Culture

Ce qu’ils pensent des 60 ans du cinéma marocain

Par Jaouad MDIDECH | Edition N°:5236 Le 23/03/2018 | Partager
amal_ayouch.jpg
 

■ Amal Ayouch, actrice: «Le démarrage réel n’a commencé que durant les années 1970»

«Il est prétentieux de parler de 60 ans de cinéma marocain. Cela ne fait que 20 ans que je suis dans le domaine. A mon avis, le démarrage réel n’a commencé qu’au cours des années 1970-80. C’est à partir de cette période que l’on peut parler d’une production annuelle, courts et longs métrages. Les thématiques traitées aussi commencent à gagner en diversité: la question de la femme, les années de plomb, les enfants de la rue, les Marocains juifs, la sexualité, et d’autres sujets sociétaux encore qui interpellent chacun de nous. Reste que le traitement de ces sujets est superficiel, ne crée pas de l’émotion réelle chez le spectateur, le propre du grand cinéma. Nos réalisateurs n’ont pas encore cette audace d’aller au fond des choses. Le langage s’est certes libéré, mais attention à la banalisation de la vulgarité. La grande problématique du cinéma au Maroc est l’écriture cinématographique, sans scénario point de cinéma, et nous cinéastes vivons une espèce de frustration en ce domaine. S’il y a des mauvais films, c’est aussi à cause de cela. Autre handicap du cinéma marocain: les réalisateurs ont tendance à courir derrière des sujets vendeurs pour être dans les festivals, c’est ce qui compte le plus pour eux».

■ Hassan Benjelloun, réalisateur: «Il faut cesser cette désunion des cinéastes»

hassan_benjelloun.jpg
 

«Le cinéma marocain en 60 ans d’existence a considérablement évolué, tant en termes de quantité que de qualité. Nous avons maintenant une nouvelle génération de réalisateurs, en témoigne le cru de cette année. Les 15 films en compétition, si l’on excepte Daoud Oulad de Sayed, appartiennent à une nouvelle génération de cinéastes. Des Noureddine Lakhmari, des Nabil Ayouch, Narjiss Nejjar, Hicham Lasri, Abdelilah El Jaouhary…, et j’en passe. Mon seul regret est cette désunion qui mine la famille du cinéma marocain, ce jeu de clans opposés, qui nuit à son développement et à son épanouissement. Il est temps de retrouver la solidarité et l’entraide entre nos cinéastes».

lalouani.jpg
 

■ Mustapha Lalouani, critique de cinéma: «L’autocensure est plus grave que la censure»

«Je peux affirmer que le cinéma marocain est sur la bonne voie après 60 ans d’existence, mais il passe néanmoins par une impasse: il nous faut encore quelques talents pour qu’il s’épanouisse davantage, qui sachent réellement exprimer l’identité marocaine. Des cinéastes qui nous feraient ressentir nos frustrations, nos souffrances, nos échecs, nos réussites, et nos espoirs. Il y a des efforts, mais je ne suis pas satisfait. L’audace nous manque encore et l’autocensure fait encore son travail. Elle est plus grave que la censure elle-même. J’estime que l’Etat marocain est plus avancé que la société marocaine et ses créateurs. Un cinéaste est d’abord un artiste qui se doit de remuer quelque chose en nous, qui se doit d’être à l’avant-garde. Quelques tabous sont crevés, mais d’une façon tout à fait superficielle».

■ Mohamed Galaoui, critique de cinéma: «La course pour la subvention de l’Etat galvanise les cinéastes»

galaoui.jpg
 

«La naissance du cinéma marocain n’a commencé qu’aux années 1970-80. Et là je distinguerai trois périodes, celle avant l’aide financière de l’Etat, celle du fonds d’aide à la production cinématographique, et celle du système actuel de l’avance sur recette. La première a vu des cinéastes venus parfois d’autres horizons, qui n’ont pas une formation cinématographique à la base. On ne dépassait pas à l’époque trois films par an. C’est le talent artistique qui l’emportait sur le gain commercial, avec des films comme «Soleil de printemps» de Latif Lahlou sorti en 1969, ou «Le facteur» de Hakim Noury (1980). …Vient la seconde période, celle du fonds d’aide à la production des années 1980, à fonds perdu, et la course pour avoir la subvention de l’Etat qui galvanise nos cinéastes. Il y a une augmentation du nombre de films, oui, mais sans que la qualité ni l’émulation suivent. La troisième période est celle établie sous l’ère de Nour-Eddine Sail, qui consiste à avancer une aide avant et après production, quitte à ce que les producteurs remboursent leur prêt une fois leur produit en salles. Nous avons atteint certes 20 à 25 longs métrages par an, mais au détriment de la qualité. Nous n’avons plus de salles, les moyens de communication et les images hors cinéma classique qui prolifèrent, et des cinéclubs qui ne sont plus là pour inculquer aux jeunes une formation cinématographique».

 

 

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc