Analyse

Valorisation des co-produits oléicoles: Le Maroc renforce son arsenal juridique

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5249 Le 11/04/2018 | Partager
Une loi pour l’épandage des margines et grignons en préparation
Valorisation de la biomasse et gestion environnementale en priorité
Fertilisation et énergie renouvelable…sur les traces de l’Espagne et de l’Italie
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En Italie, le secteur de la trituration est caractérisé à 90 %, par le système 3 phases. Ainsi, quasiment 85% des margines sont épandues sur les terres agricoles comme engrais, et 10% utilisées pour compostage. Le Maroc, lui, attend de verrouiller sa loi car l’élimination des résidus de la trituration engendre des problèmes environnementaux inquiétants (Ph. L’Economiste)

Accélérer le rythme de transformation, maximiser le taux d’extraction de l’huile d’olive, améliorer sa qualité, et préserver l’environnement. Le secteur oléicole est en pleine mutation. Amorcée à travers l’adoption de nouvelles technologies en matière de trituration des olives, cette transition est également accompagnée d’un arsenal juridique en faveur du développement durable.

En témoigne, la loi n°13-09 relative (1)  aux énergies renouvelables. Pour rappel, ce texte  a permis de combler les lacunes juridiques dans le domaine des énergies renouvelables, d’encourager les investissements et de relever plusieurs défis. Par la mise en valeur du potentiel des énergies renouvelables, il a contribué à la réduction de la dépendance énergétique, à la préservation de l’environnement par la limitation des émissions des gaz à effet de serre ainsi que la lutte contre les changements climatiques. Il a ainsi renforcé la position du Maroc en tant que destination d’investissement en matière d’énergies renouvelables.

Et c’est justement les opportunités de l’oléiculture qui sont promues par l’Agro-pôle Olivier de Meknès. Celui-ci encourage la valorisation de la biomasse de l’olivier. Notons à ce titre que le potentiel énergétique de ces co-produits est intéressant. Leur utilisation devrait être régulée. A ce titre, une loi sur l’épandage des margines et grignons est en cours de préparation. 

En effet, la filière oléicole marocaine vit une phase transitoire avec la cohabitation de systèmes traditionnel, semi-moderne et moderne. Ces techniques et technologies imposent certains défis d’ordre environnemental, surtout lorsqu’il s’agit de margines, grignons humides et autres résidus liquides.

D’autant que les orientations stratégiques du ministère de l’Agriculture convergent vers une oléiculture moderne respectueuse de l’environnement. «L’enjeu pour la filière oléicole est, à la fois, de convertir et moderniser les unités de trituration en faisant appel aux innovations technologiques et en mettant en œuvre des plans de gestion environnementale et de valorisation des co-produits de l’olivier», indique Dr Noureddine Ouazzani, responsable de l’Agro-pôle Olivier (ENA-Meknès).

Techniquement, le processus de trituration avec ses différents systèmes (traditionnel, semi-moderne, système à 2 phases ou à 3 phases) génère des sous-produits, à savoir les margines et les grignons, qui représentent des problèmes pour l’environnement ou pour la collecte et la gestion, d’autant plus que la production est en nette hausse.

En effet, les nouvelles technologies adoptées imposent certains défis tant en amont qu’en aval de la filière oléicole, aussi bien pour les systèmes à presse que pour les systèmes modernes. Ainsi, l’élimination des résidus de la trituration engendre des problèmes environnementaux inquiétants, en particulier pour les margines et les grignons humides (pollution des cours d’eau, nappe phréatique, réseau public d’assainissement, transport etc.).

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Les surfaces plantées d’oliviers sont en constante progression. Au niveau national, le Plan Maroc Vert prévoit, dans 2 ans, une surface totale de 1,2 million d’hectares, et 2 millions d’hectares à l’horizon 2030. L’extraction de l’huile d’olive engendre des margines et des grignons humides qui peuvent être valorisés en énergie propre

Si, généralement, le traitement des grignons issus des systèmes à presse et à 3 phases ne pose pas de problèmes, vu leur valorisation industrielle pour l’extraction des huiles qu’ils contiennent, et l’élaboration des substrats solides utilisés comme combustibles, le problème des margines et des grignons humides reste posé et de manière inquiétante au Maroc. Pour y remédier, les professionnels s’inspirent de l’expérience italienne.

Dans ce pays, qui était à l’honneur durant le SIAM 2017, le secteur de trituration est caractérisé à 90 %, par le système 3 phase. Ainsi, quasiment 85% des margines sont épandues sur les terres agricoles comme engrais, et 10% utilisées pour compostage.

Aussi, les lois italiennes autorisent l’épandage des grignons humides issus du système 2 phases sur les terres agricoles. Pour leur part, les Espagnols, avec un secteur de trituration à 99% en système 2 phases, proposent la valorisation énergétique des sous-produits/biomasse de l’olivier (grignons épuisés, noyaux et bois de taille).

«Cette innovation figurant parmi les plus recommandées pour les sous-produits du système 2 phases, constitue le point fort de la filière oléicole espagnole», souligne Ouazzani. Selon lui, les technologies de cogénération et de gazéification permettent de transformer la biomasse de l’olivier en énergie renouvelable.

En chiffres, une unité de gazéification consommant 1.500 tonnes de grignons, produit 100 kw électriques et 160 kw thermiques… Mais, au-delà de l’énergie produite, la valorisation assure une solution de durabilité.

Les exigencesenvi ronnementales

Au Maroc, les orientations du Plan Maroc Vert (PMV) vont de paire avec les exigences environnementales internationales. Ainsi, ces orientations incitent et favorisent l’adoption du système moderne à 2 phases, jugé le plus écologique. C’est un système qui produit moins d’eau et réduit la pollution. «On peut également mieux valoriser les sous-produits en mettant des séparateurs de noyaux», explique notre expert. Le défi lancé par l’Agro-pôle Olivier Meknès a montré que «2 kg de noyaux représentent l’équivalent de l’énergie d’un litre de gasoil, soit presque 10 kw, un chiffre très intéressant pour valoriser le potentiel énergétique de cette biomasse». S’agissant des margines, la production nationale est estimée à 685.000 m3/campagne. La région de Meknès produit, à elle seule, plus de 55.668 m3 de margines, soit l’équivalent de la pollution de plus d’un million d’habitants, avec un coût de traitement qui s’élève à 10 millions de DH. Signalons que 1m3 de margine est l’équivalent de 200m3 d’eau usée domestique. D’où une réelle conscience tendant vers la valorisation.

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(1) La loi 13-09 relative aux énergies renouvelables transcrit les engagements pris par les pouvoirs publics, fixe notamment comme objectifs  la promotion de la production d’énergie à partir de sources renouvelables, sa commercialisation et de son exportation par des entités publiques ou privées, l’assujettissement des installations de production d’énergie à partir de sources renouvelables à un régime d’autorisation ou de déclaration et le droit, pour un exploitant, de produire de l’électricité à partir de sources d’énergies renouvelables pour le compte d’un consommateur ou un groupement de consommateurs raccordés au réseau électrique national de moyenne tension (MT), haute tension (HT) et très haute tension (THT), dans le cadre d’une convention par laquelle ceux-ci s’engagent à enlever et à consommer l’électricité ainsi produite exclusivement pour leur usage propre. Cette loi a été promulguée le 11 février 2010 (B.O n° 5822 du 18 mars 2010).

 

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