Culture

Arts visuels: Retour sur la naissance de la modernité dans le monde arabe

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5241 Le 30/03/2018 | Partager
Une exposition historique en marge de l’Art Dubaï 2018
5 villes, 5 écoles emblématiques à travers plusieurs décennies
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L’œuvre emblématique de Melehi représentant aux côtés de Farid Belkahia, Mohamed Hamidi, Ahmed Cherkaoui et d’autres l’école de Casablanca lors de l’exposition en marge de l’Art Dubaï (Crédit: collection particulière)

Le Caire, Casablanca, Khartoum, Bagdad et Djeddah. 5 villes qui racontent l’histoire de l’art moderne dans la région. A travers 5 écoles emblématiques qui ont installé la modernité dans les arts visuels du monde arabe, l’exposition «That feverish leap into the fierceness of life», présentée en marge de l’Art Dubaï 2018, retrace l’évolution d’une vision artistique et plastique arabe qui tout en adoptant une modalité occidentale, s’est construite en opposition à celle-ci.

En effet dans chacune de ses villes à quelques années de différence, des groupements d’artistes ont émergé, secouant les valeurs esthétiques, qu’ils jugeaient, désuètes, en imposant l’idée d’une peinture indépendante de l’héritage colonial.  Il s’agissait pour ces jeunes artistes d’installer des valeurs contemporaines arrimées à une modernité mais immanquablement placées sous la double dialectique de la tradition et de la modernité, de la mémoire et de l’identité.

Un fort sentiment anticolonial, voire nationaliste émergeant dès la fin des années 50 et jusqu’aux années 70 a donné lieu à la création de plusieurs groupes localement et régionalement tels que l’Ecole de Khartoum au Soudan dont l’un des pionniers est l’immense artiste Ibrahim El Salahi, l’Ecole de Casablanca sous l’impulsion de feu Farid Belkahia ou encore le groupe de Bagdad, initié entre autres par l’artiste irakien Jawad Saleem.

Des groupes d’artistes qui chacun de leur côté ont instauré presque simultanément une nouvelle pratique picturale arabe contemporaine essentiellement basée sur une réappropriation du patrimoine, des legs artistiques arabo-musulmans pour les uns, préislamiques pour les autres ou encore amazigh pour ce qui concerne l’Afrique du Nord.

Cette nouvelle attitude s’est concrétisée à travers de nombreuses voies, telles que l’abstraction ou encore la nouvelle figuration voire le surréalisme pour l’école cairote. Car si la majorité des groupements artistiques et picturaux de la première moitié du 20e siècle, dans la région, étaient portés par un discours politique quasi-identique, le résultat au vu de l’exposition est en effet d’une grande diversité.

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D’une très grande modernité, la sélection casablancaise de l’exposition interpelle par sa singularité en s’inscrivant dans une abstraction, tantôt lyrique tantôt géométrique, parfaitement maîtrisée. Ici l’œuvre de Bachir Demnati faisant la couverture du catalogue de l’exposition (Ph. ABo)

«On a tendance à considérer le modernisme dans la région arabe comme monolithique», explique Sam Bardaouil, le commissaire de l’exposition en collaboration avec Till Fellrath. «Nous voulions montrer la diversité à la place. Bien sûr, il y a des points communs, mais chaque scène répondait à son propre contexte socio-politique et aux traditions culturelles qui avaient été établies dans chaque région»,  précise Bardaouil.

La partie casablancaise comprend bien évidemment les pionniers de l’abstraction au Maroc tel que Farid Belkahia, Mohamed Melehi, Mohamed Hamidi ou encore Ahmed Cherkaoui, considéré comme le précurseur de la modernité picturale au Maroc, mais également une œuvre  majeure de Bachir Demnatti: «alignement» datant de 1971 et qui  a été sélectionné pour assurer la couverture du catalogue de l’exposition.

Une section qui interpelle par sa singularité dans le paysage pictural arabe de l’époque, non seulement parce qu’elle s’inscrit dans une abstraction, tantôt lyrique tantôt géométrique, parfaitement maîtrisée, mais également parce qu’elle adhère à  une parfaite contemporanéité, témoignant d’une avant-garde née dans la métropole marocaine dans les années 60.

En tout, 25 artistes sélectionnés, quelque 75 œuvres exposées, le tout accompagné d’un catalogue commenté par plusieurs experts tels que l’historienne de l’art et coordinatrice de l’initiative d’études culturelles arabes et musulmanes contemporaines (CAMCSI) à l’University of North Texas ou encore la curatrice spécialiste de l’art contemporain marocain Holiday Powers. Un document académique qui apporte un nouvel éclairage sur le mouvement moderniste arabe.

De notre envoyé spécial à Dubaï, Amine BOUSHABA

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