Droit

Quelle évolution pour la profession d’avocat?

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5248 Le 10/04/2018 | Partager
Des experts internationaux ont tenté d’y répondre le week-end dernier à Fès
Une initiative de l’UIA en partenariat avec l’association des barreaux du Maroc
Entreprise, médiation, droit intellectuel…des domaines porteurs
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Après le congrès des juges à Marrakech, Fès a pris le relais, le week-end dernier, lors d’un séminaire international sur «les évolutions du métier d’avocat». Initié par l’UIA, l’événement a connu un franc succès (Ph YSA)

A peine Marrakech achevait-elle sa Conférence internationale sur l’indépendance du pouvoir judiciaire, que la ville de Fès prenait le relais avec un séminaire de haut niveau sur «les évolutions des métiers d’avocats». Organisée, les 6 et 7 avril, par l’Union internationale des avocats (UIA) en collaboration avec le Barreau de Fès et l’Association des Barreaux du Maroc (ABM), cette rencontre a permis de renouveler l’engagement des avocats et échanger les expériences d’un métier qui évolue. En effet, la profession d’avocat est confrontée à deux tendances lourdes, l’une sociétale et l’autre technologique.

Pour premier volet, la pression est mise pour réduire le secret professionnel de l’avocat au nom de la transparence de la prévention de l’évasion fiscale et de lutte contre le financement du terrorisme et le blanchiment d’argent. De même, il existe une vague mondiale de dérégulation. En outre, l’évolution des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle aura nécessairement des effets majeurs sur la pratique professionnelle des robes noires.

La première étape a été la mise à disposition large et libre de l’information juridique, celle actuelle est celle de l’analyse automatisée des données juridiques et de la préparation de la consultation ou du contrat et à la justice prédictive.

«Nous devons avoir une régulation adaptée à ces évolutions, sans altérer la déontologie et qui permette de saisir des opportunités de ces évolutions pour nous», ont noté les participants au séminaire de Fès.

«Lequel, comme pour le congrès des juges à Marrakech, a connu un franc succès. On peut d’ores et déjà dire que le Maroc a réussi le Mondial de la Justice en attendant le résultat de sa candidature au Mondial 2026», estime Me Jean-Jaques Uettwiller, président d’Honneur de l’UIA (Paris), coordinateur du séminaire de Fès. L’Economiste revient sur les principaux points soulevés lors de cette rencontre.

■ Des avocats spécialisés, un modèle qui marche
L’expérience des avocats de France a été présentée comme un modèle fonctionnel. Défendu par Me Emmanuel Pierrat, directeur de communication de l’UIA, celui-ci se base sur des domaines d’expertise, comme le droit d’auteur, le droit du marché de l’art, le droit des nouvelles technologies, etc. «Nous n’acceptons pas de devenir des agents immobiliers, mais nous nous spécialisons dans divers domaines dont le sport, le droit intellectuel, et l’héritage», explique Pierrat. Selon lui, «à Paris, plusieurs avocats travaillent sur le droit des sportifs, vis-à-vis des clubs, publicitaires et annonceurs qui veulent utiliser l’image de ces talents». Idem, il y a des avocats fiduciaires, dont le marché est extrêmement important. Le droit informatique et intellectuel n’est pas en reste, puisque les entreprises européennes sont désormais appellées à mandater un délégué au droit intellectuel. «La profession tend également à encourager les avocats d’affaires et avocats de protection de personne qui jouent les rôles de lobbyistes et de tuteur en cas de décès ou de divorce afin de dresser les biens...et protéger les intéressés», ajoute Pierrat. Pour sa part, Sami Houerbi, avocat au Barreau de Tunis, a développé le métier de l’avocat médiateur ou arbitre. Un domaine vivement convoité et qui fera bientôt son entrée au Maroc.

■ La réalisation de la justice et de l’équité
Pour Driss Chater, ancien président de l’UIA, «la relation qui lie avocats et autorités judiciaires vise d’assurer la réalisation de la justice et de l’équité». L’ancien Bâtonnier de Fès a rappelé, à juste titre, les réformes conduites par le Souverain aboutissant à «l’indépendance du pouvoir judiciaire». Même son de cloche auprès de Mustapha Farès, Président délégué du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, qui a attesté de «la dynamique que connaît le métier d’avocat au Maroc aux niveaux des lois, la structure et les problématiques d’organisation». Le premier président de la Cour de Cassation a insisté sur «la nécessité de consacrer le principe d’ouverture dans ce métier, de manière à lui permettre de faire face aux défis relatifs à la mondialisation, au développement technologique et à la prolifération croissante de la criminalité transfrontalière». Pour y arriver, la formation continue des avocats, la communication et la gestion participative sont de mise. «Nous veillons sur le projet du tribunal intelligent et préconisons des débats responsables entre juges et avocats», souligne Farès. La finalité, dit-il, est «d’avoir un avocat compétent et honnête et un juge indépendant». En ce sens, une rencontre entre l’Union internationale des avocats et l’Union internationale des juges est vivement recommandée. Une commission réunissant les Bâtonniers et les magistrats du Parquet général aussi.

                                                                              

Entreprise, médiation, actes… les rôles
non-traditionnels

LA brillante intervention de Mohamed Abdennabaoui, Procureur général du Roi près la Cour de Cassation, n’a laissé personne indifférent. En premier, le ministre de la Justice, Mohamed Aujjar, qui a réclamé une ovation pour Abdennabaoui et Farès. Des applaudissements mérités pour le président du ministère public qui a présenté «les nouveaux champs d’action de l’avocat et les rôles non-traditionnels qu’il est appelé désormais à remplir, dont l’arbitrage, l’entreprise et la rédaction des actes, qui requièrent plus d’attention, de précision et de responsabilité». Bref, les robes noires devront moderniser les organes et mécanismes d’exercice de leur profession.

«Les changements des législations exigent davantage d’implication en vue d’accompagner ce nouveau contexte mondialisé», précise Abdennabaoui. Et de poursuivre: «la formation continue dans le développement des capacités intellectuelles et professionnelles de l’avocat permettra d’accompagner les évolutions des législations, la maîtrise des nouvelles lois et l’efficacité».

Et pourquoi pas une spécialisation des avocats, afin qu’ils puissent contribuer à préserver les droits de toutes les parties. Pour conclure, le Président du Parquet a rappelé que «l’indépendance du pouvoir judiciaire constitue certes un pilier fondamental dans l’instauration de l’état de droit, mais ne peut remplir pleinement son rôle dans la réalisation de la justice et de l’équité sans une défense solidement organisée, libre, respectant la loi et attachée à la déontologie de la profession».

 

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