Economie

L’Afrique en quête de leadership

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5222 Le 05/03/2018 | Partager
C’est décisif pour «rompre avec les pratiques malsaines» qui plombent le développement
Dans plusieurs pays africains, «la plupart des leaders tournés vers les intérêts claniques»
L’OCP Policy center se penche sur les leviers à activer pour une croissance africaine pérenne
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Des intervenants lors du symposium organisé par l’OCP Policy center ont mis l’accent sur la persistance de la volatilité de la croissance en Afrique, liée essentiellement aux changements de prix de certaines matières premières sur les marchés mondiaux. Une situation accentuée par le fait que «la composition des exportations africaines n’a pas connu de grands changements, en dépit des efforts menés» (Ph. L’Economiste)

Comment inscrire l’Afrique dans un processus de croissance pérenne? C’est l’une des principales questions placées au centre du débat, lors du Symposium africain de la politique économique. Les participants à cette rencontre, organisée annuellement par l’OCP policy center, se sont penchés sur les différents défis auxquels les pays du continent doivent faire face, afin de consolider la dynamique de développement.

Aujourd’hui, au moment où les chaînes de production sont en pleine transformation au niveau mondial, l’Afrique a-t-elle encore besoin de miser sur l’industrialisation ? Pour différents intervenants, le renforcement des structures industrielles est «incontournable pour assurer le développement des pays, comme en attestent différentes expériences à travers le monde», a expliqué Ponyo Mapon Matata, ex-premier ministre de la République démocratique du Congo.

Un avis partagé par d’autres experts participant à ce Symposium, dont Cadman Mills, ancien conseiller spécial du président du Ghana. Pour lui, les pays africains sont appelés à renforcer davantage l’industrialisation de certains secteurs, particulièrement l’agriculture. A cela s’ajoute, selon lui, la nécessité de moderniser les modes de productions.

La réussite de cette démarche nécessite notamment de réduire le gap en infrastructures dans différents pays du continent. «Nous devons faire un grand effort pour résorber ce gap en infrastructures», a rappelé Cadman Mills. Au-delà des schémas classiques, l’ex-conseiller spécial du président du Ghana, a estimé que les Etats africains «ne sont pas obligés de rester tributaires des financements étrangers». Il a mis l’accent sur l’importance de la mobilisation des ressources internes.

Le renforcement du processus de développement passe également par l’activation d’autres leviers, plutôt immatériels. En tête, «l’importance de disposer d’un leadership fort», a précisé l’ancien premier ministre de la RDC. Pour lui, cela permet d’avoir «une vision et de fixer une méthode». En clair, il s’agit de «produire» des leaders forts, «sensibles au bien fondé de la fonction publique.

C'est-à-dire qu’ils soient au service de l’intérêt public et non pas à la recherche de l’enrichissement personnel», a-t-il expliqué. L’une des principales faiblesses des pays africains est liée au fait que «la plupart des leaders sont tournés vers des intérêts claniques», a-t-il dit. Dans ce processus de mise à niveau des élites au pouvoir, le rôle des écoles d’administration est stratégique, a-t-il dit.

Ceci est d’autant plus important que, selon plusieurs intervenants, les problématiques des pays africains sont à chercher au sein de leurs institutions. L’importance de leaders forts est liée à la nécessité de couper court à certaines pratiques. En tête, la rente et la corruption. «Il s’agit d’une lutte à mener contre les rentiers qui managent l’essentiel des flux financiers», a estimé Ponyo Mapon Matata.

Il a mis l’accent sur «les performances» réalisées par son pays au moment où il pilotait le ministère des Finances, puis la primature. «Entre 2010 et 2015, nous avons réussi à réaliser une croissance moyenne annuelle de 8% avec une inflation moyenne de 3%», a-t-il. Il a rappelé qu’il s’est engagé à rompre avec l’ère de son prédécesseur, connu pour ses pratiques malsaines, au point d’hériter du sobriquet «Monsieur 40%», en référence à la part qu’il prélevait sur certaines opérations.

Grâce à un leadership fort et une vision claire, «nous avons investi dans les chantiers des travaux publics, dans la construction des écoles…», a souligné le ministre connu pour sa fameuse cravate rouge, qui lui «rappelle l’engagement pris de couper court aux pratiques de corruption durant son mandat».

Intégration régionale

La dynamique de coopération lancée par le Maroc au niveau africain semble s’inscrire dans la nouvelle logique de l’intégration régionale. C’est ce qui ressort des différentes interventions, qui ont insisté sur le fait que le partenariat entre les Etats, dans une vision d’intégration régionale, doit dépasser les relations purement commerciales. «C’est un long chemin. Plus c’est profond, mieux c’est». Ce sont les principales clés de la réussite de cette dynamique, selon Nauro F. Campos, professeur d’économie à Brunel university of London. Au Maroc, «à part quelques exceptions, les entreprises marocaines considèrent les pays africains comme des marchés pour leurs exportations plutôt qu’une opportunité pour transformer la chaîne de valeur», a estimé, pour sa part, Brahim Allali, professeur à l’ESCA. Celui-ci a souligné qu’il est «temps de changer de paradigme». Pour lui, «la politique tarifaire doit être en phase avec la volonté du Maroc de renforcer la dynamique d’intégration au niveau africain». Il a mis l’accent sur certaines bonnes initiatives, à l’instar du pipeline qui devra relier le Nigeria au Maroc. C’est un «modèle d’infrastructures partagées, qui constituent un véritable accélérateur de l’intégration régionale», a-t-il dit.

 

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