Tribune

Maroc 2026: Un outil diplomatique de plus

Par Anas BOUJIR | Edition N°:5208 Le 13/02/2018 | Partager

Anas Boujir est cadre financier dans l’administration marocaine. Il est diplômé en finances et services de gestion financière de l’Ecole supérieure de commerce de Troyes en France (Ph. Privée)

Elle est désormais en marche, cette énième candidature du Maroc à la Coupe du monde, pour 2026 cette fois.  Certes, et contrairement à 2010, le Maroc paraît relativement bien outillé en infrastructures sportives et extra-sportives, toutes considérables. Il y a aussi une forte volonté et une détermination nationale vive à abriter un événement sportif à dimension planétaire. 

Sauf que le sort veut que notre candidature soit en concurrence avec un dossier nord-américain redoutable, agressif et complet. Et ce d’autant plus que le nombre d’équipes participantes (de 32 à 48) et le mode de scrutin pour la désignation du pays ou des pays hôtes ont changé.

Plus stratégique que sportif

Si objectivement le projet marocain d’organiser le Mondial 2026 reste confronté à une concurrence rude, l’enjeu et la portée d’une telle candidature demeurent stratégiques et plus que sportifs. Le dossier marocain, qualifié d’humaniste et courageux, a la puissance de fédérer et rassembler autour de lui tout un continent, confirmant ainsi le leadership du Maroc et son engagement en faveur des questions africaines à l’échelle mondiale. Cette échéance sportive est l’occasion pour le Maroc de consolider sa stature internationale, plaider pour ses thèses justes et principalement promouvoir la destination et le label «Morocco» en tant que terre d'accueil, de tolérance et de paix.

Au niveau international, la diplomatie sportive qatarie est l’exemple à retenir. En effet, sa dynamique diplomatique nourrit  et se nourrit d’une grande partie de sa performance et du poids de sa présence sportive internationale. Il suffit de ne citer que les grandes chaînes sportives à capitaux qataris, d’un club parisien de foot et d’une -surdimensionnée- Coupe du monde 2022.

Les clubs sportifs se sont transformés ainsi en de véritable relais et antennes diplomatiques qui véhiculent des positions et défendent pleinement les intérêts de leurs propriétaires. Sans avoir les moyens du Qatar, le Maroc pourrait néanmoins s’inspirer de la méthode multidimensionnelle.

En matière de diplomatie sportive, le Maroc dispose d’un potentiel d’autant plus prometteur qu’il n’est pas encore très exploité. En plus d’une infrastructure de base compétitive et un engouement populaire pour les différents sports, le pays a accumulé une maturité sécuritaire et une expertise colossale en organisation des événements et manifestions mondiales et continentales à l’instar de la COP22.

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Dans la compétition, il n’y a pas que les équipements qui comptent: ici le stade d’Agadir, bien mis en valeur par le public, les lumières et les joueurs. C’est la seule dans le site officiel qui «parle» de foot, de joueurs et de spectateurs. Pourquoi le ministère de la Jeunesse et des Sports préfère-t-il les photos vides d’action et d’ambiance? (Ph. MJS)

Le sport: ambassadeur plénipotentiaire

De même, le regain et l’adhésion du Maroc aux instances de l’Union africaine, de la CAF et des différentes confédérations sportives continentales  confortent les contours d’une nouvelle dynamique diplomatique. Ce potentiel est a priori le noyau dur d’une diplomatie sportive marocaine. L’enjeu serait de conjuguer efforts et volonté des acteurs gouvernementaux, des partenaires sportifs et médiatiques, des amateurs et public pour à la fois favoriser un accès social aux sports, et appuyer l’identité  et l’approche marocaine sur la scène continentale et mondiale.

Le sport, cet ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire, est une alternative crédible à la traditionnelle machine politico-médiatique. La meilleure démonstration provient de la distinction attribuée à l’ex-sélectionneur national Badou Zaki comme meilleur entraîneur en Algérie avec le CR Belouizdad et la vague d’enthousiasme et de suivi qu’elle a suscitée en Algérie et au Maroc.

Le repositionnement stratégique de la diplomatie marocaine, propulsé par une vision clairvoyante de Sa Majesté, confirme l’exigence d'actionner les multiples leviers et canaux diplomatiques potentiels dont le sportif afin de défendre les causes nationales, et principalement pour appuyer un idéal africain commun partout dans les grandes manifestations internationales.

Dans ce sens, le sport se pose comme véritable gisement pour un rapprochement culturel multilatéral et une aubaine pour la promotion territoriale des potentialités économiques et naturelles d’une nation et d’un continent d’avenir.

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NB : Les photos et légendes sont de la rédaction de L’Economiste.

 

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