Analyse

Bâtiment & construction: Malgré la morosité, les opérateurs y croient encore

Par Nadia DREF | Edition N°:5248 Le 10/04/2018 | Partager
Le contrat-programme en suspens
2018 sera une année de transition
L’export, une alternative à la crise
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La construction spécialisée est en plein boom. En atteste le nombre de chantiers en cours et de réalisations de plateformes industrielles, commerces, infrastructures, bureaux… Mais paradoxalement, le secteur du BTP, qui est une locomotive de l’économie, continue de souffrir. 2018 s’annonce, donc, mi-figue, mi-raisin auprès des professionnels.

D’une part, les opérateurs se frottent les mains en attendant les 42 milliards de DH prévus par la commande publique et promis par le ministre Amara en novembre dernier (ports, aéroports, routes, autoroutes, barrages, équipements…). S’y ajoutent d’autres projets privés qui sont dans le pipe: construction de plateformes industrielles pour accompagner le Plan d’accélération industrielle (automobile, aéronautique, énergie…), de malls, de bureaux ou encore de commerces pour répondre à une demande en hausse…

Force est de constater que les entreprises du secteur du BTP sont prises en otage par les retards de paiement et le manque de visibilité par rapport à la commande publique. La signature tant attendue du contrat-programme par la profession pourrait booster le secteur. Or, ce contrat-programme, annoncé pour fin 2017, n’est pas encore paraphé par la tutelle. Les professionnels disent qu’ils n’ont pas de visibilité à ce niveau-là et pointent du doigt «les promesses non tenues» du ministre pjdiste de l’Equipement, Abdelkader Amara.

«Cet attentisme représente un frein majeur pour l’investissement, aussi bien dans les ressources matérielles que dans la poursuite de la création ou de la stabilité de l’emploi», estime un chef d’entreprise qui requiert l’anonymat. La commande publique représente une part prépondérante dans l’activité de l’ingénierie et de l’entreprise de BTP. D’où la forte dépendance à la réalisation effective des programmes publics.

Le contrat-programme vise le développement de l’ingénierie et l’amélioration de la compétitivité de l’entreprise BTP à l’horizon 2022. Cette stratégie a pour objectif de permettre au secteur de contribuer au PIB à hauteur de 81 milliards de DH et de créer près de 1,2 million d’emplois, d’ici 2022. S’y ajoute une évolution annuelle de 3% pour la productivité apparente par employé et par année.

Malgré cette situation d’attentisme, le secteur de la construction d’actifs professionnels et d’ouvrages parvient à sauver la mise. Les anticipations avancées par le HCP dans le cadre de l’enquête de conjoncture, au 1er trimestre 2018, auraient confirmé une stabilité de l’activité selon 49% des chefs d’entreprise interrogés et une hausse de 25%.

Cette évolution résulterait, d’une part, de l’augmentation de l’activité prévue au niveau des «travaux de construction spécialisés» et de la «construction de bâtiments». Elle est attribuée à la baisse d’activité prévue dans le «génie civil» d'autre part. Elle serait accompagnée, selon près de 66% des chefs d’entreprise, par une stabilité des effectifs employés.

Cette tendance dure depuis le 4e trimestre 2017. Selon les chiffres du HCP, le taux d'utilisation des capacités de production (TUC) dans le secteur se serait établi à 71%. L’activité aurait connu une stabilité selon 60% des patrons et une augmentation selon 21%.

Les carnets de commandes sont jugés d’un niveau normal par 60% des patrons et inférieur à la normale par 35% d’entre eux. L’emploi aurait connu une stabilité selon 72% des patrons. Côté équipements, 54% des entreprises auraient réalisé des dépenses d’investissement en 2017 destinées, principalement, au remplacement d’une partie du matériel.

Pour ce qui est de l’immobilier résidentiel, le secteur  peine toujours à renouer avec la croissance. Plusieurs facteurs de fragilité persistent: faiblesse de l’investissement privé, baisse des ventes de matériaux de construction, ralentissement des transactions, perte de confiance malgré une amélioration du flux des crédits accordés... Cette faible visibilité offerte par le marché constitue un frein majeur à l’investissement aussi bien dans les ressources matérielles que dans la poursuite de sa mission de création et/ou de stabilité de l’emploi.

Le rallongement des délais de paiement pénalise lourdement le secteur BTP. Selon une étude finalisée en mars dernier par le groupe Attijariwafa bank, le remboursement se fait en 264 jours, ce qui est loin des 90 jours autorisés. L’Etat arrive en tête des mauvais payeurs. Ce qui pénalise le secteur vu que 80% du chiffre d’affaires est issu de la commande publique.

Concurrence étrangère

L'expertise marocaine du BTP est actuellement reconnue au niveau continental. Bureaux d’études, génie civil, construction, ingénierie… les entreprises ont multiplié les contrats et les partenariats avec des pays de l’Afrique. Le tissu d’entreprises favorise l’émergence d’opérateurs d’envergure et des champions nationaux. Ces derniers maîtrisent les meilleures pratiques techniques et technologiques. Ils développent également une véritable expertise dans plusieurs domaines ainsi qu’une expérience à l’export qui est en plein essor. Reste que les opérateurs dénoncent la concurrence étrangère qui, selon eux, est de plus en plus agressive (chinoise, turque…). La guerre porte sur les projets d’ampleur, mais aussi sur un nombre croissant de projets de taille plus modeste, surtout dans les villes. 

 

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