Competences & rh

Formations cloisonnées: «En sortir vers un mode transversal»

Par Noureddine EL AISSI | Edition N°:5233 Le 20/03/2018 | Partager
La méthode Dassault permet aux élèves de simuler la résolution de problèmes industriels
Un processus de 5 activités, de l’inspiration à l’implémentation de la solution
Le rôle de l’enseignant se focalise seulement sur le coaching
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Olivier Ammoun, directeur du  Dassault Systèmes Learning Lab, rappelle que près de 85% des métiers que pratiqueront les apprenants actuels en 2030 n’ont pas encore été inventés (Ph AO)

- L’Economiste: Votre plateforme de formation, la 3DEXPERIENCE, est centrée projet. Comment est-elle structurée et déployée?

- Olivier Ammoun: Dans un projet d’étudiant, nous avons différents types d’activités similaires à celles que l’on trouve dans l’industrie. On commence par un travail d’inspiration qui s’éclate en différentes sous-activités telles que la veille technologique. Car avant de développer un produit, un industriel doit s’interroger sur ce qui existe déjà sur le marché et sur les nouvelles tendances par rapport aux usagers. Ces outils de veille technologique sont embarqués dans la plateforme et permettent aux étudiants de trouver un moyen de résoudre le problème posé. A tout moment durant le projet, les étudiants utilisent la plateforme afin d’y rechercher le savoir nécessaire pour définir une solution technique. Il s’agit du «Learning». Un étudiant travaillant sur un projet ne peut pas se contenter de résoudre une équation différentielle. Il est face à un problème industriel auquel il doit trouver une solution multi-disciplinaire. Certes l’apprentissage des disciplines, mathématiques, physique…, reste indispensable, mais l’étudiant doit également chercher par lui-même toute sorte de savoir pour résoudre le problème.

- Concrètement, de quelle manière l’étudiant doit-il procéder?

- Par exemple, si le sujet porte sur l’invention d’un nouveau moyen de transport électrique, il doit apprendre le fonctionnement d’un moteur électrique, comment il peut s’intégrer dans une structure existante et en parallèle explorer les disciplines concernées par le projet: électronique, mécanique… Une telle approche permet donc de sortir d’une formation cloisonnée à un mode transversal mobilisant toutes les disciplines et les savoirs pour apporter une solution optimale au problème industriel posé. - L’apprentissage par projet inclut-il l’environnement immédiat de l’entreprise? - Dans le processus d’apprentissage par projet, il faut aussi prendre en considération l’innovation, car aujourd’hui dans tout projet, l’objectif reste de sortir un produit physique: avion, Smartphone, véhicule électrique autonome… ou une prestation de service différente de ce qui existe déjà. Notre plateforme permet de le faire d’une manière virtuelle tout en donnant la possibilité aux ingénieurs de partager des idées et des réflexions même s’ils sont dispersés dans différents pays et surtout de capitaliser. Cette activité existe déjà, elle est pratiquée par les élèves dans les écoles dans des salles closes. Mais à la fin de la séance tout est oublié faute d’avoir documenté les cours de ce qu’on appelle le brainstorming. Des idées qui pourraient se montrer utiles dans le développement ultérieur du projet. La plateforme permet de créer cette traçabilité jusqu’à l’implémentation de la solution. Une fois on a l’idée de la solution, on passe à l’étape de création, ce qui nécessite la mise en place de la gestion de projets, des outils de modélisation et toute une mécanique d’ingénierie. L’évaluation peut avoir lieu en continu ou à la fin du projet. Avec cette approche, le professeur doit changer son attitude, il donne moins de cours aux élèves mais agit plutôt comme un mentor qui coache les étudiants, les conseille et les aide dans le choix de leurs orientations d’idées et de stratégies.

- Quel sera l’impact de l’industrie du futur sur les métiers?

- Les initiatives pour l’industrie du futur n’apporteront aux industries nationales les bénéfices escomptés que si elles sont portées par des ingénieurs, des techniciens et des opérateurs armés de compétences techniques (aptitudes) et humaines (attitudes) adaptées. L’usage de la 3DEXPERIENCE combinée à un apprentissage par projet, fournit précisément ces deux compétences. Négliger les aptitudes, c’est risquer la sous-performance industrielle, oublier les attitudes, c’est la promesse d’une automatisation au détriment de l’emploi et de l’harmonie sociale. 

De la robotique à la cobotique

«Chaque année, nous publions des statistiques sur l’usage de robots industriels», rappelle Ammoun. Quantitativement, le Japon se positionne en tête, cela s’explique facilement pour un pays à la fois fortement industrialisé et inexorablement vieillissant. Il est suivi des Etats-Unis du fait que ce pays est la première puissance industrielle, puis viennent les pays européens et la Corée du Sud. Mais la robotisation de tout ne peut être une perspective réjouissante pour l’emploi et on peut imaginer un avenir collaboratif pour les humains et les robots. C’est la grande tendance de la «cobotique», absolument pertinente dans les pays à la démographie vivace comme le Maroc et plus globalement l’Afrique.

 

 

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