Tribune

Afrique, que fais-tu de tes talents? Rendre la ville de demain plus sûre, plus intelligente,...

Par Patrice FONLLADOSA | Edition N°:5231 Le 16/03/2018 | Partager

Patrice Fonlladosa est Président-directeur général de Veolia Afrique & Moyen-Orient – France (Ph. Privée)  

L’Afrique est encore très rurale, et pourtant c’est là que se situe la croissance urbaine la plus forte: en 2050 la population africaine aura doublé et deux Africains sur trois vivront en ville. En 2030, les villes de Lagos et Kinshasa seront des mégalopoles de plus de 20 millions d’habitants(1).

L’Afrique n’en est qu’au début de sa transformation urbaine mais les défis démographiques des villes de ce continent sont déjà majeurs sur les plans social, économique mais également climatique. En effet, du fait de sa cadence et de son ampleur, la gestion de l’urbanisation du continent africain est un défi particulièrement complexe. Certaines villes africaines accueillent en moyenne entre 40.000 à 50.000 personnes par jour et cette situation contribue à accentuer la pression sur les ressources naturelles et l’environnement urbain.

En ce qui concerne l’accès aux services essentiels, cette évolution doit nous interpeller car l’urbanisation, lorsqu’elle se fait de façon non maîtrisée, fragmente la ville et engendre des quartiers informels, non raccordés aux services essentiels: elle divise.

Dessiner un bilan préoccupant

Les politiques foncières des pays en développement dessinent depuis plus de vingt ans un bilan préoccupant. La part du marché foncier non régulé ou informel aggrave les inégalités face à l'accès aux services essentiels (accès à l'eau, à l'assainissement et à l'électricité) et à l’emploi. Par exemple, les deux principaux obstacles à l'accès à l'eau des plus défavorisés sont l'interdiction de raccorder les zones informelles et le prix du raccordement. La conséquence directe est que les plus pauvres paient souvent l'eau jusqu'à 50 fois plus cher que les riches qui sont raccordés au réseau(2).

On constate dès lors que les efforts de développement de l’accès aux services essentiels sont souvent annulés par l’urbanisation galopante. Dans ce contexte de concentration intense des populations, des besoins en infrastructures vont être considérables et leur définition nécessite  une véritable stratégie. S’agit-il de services en réseaux ou bien d’infrastructures individuelles de partage ou de copartage? Comment fournit-on, d’autre part, ce type de services dans des villes menacées par des événements météorologiques extrêmes et qui n’ont pas, la plupart du temps, les moyens de prendre en main leur propre urbanisation?

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Etude sur la qualité de vie dans les villes africaines: localisation des 10 premières et des 10 dernières sur 60, plus sélection de grandes villes

Construire de nouvelles
offres à partir des besoins des populations

Il faut donc avoir en tête la nécessité d’une gestion multi-niveaux en menant un travail de coordination avec les associations de quartiers et tous les acteurs locaux. Le domaine de l’eau, de l’énergie et des services essentiels ne peut en aucun cas se résumer à un club d’experts. Les entreprises doivent, sans naïveté, renouveler leur manière de travailler à la construction des services essentiels et notamment avec des «grappes de petits opérateurs» en concevant des produits et des services simples, abordables et «aspirationnels» pour les populations. C’est-à-dire construire de nouvelles offres à partir des besoins des populations, en s’appuyant sur les innovations existantes, issues du savoir-faire local.

Si l’urbanisation en Afrique pose donc un certain nombre de questions et de challenges elle est aussi source de croissance partagée. Pour fournir davantage de services tout en prélevant moins de ressources disponibles dans un contexte à la fois de plus grande incertitude climatique et d’accroissement des vulnérabilités, il faut penser la ville autrement et s’interroger sur la manière de rendre la ville de demain plus sûre, plus intelligente, et plus bienveillante à  l’égard des populations. Parce qu’aujourd’hui tout est à faire, la ville africaine du XXIe siècle devra être en pointe sur son futur en bâtissant des villes résilientes adaptées au contexte local.

«L’urbanisation offre ainsi l’opportunité de lutter avec davantage d’efficience contre le changement climatique en rendant les villes plus durables. Exploiter ce potentiel nécessite des stratégies nationales novatrices et ambitieuses. Les villes devront clarifier les droits fonciers, fournir des services de meilleure qualité et pour tous. Leur mise en œuvre effective exige des systèmes de gouvernance à tous les niveaux ainsi que des capacités de transparence et des modèles économiques innovants pour financer les projets d’infrastructures nécessaires.

Qu’est-ce que la ville résiliente?

Développé depuis les années 2000, le concept de «ville résiliente» se définit par la capacité d’une métropole à s’adapter pour se remettre des perturbations climatiques, environnementales et des tensions économiques ou sociétales qui la traversent. La ville est ainsi envisagée comme un écosystème global de gouvernance, avec différents systèmes interconnectés et interdépendants : infrastructures, aménagements, finances, développement social, éco-gestion des ressources… l’idée étant de supporter les crises, de les gérer, et surtout, de rebondir avec un modèle urbain dynamique et pas seulement réactif. Certes, après une catastrophe naturelle – une inondation par exemple –, l’urgence consistera à retrouver au plus vite les fonctions opérationnelles. Mais la résilience urbaine implique aussi de travailler en amont, pour atténuer les dysfonctionnements dus à l’explosion démographique, aux bouleversements géo-climatiques ou à la pollution. De fait, la ville résiliente dessine un des chemins possibles vers la ville durable(1).
C’est dans ce cadre que depuis 2013, la Fondation Rockefeller a lancé le réseau des «100 villes résilientes». 67 dossiers ont été sélectionnés, parmi lesquels Dakar, Durban et Kigali pour n’en citer que quelques-unes. L’objectif de la Fondation est d’atteindre les 100 villes en 2016. Concrètement, le programme s’engage à subventionner la création d’un poste de directeur général de la résilience au sein de la métropole, à fournir une expertise, à mettre en réseau les villes membres pour échanger sur les solutions et à proposer un accompagnement technique.

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1) #livingcircular

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1) Fondation Moh Ibrahim
2) ThinkTank [Re]sources

 

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