Competences & rh

Addictions: Les solutions préventives des entreprises

Par Karim Agoumi | Edition N°:5188 Le 16/01/2018 | Partager
Cannabis, stéroïdes, morphine… les produits les plus régulièrement consommés
Les secteurs du Les secteurs du BTP, de l’industrie et de la finance touchés par le phénomène, de l’industrie et de la finance touchés par le phénomène
Formations, campagnes anticipatives, audit social… les outils des dirigeants pour prévenir plutôt que guérir
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De plus en plus de salariés consomment des produits dopants au Maroc pour échapper au stress du quotidien. Pour enrayer le phénomène, bon nombre d’entreprises opérant dans les secteurs du BTP et de la finance ont opté pour un management préventif. Une démarche incluant à la fois formations, campagnes et audits sociaux (P. Novethic)

Pour mieux affronter le stress  au bureau, bon nombre de salariés consomment régulièrement des produits illicites sous nos latitudes, y compris dans leur environnement de travail. Un phénomène tabou mieux connu sous le terme du «dopage» contre lequel plusieurs entreprises marocaines soucieuses du bien-être de leurs troupes ont instauré une véritable politique de prévention pour prévenir plutôt que guérir. Explications.

Le dopage au bureau est une pratique qui consiste pour certains salariés à consommer des substances psychoactives pour mieux résister au stress. Au Maroc, les plus utilisés sont les psychostimulants comme l’amphétamine, la méthamphétamine et l’éphédrine qui agissent sur le système nerveux, développant sensiblement la vigilance ainsi que la mémoire. Les psychodépresseurs, dont notamment les analgésiques centraux et narcotiques tels que la morphine ou encore le cannabis, connaissent également un important engouement.

Des produits qui diminuent considérablement la sensation de douleur ainsi que l’inflammation. «Certains employés ont recours aux produits dopants pour se plonger dans un état second et tenter d’oublier leur misère sociale», nous apprend dans ce sens le consultant en management et coach executive Mourad Touati. Enfin, l’usage des stéroïdes androgènes est courant sous nos latitudes. Ils augmentent la masse musculaire et apportent à la fois force et vitalité aux travailleurs. «Un moyen d’atteindre des objectifs professionnels de plus en plus déraisonnables et de préserver sa place au sein du groupe», souligne l’expert.

Les salariés accros aux produits dopants au Maroc exercent le plus souvent dans les métiers de l’art et du spectacle, du BTP mais également dans les secteurs de la restauration, de la finance ou encore de la pêche. «Ces métiers nécessitent des efforts physiques et mentaux particulièrement importants, amenant les employés à vouloir se dépasser», explique Touati.

Sont touchés aussi bien les cadres que les ouvriers, tous sexes confondus. Une population qui justifie cette pratique par des fonctions professionnelles de plus en plus contraignantes et par un stress au bureau devenu quas routinier, précise le spécialiste RH.

Une pratique qui n’est pas sans retombées pour la santé aussi bien mentale que physique des troupes. La consommation de ces substances entraîne en effet de sérieux troubles anxieux ainsi que des pertes de mémoire récurrentes. Mais pas uniquement. Les dopés du travail deviennent plus agressifs qu’à l’accoutumée. «Le salarié addict peut être amené à développer un comportement particulièrement agressif à l’égard de ses pairs et à devenir moins sociable, ce qui peut entraîner de lourdes retombées sur la qualité de son rendement», précise Mourad Touati.

Pour prévenir plutôt que guérir, plusieurs entreprises marocaines prenant en considération la santé mentale de leurs employés ont opté pour une démarche préventive. Il s’agit notamment de grands groupes opérant dans les domaines du BTP, des services, de l’industrie ou encore de la finance. Leurs dirigeants sensibilisent tout d’abord leurs salariés aux risques de l’utilisation des produits dopants via des campagnes d’accompagnement.

Objectif: livrer aux travailleurs les outils adéquats dont notamment des flyers explicatifs ou encore des vidéos de sensibilisation et les orienter vers des spécialistes. Autre solution utilisée, former les médecins du travail et les managers au repérage des comportements d’addiction. «Un moyen d’identifier dans l’organisation des éléments pouvant inciter à consommer de telles substances comme un environnement de travail stressant ou encore des horaires irréguliers», explique Touati.

Une démarche prenant le plus souvent la forme d’audits sociaux. Par ailleurs, certaines de ces entreprises instaurent au sein de leurs locaux des cellules d’écoute afin de pouvoir capter «à temps» les signaux de détresse de leurs employés et de les soutenir dans leur processus de désintoxication et de traitement de l’addiction.

Enfin, plusieurs institutions stratégiques marocaines envisagent de mettre sous surveillance leur personnel via l’utilisation d’appareils de détection de consommation de stupéfiants. Un moyen d’action qui devrait s’avérer particulièrement efficace et utile pour les postes dits «sensibles» tels que les conducteurs de train, les pilotes ou encore les forces de l’ordre, confie Touati.

Les produits dopants les plus consommés sous nos latitudes

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❏ Psychostimulants comme l’amphétamine: développent la mémoire

❏ Psychodépresseurs comme le cannabis et la morphine: diminuent la douleur

❏ Stéroïdes androgènes: augmentent la vitalité

 

 Une pratique encore sévèrement sanctionnée

La loi marocaine est particulièrement stricte au sujet de la consommation de produits illicites en entreprise. Ainsi, d’après l’article 39 du code du travail, l’ivresse publique et la consommation de stupéfiants sont considérées comme des fautes graves pouvant entraîner le licenciement du salarié, confie le consultant en management Mourad Touati. En cas de dénonciation et de prise en flagrant délit, l’employé risque un emprisonnement d’une durée allant de deux mois à un an ainsi qu’une amende de 500 à 5.000 DH. Les poursuites pénales peuvent néanmoins être abandonnées si l’auteur de l’infraction consent à réaliser une cure de désintoxication dans un établissement thérapeutique répondant aux conditions prévues par l’article 80 du code pénal ou au sein d’une clinique privée agréée par le ministère de la Santé publique.

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