Analyse

Elargissement de la couverture médicale: L’usine à gaz du Ramed

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5250 Le 12/04/2018 | Partager
L’afflux massif des bénéficiaires ne s’est pas accompagné d’une augmentation des ressources
Longs délais et dégradation de la qualité du service
Les coûts indirects, une barrière persistante pour l’égalité des soins
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Au moment où l’AMO affiche une bonne santé financière, notamment avec un excédent d’exploitation et une réserve de sécurité cumulée, le Ramed souffre d’une série de problèmes de gouvernance, menaçant sa viabilité financière. Pour remédier à cette situation, le ministère de la Santé appelle à l’adoption de mécanismes de financement cohérents et solidaires, dans le cadre du chantier d’élargissement de la couverture médicale

Au-delà des problèmes de gouvernance et de viabilité financière, le régime de couverture médicale de base a mis à nu la fragilité du système public de soin. Cela est particulièrement vrai pour le Ramed. Sa mise en marche a constitué une mise à l’épreuve de l’hôpital public. Résultat: l’entrée en vigueur du Ramed a accentué les maux du système de santé au Maroc.

C’est l’une des principales conclusions d’une étude de l’ONDH sur ce régime. Cela s’explique par le fait que les hôpitaux, gestionnaires du Ramed, ont été appelés à fournir plus de prestations de soin, sans que cela s’accompagne d’une augmentation significative des ressources. Sur le terrain, le personnel des hôpitaux s’est transformé en «gestionnaires de la pénurie», comme cela a été pointé par ce rapport.

Cette situation résulte de la non prise en compte des conclusions d’une évaluation de l’expérience pilote du Ramed au niveau de trois villes, avant sa généralisation. Cette évaluation avait mis en avant les besoins de mise à niveau de l’infrastructure hospitalière pour réussir la généralisation du dispositif. Les effets négatifs de ce manque de réactivité sont visibles au niveau de l’organisation des prestations de soins et de leur qualité.

«La dégradation concerne l’ensemble des patients, qu’ils soient Ramédistes ou pas», selon le rapport de l’ONDH. Cette situation se traduit par une plus grande fuite des patients solvables vers les établissements privés, renforçant la dichotomie entre des hôpitaux publics paupérisés, avec des prestations de moindre qualité que le privé. Cela risque aussi d’affaiblir davantage les équilibres financiers des établissements publics, après la perte d’une part des usagers payant leurs soins.

La fragilité du Ramed est liée également aux problèmes quotidiens mettant face à face le personnel administratif des hôpitaux et les usagers. L’absence de procédures clairement définies conduit le personnel d’accueil à adopter une attitude de suspicion par rapport aux Ramédistes. Ces derniers, attribuent cette méfiance à la mauvaise volonté des agents, selon les conclusions de l’ONDH.

Cette relation tendue complique davantage les problèmes des patients, généralement pauvres et vulnérables. Ces derniers sont souvent appelés à patienter de longs mois avant d’avoir accès à certaines prestations. Les problèmes de gouvernance du régime se traduisent par une «augmentation des délais d’attente causée par l’afflux massif des bénéficiaires». Cette situation est couplée à un accroissement de la charge de travail du personnel hospitalier, et à l’utilisation intensive du matériel médical, avec une usure plus rapide et des pannes récurrentes.

D’autres dysfonctionnements participent également à la perte d’attractivité de ce régime. En dépit des ambitions de réduire les charges financières des soins, les Ramédistes continuent de supporter des coûts supplémentaires pour avoir accès à certaines prestations. «Des paiements directs persistent encore, notamment en ce qui concerne la prise en charge des médicaments et des analyses», est-il indiqué.

Cette catégorie, généralement pauvre et vulnérable, est aussi tenue de s’acquitter de coûts indirects, liés au transport et à l’hébergement, surtout pour les personnes se déplaçant dans des hôpitaux au niveau d’autres villes. «Ces charges constituent une barrière supplémentaire», selon les conclusions de l’ONDH. Depuis la mise en marche du Ramed, plus de 11,8 millions de personnes ont été immatriculées.

Durant les 6 ans de généralisation, plus de 20 millions de prestations ont été réalisées au niveau des hôpitaux provinciaux et préfectoraux et plus de 9,5 millions au niveau des CHU. En dépit des problèmes liés à ce régime, il a permis à des citoyens pauvres d’avoir accès à certaines opérations pour affections lourdes et coûteuses, selon le ministre de la Santé.

Il a donné l’exemple des interventions de greffe. Durant les 6 dernières années, les Ramédistes ont bénéficié de 158 opérations de greffe de reins, 13 greffes de foie, 12 greffes de moelle osseuse, 1 greffe de cœur…

 

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