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Ressources génétiques: Le Maroc ne perçoit que des miettes

Par Nadia DREF | Edition N°:5223 Le 06/03/2018 | Partager
En l’absence de loi, le Royaume capte une faible part des revenus
L’huile d’argan pourrait générer 230 millions de DH d’ici 2030
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Le revenu mondial associé aux ressources génétiques pourra atteindre 695 milliards de dollars représentant 202 milliards de valeur ajoutée brute, soit deux fois le PIB du Maroc

Le Maroc gagnerait énormément en protégeant ses ressources génétiques (arganier, romarin…). Actuellement, il ne capte qu’une faible part des revenus de la vente de ces ressources. Et pour cause, ce patrimoine est très convoité par les secteurs pharmaceutiques, agroalimentaires, cosmétiques, chimiques, agricoles et biotechnologiques. Un marché très porteur.

Selon les estimations du Secrétariat d’Etat chargé du Développement durable (SEDD), le revenu mondial associé aux ressources génétiques pourra atteindre 695 milliards de dollars représentant 202 milliards de valeur ajoutée brute, soit deux fois le PIB du Maroc.

Selon une étude de marché réalisée par IbisWorld, ces secteurs ont généré près de 7,7 trillions de dollars en revenus mondiaux, soit 1,9 trillion de dollars de valeur ajoutée brute en 2016. Pour rectifier le tir, le SEDD a élaboré et soumis au Secrétariat général du gouvernement le projet de loi n° 56-17 portant sur l’accès aux ressources génétiques et le partage juste et équitable des avantages découlant de leur utilisation.

Sont concernées les ressources génétiques sous toutes leurs formes, in situ ou ex situ se trouvant sur le territoire national et dans la zone économique exclusive. Seront exclues les ressources d’origines humaines et celles végétales mentionnées à l’annexe I du Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture.

Ce projet de loi ne concerne pas également les ressources génétiques destinées à usage personnel et celles pour lesquelles l’accès et le partage des avantages sont régis par des instruments internationaux spéciaux. Notons que la loi 29-05 relative à la protection des espèces de flore et de faune sauvages et au contrôle de leur commerce ne protège que 21 espèces de flore et une centaine d’espèces de faune contre tout commerce illicite.

L’exemple le plus parlant est celui de l’arganier dont l’huile s’exporte de plus en plus. Ainsi, le litre d’huile d’argan pure est vendu en gros au Maroc à environ 205 DH. Il est ensuite revendu sur les marchés européens ou américains pour environ 3.000 DH. Quant au prix réel de l’huile d’argan utilisée comme ingrédient actif dans les produits cosmétiques, de soins ou de santé, il est beaucoup plus élevé.

Or, le Maroc ne profite pas pleinement de cette embellie malgré le fait qu’il exporte un quart de sa production pour un usage industriel ou encore alimentaire. D’après une étude menée par le SEDD, le marché mondial de l’huile d’argan devrait continuer à se développer rapidement. Il devra passer de 3,1 milliards de DH en 2016 à une valeur escomptée à 6,2 milliards de DH en 2030, soit le double.

Cette estimation est soutenue par une augmentation de la production marocaine de 4.000 tonnes en 2016 à 8.000 en 2030. L’étude du SEDD relève également que la vente de l’huile d’argan et ses nouveaux produits dérivés pourrait drainer un montant cumulé de 230 millions de DH entre 2020 et 2030.

Pour y arriver, le Maroc mise pleinement sur les accords d’accès et de partage des avantages (APA) entraînant des paiements de redevances sur les produits cosmétiques, de soins et de santé utilisant les ressources génétiques, souligne la tutelle. Le romarin n’est pas en reste. Selon les estimations d’une étude de marché en 2017 (futuremarketinsights.com), le marché mondial de l’huile extraite du romarin devrait doubler passant de 6,3 milliards de DH en 2016 à près de 12,2 milliards de DH en 2030.

En dépit du fait que le Maroc soit le quatrième plus grand exportateur d’huile essentielle de romarin à travers le monde, il ne capte actuellement qu’une faible part de cette valeur. Le romarin marocain a, par ailleurs, gagné deux indications géographiques protégées (IGP) pour les feuilles séchées et les huiles essentielles de romarin oriental.

Ce qui plaide pour l’augmentation de son utilisation dans les secteurs de cosmétique et de la santé en particulier. Selon le département de Nezha El Ouafi, 61 millions de DH pourraient être captés entre 2020 et 2030 pour le romarin uniquement, grâce aux APA.

 

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