Economie

Maroc-Espagne-Afrique: Un contexte qui bouge

Par Nadia SALAH | Edition N°:5228 Le 13/03/2018 | Partager
Echanges d’opinions et d’intérêts sous l’égide de la Fondation Tanja
Angoisse démographique et migratoire
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Les interactions ne vont pas plus loin qu’un commerce bilatéral, déficitaire pour le Maroc, et la concurrence pour les espaces touristiques. Carte de l’Institut Royal des Etudes stratégiques de Rabat

Peut-on aller ensemble, Marocains et Espagnols, sur le Continent et y travailler au développement tout en gagnant de l’argent? Est-ce une bonne ou une mauvaise idée de faire du Maroc la frontière «contre» les migrants d’Afrique ? C’était les deux thèmes de la dernière rencontre montée par la Fondation Tanja de Rosa Canadas, à Madrid.

Pour planter le décor, rappelons qu’il y a une «bombe démographique africaine» et que la différence de niveau de vie entre l’Espagne et le Maroc est pratiquement de 1 à 10. L’écart bondit de 1 à 19 si l’on considère la différence de PIB par tête entre l’Afrique sub-saharienne et la Péninsule ibérique. Ce sont là les plus grandes différences existant à l’échelle de la planète.

Risques politiques aussi

Des personnalités espagnoles redoutent que cette situation de pression démographique pousse leurs concitoyens vers des positions xénophobes et fasse perdre le bénéfice de la démocratie. L’inquiétude est assez forte pour que des mots aient été inventés en Europe. Le français a donné: «démocratures», des endroits où les votes désignent des dictateurs, «ilibéral» avec des droits mais sans le libéralisme.

Du côté des Marocains, la crainte est moins forte, mais elle est là. Certains sont sûrs que le double projet «migrants et Afrique» du Souverain contient des solutions, mais si «le Maroc reste seul à porter ces stratégies, alors cela mettra beaucoup de temps». Donc beaucoup de risques et sans doute beaucoup de victimes.

Assez étonnamment, c’est le même raisonnement que l’on trouve quand il s’agit d’investissements continentaux. Les Marocains vont investir, mais s’ils sont seuls, alors les délais vont devenir très longs.

L’arrière-pays grandit

Si les organisations internationales, les Etats-Unis ou l’UE parlent quasi uniquement d’énergie électrique (des coalitions d’intérêts à peine voilés), les invités de la Fondation Tanja parlent de formation, de promotion des femmes, d’urbanisation, de fonds d’investissements ou encore de gestion de PME et de promotion linguistique. Un participant signale qu’il y a une dizaine d’années peu d’entreprises espagnoles pensaient que leur voisin du sud était un arrière-pays naturel. Or ces trois dernières années, «l’Espagne est devenue le premier partenaire du Maroc». Ce participant est persuadé que «la même stratégie peut être lancée».

Pour tous, migrants et investissements sont deux questions liées, avec en sus, une course de vitesse.

Apparemment, personne ne voit le Maroc dans le rôle de la Turquie de Erdogan pour retenir les migrants: pas les moyens, pas la taille et surtout Rabat n’a pas le système politique totalitaire qu’il faudrait pour gérer/écraser les contestations. Enfin, chez les uns et les autres, une idée flotte, exprimée deux fois seulement de manière ouverte: il ne faut pas trop compter sur Bruxelles. La bureaucratie européenne a certes énormément de moyens mais elle ne sait plus vouloir.

La Fondation Tanja, c’est quoi?

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Rosa Canadas est Barcelonaise native de Tanger, dont elle a gardé de nombreuses habitudes de vie (Ph. L’Economiste)

Créée en 2008 par Rosa Canadas, avec ses fonds personnels, la Fondation Tanja a un comité d’honneur impressionnant: André Azoulay,  Conseiller de deux souverains, Hassan II et Mohammed VI, Jordi Pujol, ancien chef du gouvernement autonome de Barcelone, Omar Aziman, actuel président du Conseil supérieur de l’enseignement et ancien ambassadeur du Maroc en Espagne ou encore Slomo Benami, ancien ambassadeur d’Israël en Espagne (qui est aussi historien et natif de Tanger), Josep Borell, qui fut président du Parlement européen de 2004 à 2007 (Cf. L’Economiste du 20 avril 2011)
Avec son impressionnant carnet d’adresses, l’idée de Rosa Canadas est de faire se rencontrer des personnes et personnalités des deux côtés du Détroit, pour qu’ils cessent de nourrir des méfiances sans objet, les uns vis-à-vis des autres. Et aussi pour faire des affaires. Les réunions, colloques ou discussions se tiennent en privé, plusieurs fois par an. L’Economiste est associé à ces réunions.

 

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