Justice

Vidéo de Zafzafi: Mauvais traitements, dignité et enquête

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5195 Le 25/01/2018 | Partager
La défense exige de visualiser l’enregistrement en public
Un site d’information poursuivi pour l’avoir diffusé!
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Nasser Zefzafi est le porte-voix des manifestations qui ont secoué Al Hoceïma et ses environs depuis octobre 2016 (Ph. L'Economiste)

Le ministère public s’est-il trompé de cible? Il a ouvert une enquête contre… Parlement.com! C’est le site d’information qui a diffusé en 2017 la vidéo montrant l’un des suspects, Nasser Zefzafi, en train de se déshabiller! Cette vidéo fait débat dans le procès des événements d’Al Hoceïma qui se tient depuis octobre 2017 à la Cour d’appel de Casablanca. Elle montre le leader des manifestations d’Al Hoceïma enlevant ses vêtements.

Et ce, dans l’objectif de démontrer que  Zefzafi n’a pas été victime de sévices durant sa garde à vue. Une caméra filme le concerné qui s’exécute avec des gestes presque anesthésiés. Le lieu de la scène est inidentifiable. Après sa diffusion, l’enregistrement a suscité une vague d’indignation et de solidarité avec son «acteur principal».

Au procès, la défense s’indigne contre un procédé «portant atteinte à la dignité humaine». L’un de ses avocats, Ahmed Aghenaj, réclame à la présidence la visualisation de la vidéo en audience publique. La Cour va-t-elle répondre favorablement à sa requête ce jeudi 25 janvier?

Quant à Parlement.com, il est poursuivi pour délit de presse devant le tribunal délictuel de Casablanca. «Son journaliste a refusé de livrer ses sources. C’est son droit (constitutionnel) et qui garantit à la fois l’accès aux sources et à l’information», indique le procureur du Roi, Hakim El Ouardi. Ce jeune magistrat représente l’accusation dans le procès des événements d’Al Hoceïma. «Fuite», telle est l’objet de l’enquête judiciaire initiée contre le site d’information.

La défense s’étonne: «Pourquoi vise-t-on la presse qui n’a fait que son travail?». Elle rappelle à l’accusation que la vidéo en cause a été enregistrée au moment où Nasser Zefzafi se trouvait entre les mains de la police judiciaire. «Sa défense a porté plainte via une citation directe», rétorque le procureur du Roi dans sa plaidoirie.

Me Mohamed Messoudi n’en démord pas. Il revient sur «la vidéo et la salive prélevée» sur les suspects dont fait partie Nasser Zefzafi. «C’est pour quelle fin? Le ministère public a-t-il diligenté une enquête pour identifier les auteurs de l’enregistrement?», demande le plaideur.

La défense ne souhaite pas mettre tous les policiers dans le même sac. Me Mohamed Messoudi rend hommage «à ceux qui respectent la loi» et font preuve «d’un comportement exemplaire» notamment vis-à-vis des accusés. Le procès des événements d’Al Hoceïma a une tonalité très politique.

Et il faut croire que ni ses acteurs ni ses observateurs du CNDH ne souhaitent vivre des Années de plomb bis. «Des décennies (de 1956 à août 1999) marquées par de graves atteintes aux droits humains et par des procès politiques. Les seuls d’ailleurs où la peine de mort a été prononcée et exécutée», tonne le bâtonnier Abderrahim Jamaï.

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