Competences & rh

Ecole publique: «A terme, il faut s’attendre à des bouleversements»

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5208 Le 13/02/2018 | Partager
Plus la population universitaire grandira, moins la situation serait tenable
Des jeunes à faible capital culturel facilement manipulables
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Si rien ne change, les manifestations pour l’égalité des chances et l’inclusion économique, à l’image de celle des diplômés chômeurs, se multiplieront. Selon les sociologues, la transition pourrait se faire dans la douleur (Ph. Bziouat)

Pour les sociologues, cette situation d’injustice sociale et d’inégalité des chances ne peut tenir longtemps. «Toutes les études le montrent, elle tiendra uniquement tant qu’une masse critique de jeunes issus de milieux défavorisés n’atteint pas le niveau universitaire», avance Mohamed Sghir Janjar.

«Aucun système n’a pu résister avec une population de 1,5 ou 2 millions d’étudiants. A un certain moment, il faudra s’attendre à des dérèglements politiques. Cela peut passer par une grande pression sociale obligeant le pouvoir à revoir ce qu’il offre à tout un chacun, ou par de la violence», poursuit-il. Actuellement, le Maroc en est à près de 850.000 étudiants dans le supérieur. Le taux de scolarisation n’y est encore que de 33%. Cependant, il progresse d’année en année (18,9% en 2011-2012).

Selon Janjar, dès que l’accès à l’université se généralise, quand bien même l’offre servie est médiocre, les revendications augmentent. Le cas des manifestations continues des diplômés chômeurs en est la parfaite illustration. «Au Maroc, nous n’avons que 6 étudiants pour 1.000 habitants. Lorsque nous atteindrons 40 pour 1.000 habitants, comme la Tunisie ou l’Algérie, les choses deviendront critiques, sociologiquement et politiquement. Un 20 février avec ce seuil peut marcher», ajoute-t-il.

Pour lui, le Maroc est stable non pas parce qu’il est en avance politiquement, mais parce qu’il est en retard sociologiquement. Si rien ne change, quand les étudiants agiront, ils le feront sous s’importe quelle bannière idéologique sur le marché.
«Les conséquences sociales de la défaillance de l’offre scolaire publique seront visibles à long terme, quand le taux d’illettrisme augmentera. Les jeunes pourraient être manipulés par n’importe qui. Nous pourrions aussi avoir des manifestations de personnes analphabètes qui voudraient tout, sans rien faire», prévient, quant à lui, le sociologue Jamal Khalil.

Le célèbre historien anglais, Lawrence Stone, avait établi le lien entre les révolutions anglaise, russe et française avec l’accès à l’enseignement supérieur. «Nous retrouvons aussi cette configuration au niveau de la révolution iranienne et de la guerre civile en Algérie, et même chez les pays du printemps arabe», note Janjar.

Les pays ayant réussi à éviter des dérèglements politiques s’en sont sortis grâce à un exode massif, à des guerres où des nombres importants de jeunes sont mobilisés, ou encore, à un réel effort de développement économique. «L’émigration est aujourd’hui bloquée, et les guerres ne se font plus.

Tous les ingrédients sont donc là pour des contestations futures», explique Mohamed Sghir Janjar. Seule une révision profonde du système éducatif et un développement économique offrant plus de chances d’insertion professionnelle pourraient garantir une transition sans heurts.

 

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