu’elle peut profondément toucher autrui. Le chercheur rappelle le célèbre hadith rapporté par l’un des grands rabbins de Médine, Abdullah Ibn Salam (de son vrai nom, Al-Husayn ibn Salam), devenu compagnon du Prophète Mohammed. A l’arrivée de ce dernier à Médine, où vivaient deux tribus arabes et trois tribus juives, Ibn Salam était au sommet d’un dattier, en train de cueillir des dattes.

Il entendit des voix et des chants. C’était les habitants qui célébraient la venue du Prophète. Il descendit et se rendit à l’entrée de la ville, où les gens avaient entouré le «messager d’Allah». Ibn Salam assista alors à son premier prêche à Médine. «Le Prophète a prononcé quatre phrases qui ont résonné dans mon cœur», raconte le compagnon.

En s’adressant à toute la communauté il dit: Ô gens, répandez la paix, donnez à manger, maintenez le lien avec vos proches et faites la prière la nuit pendant que d’autres dorment, vous entrerez alors au paradis en paix. «Les trois premières recommandations ne concernent pas la prière, le jeûne ou le haj… elles relèvent toutes de la sadaka, à commencer par la paix, car sans paix, il n’y a pas de vie sur terre», commente le chercheur. 

A côté de la sadaka matérielle et morale, il en existe une troisième en islam, dite continue (jariya). C’est celle dont la rétribution divine dure tant que les bienfaits courent (construction d’une école, d’un hôpital, une mosquée, une synagogue…).  

Dans la tradition juive, la charité permet de préserver la dignité des Hommes (voir article précédent) et leur évite de rester en marge de l’histoire. Les musulmans y rajoutent d’autres finalités: Sauver les pauvres de la misère, lutter contre la précarité, réduire les écarts sociaux, faire régner l’esprit d’entraide, limiter le sentiment d’injustice et de haine …

«Il est aussi possible de sauver de l’ignorance en offrant du savoir. La précarité et l’ignorance sont les grands soubassements du terrorisme et de l’extrémisme», souligne Chérif Ouazzani. «La religion ne se réduit pas à la lecture littérale. Il s’agit d’abord d’en saisir le sens et l’essence, et finalement, il est question d’être avec l’autre, le servir et non l’asservir comme le font certains», poursuit-il.  

Dans la tradition musulmane, faire l’aumône ne diminue guerre l’argent possédé. «Le prophète conseillait à son compagnon Bilal de donner sans jamais avoir peur d’être dans le besoin. Car plus on donne, plus on reçoit», relève Chérif Ouazzani.
La sadaka a d’autres bienfaits. Selon le Coran, elle purifie les âmes et fructifie les biens. Que des bénéfices.

«Dieu visite les malades»

Encore une ressemblance surprenante entre croyances juives et musulmanes. Le Talmud rapporte que «dieu visite les malades». Une idée qui a toujours intrigué. Pour sa part, un hadith raconte une scène entre le divin et l’un de ses serviteurs le jour du jugement dernier. «Ô fils d’Adam, je suis tombé malade et tu ne m’as pas rendu visite», dit Dieu. «Mon Seigneur, comment pourrais-je te rendre visite alors que tu es le seigneur des mondes?», répond le serviteur. «N’as-tu pas su que Mon serviteur untel était tombé malade et tu ne lui as pas rendu visite? Sais-tu que si tu t’étais rendu chez lui, tu m’y aurais trouvé?», réplique Dieu. «Dire qu’Allah se trouve chez les malades est une manière de nous inciter à se rendre chez eux et à s’enquérir de leur état», explique Abdellah Chérif Ouazzani. Apporter du réconfort est une sadaka morale vivement encouragée.

 

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