Justice

Procès des événements d’Al Hoceïma: Etranges appels d’un milliardaire révolutionnaire!

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5209 Le 14/02/2018 | Partager
Armes et chars russes pour «mettre le Rif à feu et à sang»
Un sponsor «zinzin» atterrit en plein cœur du Hirak!
Vraie information vs infraction imaginaire
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Le journaliste Hamid Mahdaoui est l’un des 54 accusés du procès des événements d’Al Hoceïma (Ph. H.M) 

«Une heure de justice vaut 60 ans. Je ne suis pas poursuivi en ma qualité de journaliste. Monsieur le président, poursuivez-moi en tant que voleur ou terroriste à condition que mon procès soit équitable», déclare l’accusé Hamid Mahdaoui en préambule de son interrogatoire.

Lundi 12 février, le fondateur du site d’information «Badil» est appelé à la barre pour le confronter aux preuves retenues contre lui. La Cour d’appel de Casablanca l’interroge sur 7 communications téléphoniques interceptées le 27 mai 2017 par la police judiciaire. Que lui reproche la justice? D’avoir reçu des appels, parfois anonymes, d’une personne qui voulait mettre à feu et à sang le Rif et sa capitale, Al Hoceïma.

L’accusé se retrouve poursuivi pour «non-révélation d’attentat contre la sûreté de l’Etat» dans le procès des événements d’Al Hoceïma. Il risque, selon l’article 209 du code pénal, entre deux à cinq ans de prison et une amende pouvant atteindre 10.000 DH.    

De l’interrogatoire à la plaidoirie, il n’y a qu’un pas. L’accusé remercie familles, avocats, magistrats, greffiers, journalistes... Une déclaration d’amour aussi pour l’épouse Mahdaoui. S’en est suivi un hommage aux habitants d’El Khnichat, le village du mis en cause, et le comité des journalistes d’Amérique latine pour leur soutien.

Avant de tenter de démontrer «sa bonne foi» et «son innocence», l’accusé insiste auprès d’un greffier, dont il reconnaît le professionnalisme, «de bien prendre note». Car Hamid Mahdaoui tient à ce que «la cour lui relit son PV à la fin de son audition».

L’homme à la jaquette de cuir et aux lunettes fixées au front se lance dans le listing de ses accusations. «Le juge d’instruction me reproche de ne pas être apte à juger la véracité et le sérieux des renseignements que j’ai reçus. Il fallait, selon lui, en informer les autorités», tonne l’accusé. Il rappelle que si «la loi pénale lui donne ce droit», ce n’est pas pour «aller raconter des balivernes» aux autorités. Au risque, précise le journaliste, «d’être puni pénalement pour avoir dénoncé une infraction imaginaire» (article 264 du code pénal).

Que déclarer? Toute la question est là. Car la communication en cause émane d’un certain Ibrahim Bouazati, fiché par les services de renseignements. Et il affirme, depuis les Pays-Bas, tout et son contraire. Il déclare à Hamid Mahdaoui «avoir chargé son coffre d’armes» et vouloir faire entrer sa cargaison «au Maroc via le port de Sebta» pour «faire la révolution». L’accusé soutient «être conscient qu’on lui tendait un piège dont il voulait se protéger». Allusion aux services de renseignements, «qui épient toujours» les communications des journalistes.

Le mystérieux personnage soutient ensuite «être milliardaire». Un prétendu richissime révolutionnaire «qui a acquis des chars russes» et qui «m’affirme n’avoir plus de crédit sur son téléphone. Notez Monsieur le greffier», insiste l’accusé. Et pour cause, la ligne a été coupée durant l’un des multiples appels reçus. Mahdaoui est recontacté. La personne au bout du fil est citée cette fois-ci par le journaliste sous le prénom de «Noureddine». Elle affirme «être propriétaire d’un coffee-shop et avoir versé 160.000 euros à Nasser Zefzafi», le porte-voix des manifestants.

Zefzafi réagit depuis son box vitré: «Votre Honneur, les déclarations de Mahdaoui, journaliste intègre et prisonnier politique, doivent êtres enregistrées pour l’Histoire. Et ce pour que tout le monde sache pourquoi on a voulu intenter ce procès à Zefzafi».
L’interrogatoire reprend son cours. Des promesses de révolution, d’argent et de portefeuilles ministériels!

«J’allais, semble-t-il, être nommé président et Nasser Zefzafi, comme roi. Mon interlocuteur me promet ce poste pour ‘’l’intérêt et la paix du pays’’. Il prétend parallèlement vouloir ‘’faire entrer des armes’’ pour ‘’enclencher la révolution’’ tout en ‘’témoignant sa confiance à Sa Majesté’’», relève Hamid Mahdaoui en s’appuyant sur les PV judiciaires retraçant ses conversations.

«Un milliardaire révolutionnaire qui n’a pas de recharges téléphoniques. Votre Honneur, ces déclarations sont-elles sérieuses?», demande l’accusé. Lui qui a déjà à son actif des «condamnations pour diffusion de fausses nouvelles» (voir encadré).
Il n’en demeure pas moins que l’accusé critique acerbement le juge d’instruction et le ministère public pour leur «mauvaise foi».

Le premier aurait «supprimé des déclarations» favorables à la cause de Hamid Mahdaoui. Des déclarations supposées démontrer que l’interlocuteur anonyme «est soit un fou, soit un menteur». Quant au ministère public, «cet adversaire loyal», ironise l’accusé, il lui est reproché «d’avoir retiré du dossier 4 communications». «Vous êtes un artiste Monsieur le procureur. Vous me jetez à l’eau et me demandez de ne pas me mouiller», clame l’accusé. 

Les communications en question seraient en relation directe avec le délit de non-révélation d’attentat contre la sûreté de l’Etat. L’une de ses conversations téléphoniques ont eu lieu entre Hamdaoui et un autre accusé, Rabi Ablak, et ce dernier et le supposé «agent secret». Le président se tourne vers le ministère public: «Des questions Monsieur le procureur du Roi?»

Le jeune Hakim El Ouardi réclame que les communications de l’accusé soient diffusées en audience. En réponse à l’une de ses questions, Mahdaoui affirme que le juge d’instruction ne lui a pas fait écouter les enregistrements. L’un des avocats de la défense, Mohammed Messaoudi, exige d’écouter les enregistrements de bout en bout et pas seulement ce  qui a été retranscrit par les enquêteurs. Me Messaoudi y ajoute celles intervenues avec Rabii El Ablak notamment. Puis la convocation d’un expert judiciaire pour dire si oui ou non le mystérieux interlocuteur est sain d’esprit. Que décidera le juge? L’audience reprend aujourd’hui.

                                                                

Déontologie: Drôles d’échantillons journalistiques au prétoire 

La déontologie journalistique fait débat au prétoire. Hamid Mahdaoui est le fondateur du site «Badil». Accusé au procès des événements d’Al Hoceïma, il devait s’expliquer sur les raisons l’ayant poussé à publier une prétendue  information. Celle-ci émanera, selon les propres dires du journaliste, d’un interlocuteur suspect (voir ci-contre). Le renseignement diffusé intervient en plein Hirak.

La source du fondateur de Badil Info lui rapporte que «Nasser Zefzafi appelle les habitants d’Al Hoceïma à ne pas manifester pendant trois jours». La fameuse source anonyme avait, toujours selon l’accusé, deux objectifs: «Mettre en cause la crédibilité du site et neutraliser le Hirak».
«Pourquoi avoir alors diffusé la supposée information?», lui demande le président Ali Torchi. L’accusé fait valoir son «patriotisme et l’intérêt du pays». Quel rapport entre patriotisme et journalisme? La question ne se pose pas à vrai dire. Seule compte, l’information véridique et pertinente ainsi que l’objectivité de son rédacteur.

L’interrogatoire de Hamid Mahdaoui se poursuit. Quelques uns de ses articles lus en pleine audience révèlent un journaliste devenu juge et partie dans le Hirak. L’accusé qui se déclare «journaliste international» va livrer un autre échantillon de sa pratique du métier. Cour et public sont tout ouïe.

Dans une toute autre affaire, «de tabassage d’un citoyen par des policiers» cette fois-ci, Mahdaoui affirme être intervenu auprès de l’attaché de presse de la Sûreté nationale (DGSN), Boubker Sabik. «En contrepartie de ne pas diffuser l’information, la DGSN s’est engagée à diligenter une enquête», affirme l’accusé. Au moment des faits, Mahdaoui venait à peine d’échapper à un procès puisque la DGSN a retiré sa plainte. L’accusé dit au juge s’être à l’époque senti «redevable» au patron de la police, Abdellatif Hamouchi. Et reconnaît surtout «avoir trahi son métier».

 

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