Analyse

Politiques industrielles: «Le Maroc ne mobilise pas assez toutes ses forces»

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5200 Le 01/02/2018 | Partager
Importance de s’inspirer des réussites favorisées par les plans sectoriels
Le système de formation interpellé sur la préparation des ressources humaines
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Ahmed Rahhou, président de la Commission des affaires économiques au niveau du CESE, a mis l’accent sur la nécessité de préparer les compétences pour être en phase avec les transformations rapides de l’industrie  (Ph. Bziouat)

- L’Economiste: Le rapport du CESE pointe des défaillances au niveau de l’exécution des stratégies industrielles. Qu’est-ce qui manquait pour assurer l’efficacité de ces plans?
- Ahmed Rahhou:
Il faut d’abord préciser qu’il s’agit de bonnes politiques. Mais le constat que nous avons fait, c’est que, systématiquement, l’exécution ne fait pas aboutir aux résultats escomptés. Il n’est pas question dans ce rapport de remettre en cause ces stratégies. Notre objectif n’était pas de proposer un énième plan de développement industriel, mais plutôt d’interroger notre modèle appliqué à l’industrie. Celle-ci ayant la particularité de toucher à tout ce qui concerne le pays, au niveau social, économique et environnemental. L’un des problèmes identifiés porte sur la gouvernance, dans le sens de qui sont les acteurs, quel est leur pouvoir, est-ce que ça peut être autrement, qu’est-ce qu’il faut changer au niveau de l’environnement industriel…
- Ce rapport plaide en faveur d’un changement de paradigme pour construire l’industrie de demain. De quoi s’agit-il concrètement?
- Le paradigme suppose la façon dont les choses tournent. Cela touche aussi le fait que les industries, telles qu’elles sont aujourd’hui, risquent de n’être plus les mêmes demain. Surtout avec l’arrivée de la robotisation, de l’intelligence artificielle, de l’impression 3D… Aujourd’hui, le modèle de la production en masse pour avoir un coût moins cher est remis en cause, grâce à la technologie. Ce qui pousse à s’interroger sur ce que nous sommes en train de préparer pour éviter le départ des unités implantées au Maroc, les emplois et la valeur créée. Il faut continuer à attirer les investisseurs, dans le cadre des usines de l’ancienne formule, tout en travaillant pour favoriser l’installation des usines de nouvelle génération. Cela suppose aussi de préparer les ressources humaines nécessaires. Il y a des emplois qui disparaissent, d’autres qui seront créés, qu’on ne connaît pas encore. Cela interpelle le système de formation, mais aussi de couverture sociale. Le changement de paradigme doit intégrer ces données. Mais il faut préciser que nous ne sommes pas uniquement dans la prospective, dans la mesure où il y a des actions qui peuvent être mises en œuvre immédiatement.  

- Est-ce que le gouvernement est sensible à ces arguments?
- Un gouvernement, par essence, est sensible à la création d’emplois et de richesses. Mais l’exécutif a aussi des questions à très court terme à gérer. Donc, les arbitrages entre le court et le long terme est ce qu’il y a de plus difficile. Le CESE, en tant qu’organe de conseil, ne parle pas de solutions toutes faites. Les recommandations contenues dans ce rapport visent aussi à initier un débat autour de pistes de réflexion.

- L’un des constats du rapport: «Le Maroc semble pris au piège des économies intermédiaires». Comment inverser la tendance?
- Nous considérons que le Maroc ne mobilise pas suffisamment toutes ses forces. Nous avons des problèmes, et parfois, même la façon de les traiter n’est pas la meilleure. Nous disposons de bons plans, parfois avec de véritables réussites. Alors, pourquoi ne pas s’inspirer de ces modèles pour en faire un cas général. C’est dans ce sens que nous appelons à une plus grande responsabilisation des acteurs. C’est ce qui est en train d’être fait au niveau de la stratégie d’accélération industrielle, via des contrats entre le ministère et les fédérations. Mais nous considérons que ces fédérations restent faibles, dans la mesure où elles sont régies par des textes de la même façon que des associations de quartier. Or, l’Etat a besoin d’interlocuteurs solides. Cela concerne les fédérations, le patronat, les syndicats les plus représentatifs. Il est aussi important de laisser une certaine liberté pour les accords entre les branches d’activité et les syndicats. Ces accords doivent avoir une connotation légale, notamment sur des questions spécifiques.
Le code du travail est incontournable, mais la même règle ne peut pas être appliquée partout. Il faut introduire une certaine souplesse. Celle-ci n’est acceptable que si les 2 parties sont responsables.

Résoudre les problèmes basiques

Face aux difficultés rencontrées par les PME, qui constituent une part importante du tissu productif, Ahmed Rahhou propose de commencer d’abord par résoudre les problèmes basiques. En tête, le foncier. «Nous proposons que tout ce qui touche au foncier industriel relève de la région». Actuellement, cette question est gérée par les communes. Cela «donnerait une signification économique aux régions, qui deviendront l’interlocuteur des investisseurs, PME ou grandes entreprises». Cela devra passer par la création de 2 types de statuts: l’aménageur de zone, chargé de construire des zones industrielles, avec une convergence avec les acteurs chargés des autres infrastructures. A cela s’ajoute l’aménageur environnemental. C’est ce qui permettra de se positionner en tant qu’usine verte, en octroyant des labels, en favorisant l’alimentation en énergies renouvelables…

Propos recueillis par Mohamed Ali MRABI

 

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