Economie

Flexibilité du dirham: Pas de changement significatif au premier jour

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5188 Le 16/01/2018 | Partager
L’appréciation de l’euro n’est pas liée à la réforme
La CGEM juge «faibles» les risques du nouveau régime

Les salles des marchés ont dû travailler dur le week-end pour effectuer les derniers réglages avant l’entrée en vigueur du nouveau schéma de cotation du dirham, lundi 15 janvier. Il fallait réajuster les moulinettes de calcul pour intégrer la nouvelle donne. Interrogé par L’Economiste sur la première journée, le responsable d’une grande banque assure que «la première journée s’est passée normalement».

Bank Al-Maghrib a affiché dès 8h30 les cours du dollar qui a atteint 8,9969 DH à la vente et 9,45 DH à l’achat. «Conformément au process, la banque centrale n’affiche pas le cours de l’euro, qui devra être décliné par les banques commerciales à l’instar des autres devises à partir du dollar», explique le banquier. Ces cours peuvent évoluer bien entendu à la hausse ou à la baisse. Pour la première journée de l’entrée en vigueur du nouveau régime de change, le cours de l’euro était stable entre l’achat et la vente autour de 11,30 DH en moyenne. Le dollar s’est négocié autour de 9,20 DH en moyenne.

La parité euro/dollar a évolué hier, lundi 15 janvier, passant à 1,2390 contre 1,2040, vendredi 12 janvier. Une variation qui a donné lieu à une hausse du cours de la devise européenne en ce début de semaine. Mais selon le responsable de la salle des marchés à Casablanca, cette progression n’est pas liée au nouveau régime de change, mais plutôt à une appréciation de l’euro sur le marché international face à un repli de la monnaie américaine.

La mise en œuvre de la flexibilité de change ne doit pas être confondue avec une dévaluation du dirham. La dernière fois que la devise nationale a été dévaluée (-5%) remonte à 2001 à la faveur du réaménagement limitant la composition du panier à l’euro (80%) et au dollar (20%). Les autorités monétaires et le ministère des Finances ont écarté toute hypothèse d’une dévaluation.

En ce premier jour de l’application de la réforme, «il n’y a pas de surenchérissement du dirham». La liquidité du marché a également été «normale», assurée par Bank Al-Maghrib (BAM), qui a publié trois circulaires fixant les nouvelles règles du jeu. C’est également la banque centrale qui fixe le cours du dirham contre le dollar. Elle fixe également les cours limites de la fluctuation correspondant au cours central avec une amplitude de + ou – 2,5%. BAM peut décider de fixer les cours limites de cette bande contre une autre devise que le dollar.

La banque centrale fixe chaque jour les cours de change de référence des devises contre le dirham sur la base des cotations des banques ayant statut de teneur de marché. En cas d’événement majeur impactant les devises, la banque centrale peut surseoir à la fixation des cours de référence d’une ou de plusieurs d’entre elles.

Bank Al-Maghrib assure la liquidité du marché à travers des séances d’adjudication pour la vente ou l’achat du dollar contre le dirham. Avant appel d’offres, elle fixe la nature de la transaction (achat ou vente), la nature de la devise, le montant, la date de valeur… Le montant d’une soumission ne doit pas dépasser un multiple de 500.000 dollars. C’est aussi la banque centrale qui publie la marge de fluctuation à partir de laquelle elle intervient sur le marché des changes. Pour chaque adjudication, elle arrête un cours minimum et un cours maximum.

Bank Al-Maghrib intervient également à travers d’autres instruments tels que les achats ou ventes de devises contre le dirham de gré à gré, les prêts et emprunts de devises ainsi que les swaps de change de devises.
Pour se prémunir contre les risques de change, les banques proposent une large gamme d’instruments de couverture adaptés aux besoins de chaque client.
Reste à préciser que la bande de fluctuation du dirham est appelée à s’élargir à court terme au-delà de 2,5% de part et d’autre avant de déboucher sur un régime de change flottant. Un processus qui devrait durer une quinzaine d’années.

Peu de risques

Pour la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), l’élargissement de la bande de fluctuation du dirham reste faible. «La fluctuation dont il est question est assez relative. Elle est en dessous de celle que connaissait le Serpent monétaire européen avant la création de l’euro. Du coup, cette mesure comporte très peu de risques pour les importateurs. La question qui reste posée concerne la possible dégradation de la valeur du dirham qui renchérirait le coût de la vie», déclare Abdelhakim Marrakchi, président de la Commission CGEM International. Et d’ajouter que le régime de change fixe connu jusqu’à présent s’est traduit par un dirham trop fort par rapport aux économies concurrentes. «Il a défavorisé l’investissement et l’emploi. D’ailleurs, les créations d’emploi au cours de ces dernières années ont été très faibles. Les efforts de productivité ne suffisaient plus à rattraper le surcoût enregistré d’année en année», conclut-il.

Historique du régime de change

■ 1959
- Création du dirham en remplacement du franc marocain
- Rattachement du dirham au franc français selon une parité fixe

■ 1973
- Détermination de la valeur du dirham à partir d’un panier de devises des principaux partenaires du pays

■ 1990
- Réaménagement du panier renforçant la part des monnaies européennes avec une dévaluation du dirham de 9,25%

■ 1999
- Réaménagement du panier en remplaçant les anciennes monnaies européennes par l’euro

■ 2001
- Réaménagement du panier limitant sa composition à l’euro et au dollar américain avec des pondérations respectives de 80% et 20% impliquant une dévaluation de 5%.

■ 2015
- Révision des pondérations du panier à 60% euros et 40% dollars

■ 2018
- Introduction d’une plus grande flexibilité de change avec la détermination de la parité du dirham dans une bande de fluctuation de ± 2,5% au lieu de ± 0,3%.
Source : Bank Al-Maghrib

 

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