Société

Mariage de mineures: La société civile veut des sanctions

Par Tilila EL GHOUARI | Edition N°:5223 Le 06/03/2018 | Partager
Plus de 30.000 cas recensés rien qu’en 2015
Les vides juridiques continuent de plomber la loi
La difficile bataille contre les mentalités
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Le Maroc enregistre le taux le plus élevé (3%) de mariage des femmes mineures de moins de 15 ans, contre 1% en Turquie et un taux qui tend vers les 0% en Tunisie. Ces données ont été collectées auprès des femmes âgées entre 20 et 24 ans ayant contracté un mariage avant l’âge de 15 ou 18 ans

Malgré la réforme du code de la famille, où il est stipulé que l’âge minimum légal du mariage est de 18 ans (au lieu de 15 ans pour les filles et 16 pour les garçons), les mentalités résistent. Le mariage précoce est toujours monnaie courante. Pour cause, des vides juridiques persistent qui encouragent cette pratique, jugée comme «un crime envers les enfants», selon l’association Droits&Justice.

L’ONG regrette les insuffisances de la loi 70-30 du code de la Famille. L’article 20, pour commencer, laisse l’autorisation du mariage d’un mineur à l’appréciation du juge, «par décision motivée précisant l'intérêt et les motifs justifiant ce mariage. Il aura entendu, au préalable, les parents du mineur ou son représentant légal. De même, il aura fait procéder à une expertise médicale ou à une enquête sociale», est il précisé dans le texte de loi. Mais il n’est nullement fait mention des motifs pouvant motiver sa décision.

L’article 16 de la même loi, relatif à la régularisation du mariage coutumier (par la Fatiha), ouvre lui aussi la voie aux dérogations. Dénoncé par l’opinion publique et les associations militantes pour les droits de l’Homme et des enfants, cet amendement permet de régulariser ce type de mariage «informel» au terme de 15 ans. 

Ces «vides juridiques» ont été, selon l’association Droits&Justice, abusivement utilisés. En 2015, plus de 30.200 actes de mariage de mineures ont été enregistrés auprès du ministère de la Justice. Ils représentent plus de 10% des actes de mariages de la même année, qui eux s’élèvent à 301.746 cas.

L’association, qui milite pour l’interdiction du mariage des enfants  insiste sur la nécessité de réformer ces amendements. «Il faut absolument interdire le mariage des mineures de moins de 18 ans et supprimer l’article 16 de la Moudawana. De même, il faudrait inclure des sanctions pour toutes personnes autorisant cela», revendique Fatima Zahra Moumou, vice-présidente de l’ONG.

«Notre but, aujourd’hui, est de sensibiliser l’opinion publique quant à ce fléau qui ne cesse de se répandre, et mobiliser les acteurs concernés par la problématique», précise, pour sa part, Mourad Faouzi, président de l’Association, lors de la conférence organisée vendredi dernier à Casablanca sous le thème «Le vide juridique contribue-t-il à l’augmentation du mariage des mineures au Maroc?».

D’ailleurs l’ONG vient de réaliser une vidéo de sensibilisation en Darija afin de toucher un plus large public.

 

 

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