Analyse

Affaire du Sahara: Le Maroc droit dans ses bottes

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5245 Le 05/04/2018 | Partager
Rabat «prêt à tout pour défendre son intégrité terri-toriale»
Mobilisation interne et offensive diplomatique pour expliquer les derniers rebondissements
Dos au mur, les séparatistes multiplient les provocations
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Contrairement aux allégations des séparatistes, les investissements publics dans les provinces du Sud sont beaucoup plus importants que les recettes collectées. Le rapport préliminaire du SG de l’ONU a insisté sur l’importance des projets réalisés ou annoncés dans ces régions, dans le cadre du programme de développement, avec un budget de 77 milliards de DH

La tension continue de monter autour du dossier du Sahara. Le Maroc, habitué aux manœuvres des ennemis de l’intégrité territoriale à la veille de l’adoption du rapport annuel du SG de l’ONU autour de cette affaire, ne veut plus se laisser faire. «La politique de retenue appliquée par le Maroc depuis plusieurs années a atteint ses limites, après les dernières provocations des séparatistes», selon un spécialiste en relations internationales.

Rabat a haussé le ton face aux récents mouvements du Polisario, voulant mettre tout le monde face au fait accompli. Le Maroc a mis en garde les responsables des Nations unies concernant l’escalade de tensions que risque de provoquer la volonté des séparatistes de transférer certaines structures vers la zone tampon, à l’est du mur de défense marocain. Plusieurs observateurs ont critiqué la «neutralité suspecte» de l’ONU, dont le porte-parole a indiqué que la Minurso «n’a observé aucun mouvement d’éléments militaires dans le territoire Nord-Est». La Mission onusienne au Sahara «continue de surveiller la situation de près», a-t-il dit.

Or, ce laisser-aller risque d’être interprété comme un encouragement aux séparatistes de poursuivre leurs manœuvres. En face, le Maroc ne restera pas les bras croisés. Le risque de déclenchement d’opérations militaires n’est pas exclu. Pour le moment, le Maroc mise sur une grande dynamique de sa diplomatie, avec l’implication personnelle du Roi.

Le Souverain «aura des conversations avec les responsables des Etats membres permanents du Conseil de sécurité», a fait savoir Saâdeddine El Othmani, chef du gouvernement, lundi dernier. Parallèlement, le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a initié une tournée diplomatique, notamment à Paris et Washington, pour expliquer les derniers rebondissements de ce dossier.

■ Mobilisation interne
Depuis dimanche dernier, les réunions se succèdent pour renforcer la mobilisation interne. Après la rencontre avec les parlementaires des deux Chambres, le chef du gouvernement s’est réuni avec les patrons des partis et des syndicats. Tout le monde s’accorde à dire que «la question de l’intégrité territoriale est une ligne rouge». Lors de ces différentes rencontres, partis et syndicats ont dit être «conscients de la gravité de la situation». Ils ont insisté sur l’importance d’une «réponse ferme du Maroc», mais aussi sur la nécessité de poursuivre le processus interne en matière de développement, de démocratisation et de justice sociale.

■ Situation sur le terrain
Au moment où le rapport préliminaire du SG de l’ONU se félicite de l’émergence «d’une nouvelle dynamique en cours, pouvant aboutir à la relance du processus politique», la situation sur le terrain est loin de favoriser ce scénario. Les dernières provocations du Polisario risquent de plomber les efforts menés pour trouver une solution définitive à ce conflit, qui n’a que trop duré, de l’avis même d’Antonio Guterres. Le rapport distribué aux membres du Conseil de sécurité a mis l’accent sur «la persistance des tensions entre les parties au conflit, notamment à cause de la situation à Guergarate et les menaces sécuritaires qui planent sur la région». C’est dans ce contexte que s’inscrit l’appel «d’observer un niveau élevé de retenue pour empêcher toute escalade de tensions». Le rapport du SG de l’ONU appelle aussi à «éviter toute action qui pourrait changer le statu quo dans la zone tampon». C’est justement ce que reproche le Maroc au Polisario, après les derniers mouvements et la volonté d’installer des structures civiles et militaires à l’est du mur de défense. Rabat s’est interrogée sur les raisons de l’absence de toute mention de «ces récentes violations commises par le Polisario».

■ Le Maroc «prêt à tout»
Rabat, qui a jusqu’à maintenant fait preuve de retenue, ne restera pas les bras croisés. Les autres parties devront assumer la pleine responsabilité des conséquences qui en découleront. Le message adressé par le Maroc à l’ONU, via l’ambassadeur Omar Hilale, est on ne peut plus clair. Le Royaume, qui refuse toute altération du statut de la zone tampon, est «prêt à tout, absolument tout, pour préserver son intégrité territoriale. La mise en garde de Abdelouafi Laftit, ministre de l’Intérieur, traduit la détermination du Maroc de défendre ses droits. Dans cette ambiance électrique, l’intervention de l’ONU, notamment le Conseil de sécurité, sera décisive pour éviter une escalade de tensions. Or, l’attitude actuelle de cette organisation internationale risque de favoriser un retour à la confrontation armée. «La tension a atteint un niveau très élevé, jamais vu depuis l’accord du cessez-le-feu en 1991», selon un spécialiste en relations internationales. Ce bruit de bottes dans le Sahara constitue une véritable menace pour toute la région. D’autant que les risques sécuritaires sont de plus en plus importants dans cette zone, qui connaît la prolifération des activités terroristes et de trafics d’armes et de drogues.

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Au-delà des investissements prévus par le gouvernement, l’INDH s’est aussi mobilisée pour le renforcement des installations sociales, culturelles et sportives dans les provinces du Sud. Il s’agit essentiellement de projets de proximité, améliorant le quotidien des populations locales

■ Dynamique de développement
Les provocations semblent être la dernière carte pour le Polisario, qui se retrouve dos au mur. Le Maroc renforce sa présence dans les instances africaines, après son retour à l’UA, et la poursuite de la dynamique de développement dans les provinces du Sud. Le rapport préliminaire du SG de l’ONU a souligné l’importance des «investissements réalisés ou annoncés par le Maroc dans cette région». Les accusations d’exploitation des richesses de cette région, régulièrement exploitées par les séparatistes, ont été démontées par le Maroc. Pour chaque dirham de recettes, l’Etat en investit 7. Le programme de développement des provinces du Sud, avec un budget global de 77 milliards de DH, est déjà en cours de réalisation. Ces investissements portent essentiellement sur la mise à niveau des infrastructures et l’amélioration des conditions de vie des populations. Parallèlement, la dynamique des investissements privés est également en pleine expansion. La première réunion en 2018 de la Commission nationale des affaires s’est soldée par l’approbation d’une série de projets dans le Sud, notamment à Laâyoune Sakia Al Hamra, avec un budget de 17,18 milliards de DH, soit 53% de l’ensemble des investissements approuvés. De l’autre côté de la frontière, les dirigeants séparatistes font face à une montée de la grogne dans les camps de Tindouf, surtout des jeunes. Le rapport préliminaire a mis l’accent sur «la frustration de ces populations». Il a aussi mis en garde contre la dégradation de la situation, après la baisse sensible des aides humanitaires destinées aux camps. S’il a appelé les Etats à renforcer les contributions en faveur des Agences onusiennes opérant dans cette zone, notamment le HCR, la FAO et l’Unicef, aucun mot n’a été dit sur les pratiques de détournement de ces aides par les responsables du Polisario. Une situation dénoncée par le Maroc à plusieurs reprises.

■ L’Algérie poursuit son entêtement
Ce pays est une partie essentielle pour le règlement du conflit artificiel autour du Sahara. C’est le message adressé à maintes reprises par le Maroc. L’implication d’Alger, véritable parrain du Polisario, est indispensable pour aboutir à une solution définitive. Les responsables de l’ONU en sont conscients. Le rapport préliminaire de Guterres appelle les Etats voisins, particulièrement l’Algérie, à s’investir davantage dans le processus politique lié à cette affaire. Alger reste néanmoins campé sur ses positions. Lors des différentes rencontres avec des responsables onusiens, notamment l’envoyé spécial Horst Köhler, les dirigeants algériens continuent de brandir la carte de «l’autodétermination». La Mauritanie, également interpellée par l’envoyé spécial du SG de l’ONU, a dit observer une position de «neutralité positive».

 

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