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Pourquoi l’ANP reprend le port Marina Smir ?

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5250 Le 12/04/2018 | Partager
La gestion, confiée au concessionnaire Interedec pour 50 ans, jugée «défaillante»
Pharaon, son PDG, avait obtenu de nombreux avantages pour investir et gérer le port
ANP assure la transition en attendant un nouveau gestionnaire
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Le concessionnaire de la gestion du port de Marina Smir appliquait des tarifs journaliers HT jugés «exorbitants» par les usagers. Ceux qui ne s'acquittaient pas des redevances au terme de 3 mois se voyaient appliquer des majorations de 30% et, le cas échéant, la confiscation de leur bateau. Selon des usagers, «il s'agirait là de tarifs théoriques. Les tarifs de certains branchements, dont le coût augmente chaque année, dépassent les 80.000 DH...», rapportent-ils

Rien ne sera comme avant au port de plaisance Marina Smir. La plateforme aéroportuaire attirant un tourisme de loisir élitiste est désormais gérée, depuis le 7 avril, par l’Agence nationale des ports. «Aucune entité autre que l’ANP n’est habilitée à assurer la gestion et l’exploitation de ce port», lit-on dans un avis aux usagers.

Ces derniers doivent désormais s’adresser directement pour toutes prestations et/ou services à l'Agence. En raison, «la société Interedec, ancien concessionnaire de gestion de cette plateforme, était défaillante par rapport à ses engagements contractuels. Arrivant à échéance, l’ANP a récupéré le port», indique Mustapha Lahmouz, directeur central à l’ANP, en charge de la régulation.

Selon lui, «dans une première étape, l’Agence prendra en charge la gestion du port, en attendant la désignation d’un nouveau concessionnaire». Mais il ne s’agit que d’une «période transitoire». D’ailleurs, un nouvel officier du port et un chef de service capitainerie viennent d’être désignés. Il s’agit respectivement de Mohammed El Mehdi Akanour et Issam Belkadi.

Contactés hier par L’Economiste, les deux nouveaux responsables se disent «débordés» par l’opération de passation. Belkadi affirme qu’il y a de nouvelles règles à respecter et qu’il veillera à transmettre les «renseignements aux usagers», sans donner plus de précisions.

Pour rappel, Marina Smir est le premier port de plaisance du Maroc, dont les infrastructures ont été réalisées par l'Etat dans le cadre d'une convention avec Interedec, et d’un partenariat entre l'administration et un opérateur privé étranger. C'est en effet à travers une convention en date du 13 octobre 1983 signée entre l'Etat marocain (dûment représenté par les départements du Commerce, de l'Industrie et du Tourisme, d'une part, et des Finances, d'autre part), et la société Interedec Holdings Limited, représentée par son PDG, Ghaith Rashad Pharaon.

Elle a pour objet la réalisation d'un important programme d'investissement touristique à Marina Smir articulé comme suit: un hôtel de 250 chambres (5 étoiles, 500 lits) d'un coût de 160 millions de DH, 250 appartements (80 millions de DH), une centaine de villas haut standing (160 millions de DH), enfin, un centre commercial (40 millions de DH).

Il ne s'agissait là que de la première tranche d'un complexe touristique plus important devant être réalisé par cette même société sur un terrain de 65 ha. Le projet, qui prévoyait quelque 440 millions de DH d’investissements, n’a été concrétisé à l'époque qu'à hauteur de 10% (48 millions de DH au 31/10/1991) avant sa reprise.

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Le port Marina Smir est géré désormais par l’ANP. Une reprise en main qui suppose une nouvelle organisation en attendant de recruter un nouveau concessionnaire (Ph. Capture d'écran google)

L'Etat a pourtant accordé à la société Interedec de nombreux avantages tels que l’exonération du droit de mutation et du droit de timbre, réduction notable du droit proportionnel d'apport en société (0,5%) et du taux d'intérêt sur les prêts CIH (moins deux points), octroi d'une avance sans intérêt égale à 15% du montant du programme de la convention, sans oublier une autre réduction de 50% sur l'impôt sur les bénéfices professionnels pour les dix premières années. Depuis, le port de plaisance est géré par Interedec.

«Ceci était dans le cadre d’une autorisation accordée par le ministère et bien avant l’arrivée de la loi 15-02 relative aux ports et portant création de l'Agence nationale des ports et de la Société d'exploitation des ports (ndlr: BO n° 5378 du 15 décembre 2005)», précise Lahmouz. Et d’ajouter: «Interedec payait une redevance au ministère et après à l’ANP». De combien? «Pas de réponse».

La réalisation de ce port aurait coûté 80 millions de DH à l'époque de sa réalisation début des années 90. Le contrat avec l’Etat prévoyait une concession à la société Interedec pour une période maximale de 50 ans, moyennant une redevance annuelle fixe de 5,6% du coût final de ce projet, payable à compter de la 6e année. L’Economiste a tenté de joindre la société en question, mais en vain. L’on sait par ailleurs que celle-ci pratiquait une tarification journalière jugée par certains usagers «trop élevée» (voir tableau).

Aussi, le port avait défrayé la chronique durant les dernières années à travers le démantèlement de réseaux de trafiquants. En tout cas, la reprise en main de cette plateforme par l’ANP devrait lui assurer une bonne gestion et surtout réaliser les objectifs du tourisme de croisière.

Carte de visite

Le port de Marina Smir a été réalisé suite à la convention établie en 1983 entre l’Etat et la société Interedec Holding Ltd dans le cadre du développement des aménagements touristiques, notamment les ports de plaisance. Sa construction a été achevée en 1992. Ce port est passé en concession au profit du groupe Marina Group Investments.
Il est situé à 8 km au nord de M’Diq et à 15 km au sud de Sebta dans la province de M’Diq-Fnideq. Le port dispose de 450 anneaux pouvant accueillir des bateaux de 8 à 60 m de longueur. Il est accessible à partir de la route nationale 13 entre Sebta et M’Diq, et l’autoroute reliant Fnideq et Tétouan à partir de la sortie Smir.

                                                       

Développer le tourisme de croisière

L’ANP gère désormais 6 ports de plaisance (Saïdia, Kabila, Marina Smir, Bouregreg, Sables d’or et Marina d’Agadir). Ce secteur dispose aujourd’hui de nombreux projets de développement le long du littoral de l’Oriental, principalement dans le cadre du développement de marinas et sites balnéaires (Saïdia, Marchica, Cala Iris). Cette activité peut se développer d’avantage dans cette région, à condition de préserver les plages et respecter les sites potentiels identifiés à cet effet. D’ailleurs, le département du Tourisme s’est penché dernièrement sur les perspectives de développement du tourisme de croisière et les pistes de collaboration pour redynamiser cette activité.

 

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