Société

Héritage: «N’y touchez surtout pas!»

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5194 Le 24/01/2018 | Partager
69% d’opposants à l’égalité homme-femme en matière de succession
Peu importe l’âge, le milieu ou le niveau éducatif, la majorité se dit contre
Les résultats de la dernière enquête L’Economiste-Sunergia
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Globalement, hommes et femmes se disent contre une répartition égale de l’héritage. Néanmoins, la gent masculine est encore plus catégorique, avec une part de 75%

Réviser les règles successorales pour plus d’équité en faveur des femmes est juste inconcevable pour les Marocains. C’est ce qui ressort de la dernière enquête de L’Economiste-Sunergia, réalisée entre octobre et novembre 2017, auprès de 700 sondés.

Près de 7 sur 10 s’y opposent. Seulement 25% se disent pour, tandis que 6% n’ont pas d’avis. Les femmes, bien qu’elles seraient les premières bénéficiaires d’un éventuel changement, déclarent elles aussi être contre (voir illustration). Les deux tiers d’entre elles préfèrent garder le statut actuel.

Quel que soit le profil des sondés, la tendance générale est au refus. Par âge, la tranche des 45-54 ans est celle qui compte le plus de contestataires, avec une part de 79%, suivie de celle des 35-44 ans (74%) et des 25-34 ans (68 %). Plus les enquêtés sont âgés, moins ils réfutent l’égalité dans l’héritage. Les 65 ans et plus, par exemple, ne sont que 57% à opter pour le schéma successoral actuel.

Le rejet est, également, plus prononcé du côté de la classe moyenne. 74% parmi cette frange ont répondu «non» à la question: «Êtes-vous pour l’égalité homme-femme en matière d’héritage, contre 66% auprès de la catégorie A/B, et 63% au niveau des couches défavorisées.

Les citadins sont plus nombreux à contester (71%) que les ruraux (66%). C’est aussi le cas de ceux installés dans les régions du sud, avec un taux de 74%, contre 67% dans le centre et 68% dans le nord. Le niveau éducatif ne change rien à cette posture générale (voir illustration). Les trois quarts des sondés de niveau universitaire et secondaire rejettent l’égalité.

Pour le sociologue Jamal Khalil, deux postures «classiques» se distinguent clairement au Maroc. Celle des hommes récusant toute répartition égalitaire, voire reniant le droit des femmes à l’héritage, et celle des femmes acceptant l’inégalité, par souci de préserver les liens fraternels, et familiaux de manière générale. Pourtant, elles sont de plus en plus rares à pouvoir compter sur la protection ou la prise en charge de leurs parents masculins.

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Les plus instruits ne dérogent pas à la tendance. Ils sont même plus farouchement opposés à l’égalité des sexes en matière d’héritage, que les classes moins intellectuelles

Aujourd’hui, près d’un ménage sur cinq en milieu urbain est géré par une femme. Les veuves et divorcées, pour leur part, recourent rarement au soutien d’autrui. Selon le dernier recensement général de la population, 75,7% des divorcées et 91% des veuves étaient chefs de leur ménage en 2014. «L’idée selon laquelle les mâles de la famille prennent sous leur protection leurs parentes n’est pas vérifiée dans les faits», souligne l’économiste Fouzi Mourji.

Les croyances religieuses y sont aussi pour beaucoup. Aux yeux de la majorité, l’héritage est une question résolue par des versets coraniques clairs, et qui ne saurait faire l’objet d’une quelconque remise en cause. Une conviction profondément ancrée dans les esprits, mais qui découle d’une ignorance totale des questions religieuses (voir articles pages suivantes).

Seule la société civile ose aujourd’hui porter le débat autour de cette thématique. Du côté des autorités religieuses et des décideurs politiques, le sujet n’est pas du tout à l’ordre du jour. Les 25% favorables à l’égalité homme-femme pourraient-ils inverser la tendance?

 

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