Entreprises

Marché des changes: Les demandes en couverture se multiplient

Par Moulay Ahmed BELGHITI | Edition N°:5201 Le 02/02/2018 | Partager
L’ouverture de la bande de fluctuation du dirham, nouvelle manne pour les salles des marchés
L’intérêt des PME/PMI est grandissant pour ces instruments
«95% de ce que nous proposons est gratuit»
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Leïla Benchemsi, directeur adjoint de BMCE Capital Market: «Les demandes qui nous sont adressées concernent généralement des couvertures contre le risque de fluctuation de l’euro face au dirham» (Ph. Fadoua)

La réforme de la libéralisation du dirham continue de susciter les interrogations… et les demandes de couverture aussi. C’est en partie ce qu’assure Leïla Benchemsi, directeur adjoint de BMCE Capital Market. En charge des activités des dérivés et compte propre de BMCE Bank of Africa et initiatrice du lancement du marché des dérivés, elle constate un intérêt grandissant des PME-PMI pour ces outils.

- L’Economiste: Que conseillez-vous à vos clients face à la baisse du dollar?
- Leila Benchemsi:
Il est évident que nous ne pouvons inciter nos clients à spéculer sur le niveau d’évolution de la monnaie. Nous leur proposons une couverture en conséquence. Si une entreprise qui se base sur un cours budget (ndlr: fixé par le client) réalise une marge confortable, nous lui conseillons de se couvrir même si cette monnaie continue à baisser. Cela ne représenterait au pire qu’un manque à gagner. Il s’agit là de la couverture à terme. Nous proposons également l’option qui est assimilée à une assurance. Elle permet de se couvrir tout en profitant d’une éventuelle évolution favorable de la devise.

- Aujourd’hui, avez-vous beaucoup de demandes de couverture avec cette baisse du dollar?
- Effectivement, nous avons beaucoup de demandes de nos clients pour des couvertures. Avec comme grande nouveauté, l’intérêt de plus en plus grandissant des PME-PMI qui commencent à se renseigner sur les outils de couverture disponibles.   
- Les clients se plaignent du renchérissement des commissions sur les couvertures…
-  De quelles commissions parlent-ils. Il n’y a pas de commissions sur les couvertures. La détermination de la rémunération de la banque se fait sur la base de nombreux paramètres. Ceci dit,  95% de ce que nous proposons est sans coût. La couverture à terme, c’est 0 cost car on fixe un cours de change à l’avance. Idem pour les dérivés. De plus, nous disposons de nombreuses stratégies en fonction du profil du client.    

- Comment tenter d’apaiser les inquiétudes des entreprises, particulièrement des PME/PMI?
- Nous passons un message de méthodologie de travail à leurs questionnements. Les clients nous interrogeaient au départ sur l’impact de ce changement sur le dirham. Nous avons bien vu qu’il n’y en a pas eu et que le marché cotait sur les mêmes bases qu’avant l’élargissement de la bande de fluctuation. Dans le même sens, la réforme n’a pas non plus eu d’effet sur l’euro/dollar, contrairement à ce que les gens pensent. D’ailleurs, en dépit de cette évolution et de l’élargissement de la bande de fluctuation, le dirham est resté à l’intérieur de l’ancienne bande de 0,3% même s’il a tendance à légèrement en sortir depuis le début de semaine. Cela signifie que la valeur du dirham ne s’est pas dépréciée confirmant ainsi que la monnaie nationale traite à sa juste valeur.

- En termes de couverture, qu’est-ce que les clients demandent?
- Les demandes qui nous sont adressées concernent généralement des couvertures contre le risque de fluctuation de l’euro face au dirham et dollar face au dirham. Mais aujourd’hui, avec la nouvelle circulaire des changes, ces couvertures ont été élargies à toutes les devises.            

- Comment était organisé le marché des changes au Maroc avant l’élargissement de la bande de fluctuation?
- Nous avions au départ un arrimage ferme avec une caisse d’émission. Aujourd’hui, nous sommes en train de passer à un régime de bande de fluctuation et continuer à flexibiliser au fur et à mesure pour arriver à un flottement géré ou un flottement pur. Nous estimons que cela se fera sur un horizon temporel d’une quinzaine d’années. Dans les années 70, avant le choc pétrolier, tous les pays avaient un arrimage de parité fixe sur l’or. Dans les années 2000,  plus que 10% des pays dans le monde étaient en parité fixe. En 2017, le Maroc a décidé de passer à une bande de fluctuation. C’est une décision souveraine qui n’a, contrairement à ce qui a été dit, pas été imposée par quelconque institution financière internationale. Bien au contraire, cette évolution vers un régime plus flexible va permettre d’accompagner l’évolution de l’économie marocaine qui, avant de se focaliser sur les échange de biens et services, a conclu des accords de libre-échange. Aujourd’hui, la valeur du dirham doit justement refléter ce qui est fait sur les biens et services. C’est ce qui explique cette réforme. Nous ne changeons pas de pan de l’économie du pays, mais mettons en place un système qui va permettre de supporter son ouverture à l’international. Une chose est sûre, le Maroc change son modèle de croissance pour aller vers un modèle tiré par les exportations avec une grande ouverture à l’international. Pour ce faire, le pays doit faire évoluer son régime de change. Ce qui est actuellement le cas. Et cela se fait de manière progressive laissant ainsi le temps aux entreprises de se familiariser avec les moyens de se couvrir contre le risque de change.   

- Après le report de la réforme en juillet, son application en janvier est-elle judicieuse?
- Je pense très honnêtement que la période la plus calme sur les marchés des changes est celle de la mi-janvier. C’est justement en début d’année que les budgets se font. C’est aussi à ce moment que l’on commence à réfléchir aux cours cibles et aux cours auxquels vont être réalisées les importations au titre de l’exercice qui s’ouvre. Cette période coïncide également avec la réouverture par les banques des activités de marché où elles mettent en place leur stratégie au titre de 2018.   

- Mais vous ne parlez pas de réserves de changes et leur érosion de 35 milliards de DH durant l’été 2017…
- Si justement. Sur ce point, je voudrais préciser que cette érosion dont vous parlez n’est pas de l’argent qui s’est évaporé, mais un effet de trésorerie temporaire. Il s’agissait de couvertures qui ont été initiées dans le cadre de la législation en vigueur. Nous savions que cet argent allait revenir dans le marché à partir de septembre parce que la durée moyenne des couvertures et de l’ordre de 3 mois.

- Justement 3 mois, n’est-ce pas trop court?
- Comme je vous l’ai dit, 3 mois c’est la bonne moyenne, en termes de coût notamment. De toute manière, la couverture ne peut dépasser un an au niveau réglementaire.

Propos recueillis par Moulay Ahmed BELGHITI

 

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