Analyse

Capital investissement: Risque de change? Même pas peur

Par Franck FAGNON | Edition N°:5222 Le 05/03/2018 | Partager
«Les gérants de fonds ont appris à opérer dans les vents contraires»
La reprise de la croissance pourrait stimuler les transactions
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Enitan Obasanjo-Adeleye est directrice de recherche à l'Association africaine du capital investissement et du capital risque (AVCA). Après une longue expérience au sein de Lehman Brothers, Barclays Capital et Accenture, elle a fondé une société de conseil en investissement spécialisée dans l'origination et la structuration d'opérations à Lagos au Nigéria (Ph. AVCA)

- L'Economiste: L'activité du private equity a-t-elle souffert du ralentissement de la croissance?  
- Enitan Obasanjo-Adeleye:
Depuis 2014, le volume annuel des investissements n'a pas connu de changement significatif. Nous sommes passés de 154 transactions en 2014 à 149 en 2017. Les opérations inférieures à 250 millions de dollars sont restées relativement stables sur la période. Cette stabilité s'explique en partie par les opportunités qu'offrent les PME qui sont associées à la croissance de la consommation discrétionnaire, des soins de santé et des services financiers. En revanche, les investissements supérieurs à 250 millions de dollars sont volatils, ce qui peut fortement influencer la performance d'une année à l'autre. C’est ce qui s’est produit en 2014, où nous avons enregistré quelques transactions importantes (Helios Towers Africa, IHS Towers et Azura Edo IPP) qui ont représenté plus de la moitié des investissements de l'année.

- A quoi faut-il s'attendre cette année?
- Les prévisions de croissance pour l'Afrique ressortent à 3,5 % en 2018 et 3,7 % en 2019 (source: Nations unies), en raison de l'augmentation de la demande extérieure, de la hausse des prix des matières premières et de l'amélioration du contexte politico-économique. Ce dernier inclut la reprise de la production pétrolière en Algérie, en Angola et au Nigeria. Nous nous attendons à ce que cela se reflète dans l'activité de private equity sur ces marchés en rebond, et particulièrement en matière de sorties.

- Les investissements sont concentrés sur une poignée de marchés, surtout anglophones. Quels sont les pays qui émergent?
- L'Afrique de l'Ouest a attiré la plupart des investissements entre 2012 et 2017, représentant 27% du volume des transactions. Si le Nigeria et le Ghana sont les principaux marchés de cette région, la Côte d'Ivoire s'est distinguée ces dernières années. Pour le reste, le Burkina Faso, le Mali, le Niger, le Togo et le Bénin ont tous augmenté leur part si l’on compare la période de 2015-2017 à celle de 2012-2014.
A court terme, 85 % des investisseurs ont identifié l'Afrique de l'Est comme la région la plus attrayante pour le capital investissement pour les trois prochaines années.

- Le risque de change est le premier obstacle à l'investissement identifié par les acteurs du private equity. Comment expliquez-vous l'attractivité d'un pays comme le Nigeria, dont la monnaie est extrêmement volatile?
- Ce pays reste attrayant pour les investisseurs parce que les gérants de fonds doués peuvent adopter différentes stratégies pour surmonter les vents contraires à court terme, et ainsi connaître une croissance à long terme.
Dans un récent rapport(1), nous avons démontré que les investisseurs ont surmonté la volatilité des devises en se concentrant sur la qualité des opérations commerciales, en grandissant les flux de revenus, en répercutant l'augmentation des coûts sur les consommateurs et en réduisant les besoins en devises. Enfin, les gérants de fonds ont historiquement géré les risques politiques en investissant dans des secteurs résilients, dans les leaders du marché, et en cherchant à s'implanter sur de nouveaux marchés ou dans de nouvelles régions.

- L'intérêt des fonds de private equity pour l'Afrique aurait entraîné une hausse des tarifs. Que relevez-vous sur le terrain?
- Oui, sur certains marchés, nous entendons parler d'une concurrence accrue pour les actifs, mais cela dépend vraiment du secteur, de la géographie, de la taille du marché et du type d'actifs. Cela incite certains investisseurs à se tourner vers des pays moins explorés en dehors des principaux marchés (Nigéria, Kenya et Afrique du Sud).

Propos recueillis par Franck FAGNON

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(1) «Volatilité et incertitude: comment le capital-investissement navigue à travers les périodes de turbulences»

                                                                      

Les secteurs qui émergent

Les investissements dans les secteurs de la consommation discrétionnaire et des technologies de l'information connaissent une hausse importante depuis deux ans, relève l'AVCA. Dans le même temps, les acteurs du capital investissement se positionnent de plus en plus dans l'éducation. Les transactions dans le secteur des technologies de l'information ont atteint 15 % des investissements en 2017, contre 8 % en 2015. Cette hausse tient principalement aux investissements dans des plates-formes technologiques au service de différentes industries et régions d'Afrique. Par ailleurs, le secteur des matériaux a attiré 17% des investissements en 2017 contre 3% en 2016, en partie grâce à des opérations de grande taille dans le secteur minier.

 

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