Economie

Infrastructures: La solvabilité des projets africains, un défi

Par Franck FAGNON | Edition N°:5197 Le 29/01/2018 | Partager
Volatilité des devises, instabilité réglementaire... les facteurs qui rebutent
Déficit de mécanismes pour mieux orienter l'épargne africaine

Les capitaux nécessaires chaque année pour le financement des investissements en infrastructures en Afrique donnent le vertige (environ 130 milliards de dollars selon des estimations), mais sont à la hauteur du retard accumulé. Pour les financer, tous les leviers seront nécessaires. Mais, à eux seuls, les gouvernements ne peuvent pas supporter l'effort.

Le secteur privé y contribue très faiblement, rappellent des experts en marge de la 40e édition de la Conférence régionale des régulateurs africains et du Moyen-Orient (membres de l'Organisation internationale des commissions des valeurs) organisée jeudi 25 janvier à Rabat par l'Autorité marocaine du marché des capitaux. «Il faudra amener les investisseurs à faire confiance à la solvabilité des projets africains», indique un des intervenants.

A tort ou à raison, certaines étiquettes persistent. Ce qui peut repousser des initiatives. En outre, «un fonds institutionnel a besoin de voir une performance historique. Quand on est dans un contexte où tout est à faire, cela peut rebuter l'investissement», observe Tarik Senhaji, président directeur général de Ithmar Capital.

La volatilité des devises, l'instabilité réglementaire sont d'autres facteurs de blocage. Les améliorations au niveau du climat des affaires demeurent modestes pour combler l'écart entre la perception du risque et la réalité. En même temps, ce n'est pas tant les capitaux qui font défaut, mais l'absence d'une régulation de qualité et de mécanismes pour orienter l'épargne africaine vers le financement des projets d'infrastructures ou encore des entreprises.

Les réserves de changes des banques centrales - même si elles ont fondu dans les économies frappées de plein fouet par la baisse des prix des matières premières - et les montants dans les fonds de pension sont peu productifs aujourd'hui. Il faudra trouver le moyen de canaliser toute cette épargne au profit du développement du continent.

Le challenge aussi est de multiplier les projets bancables à même d'intéresser les investisseurs. «Il n'y a pas beaucoup d'actifs bien structurés», regrette Alain Ebobisse, directeur général de Africa 50. Au-delà du financement des projets d'infrastructures, le fonds intervient également en amont pour soutenir les projets afin de les rendre bancables.

Pour les PME, la même galère

De la même façon que certains investisseurs ont une perception erronée du risque africain, certaines banques commerciales ont la même appréciation du risque encouru sur les entreprises. Certes, il y a un besoin de rentabiliser les investissements, mais ils ne justifient pas toujours les taux d'intérêt appliqués. «Les entreprises sont parfois soumises à des taux d'intérêt compris entre 12 et 14%. Aucune activité dans nos économies ne permet ce type de rentabilité», critique Nadia Fettah, DG de Saham Finances, qui intervient dans l'assurance sur plusieurs marchés en Afrique. Les marchés financiers peuvent être de véritables leviers pour les entreprises pour financer leur développement. Encore faut-il que l'offre s'adapte à leurs besoins. A côté, il y a un travail de sensibilisation à mener auprès de ces entreprises. «Il y a un vrai souci pour les PME d'être équipées humainement, informatiquement et culturellement pour pouvoir aller sur les marchés et se financer conformément à leurs vrais besoins et à leurs vrais moyens», relève la DG de Saham Finances. Le marché des PME à la BRVM a mis huit ans pour voir le jour. Sur la place casablancaise, la création d'un compartiment pour les PME est prévue dans le projet de réforme. Mais il n'y a, jusqu'ici, aucune visibilité sur sa concrétisation. En attendant, la Bourse continue son opération de séduction auprès des entreprises notamment à travers le programme Elite qui compte maintenant 48 entreprises. Parmi elles, quatre auraient manifesté un intérêt pour une introduction en Bourse dans un horizon de trois ans.

 

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