Economie

Dirham: Quand Jouahri accusait les banques

Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:5187 Le 15/01/2018 | Partager
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La future bande de fluctuation du dirham est l’un des secrets les mieux gardés du pays. Sur le marché, le petit cercle des spécialistes spécule déjà sur l’hypothèse de 2,5% de part et d’autre de l’intervalle, écrivait L’Economiste dans son édition du 18 mai 2017

Le coup de gueule du gouverneur de Bank Al-Maghrib en juin 2017 est l’un des épisodes qui aura marqué le processus de réforme du régime de change du dirham. L’accélération inhabituelle des prises de position de change dans les salles des marchés de banques (plus de 40 milliards de DH en deux mois)  avant l’entrée en vigueur de la réforme avait irrité les autorités monétaires.

Abdellatif Jouahri avait clairement accusé les banques d’avoir spéculé sur une dévaluation du dirham. «Je veux savoir qui a fait quoi et pourquoi», tempêtait le gouverneur de la Banque centrale. Voici quelques extraits de l’intervention-choc aux questions posées par L’Economiste au gouverneur de Bank Al-Maghrib (Voir L’Economiste n°5051 du 22 juin 2017).

- L’Economiste: Comment expliquez-vous que les banques qui sont les plus avisées n’aient pas tempéré les ardeurs de leurs clients?
- Abdellatif Jouahri:
C’est pour cela que je suis hors de moi car cela remet en cause la crédibilité de la banque centrale et des autorités monétaires. Tout ce que je viens de vous dire, je l’ai répété à plusieurs reprises aux banques au cours des 14 réunions que nous avons tenues ensemble. Pour moi, elles étaient les meilleurs porte-parole de cette réforme vis-à-vis de leurs clients. Mais quand ces derniers jours j’ai relevé ce qui se passait, je n’étais pas du tout content parce qu’on spéculait contre le dirham. Je l’ai fait savoir aux présidents de banques et j’ai donné instruction à mes services de leur demander des justifications des opérations de couverture que leurs établissements ont effectuées ces derniers jours. S’il s’agissait d’opérations normales, type paiement de dividendes, des importations, il n’y aurait rien à dire. Mais là, il s’agit d’une spéculation sur le dirham. C’est inacceptable.

■ L’inspection de l’Office des Changes
Abdellatif Jouahri accuse les banques d’avoir au minimum poussé à la spéculation sur le dirham en pariant sur sa dépréciation. «Je veux savoir qui a fait quoi et qui est responsable de quoi», prévient le gouverneur de Bank Al-Maghrib. Autant dire que la mission d’inspection que la banque centrale va dépêcher dans les banques s’annonce musclée. Elle sera appuyée par une autre conduite par les équipes de l’Office des changes.
Toutes les opérations, du moins les plus significatives qui ont alimenté la bulle ces dernières semaines dans les salles des marchés, seront passées au scanner. Et s’il s’avère que certains ont franchi la ligne rouge, les pénalités vont tomber, confie un responsable à l’Office des changes.
Depuis un mois, les transactions se sont emballées sur le marché des changes pour atteindre 1,2 milliard de DH par jour, exerçant une forte pression sur les réserves des changes. Cette fièvre vient des opérateurs qui parient sur une dévaluation prochaine du dirham. Ces derniers ne croient pas, semble-t-il, aux assurances des autorités monétaires qui répètent qu’il n’y aura pas de dévaluation de la monnaie.
■ L’étonnante suspension de la réforme en juillet 2017
La brusque suspension de la réforme du régime de change du dirham la veille de sa mise en œuvre a été l'un des moments marquants de l'année 2017. Après plus de 6 ans de préparation technique, de campagnes de sensibilisation menées par les banques et les équipes de Bank Al-Maghrib, ce chantier a été stoppé net alors que tous les prérequis étaient réunis, aux dires des autorités monétaires. Les réserves des changes étaient au-delà de 6 mois d'importations, le cadre budgétaire relativement assaini et la résilience du secteur bancaire confirmée par les organismes internationaux. Dans ce contexte, la décision prise par le chef du gouvernement de «remettre à plus tard» cette réforme structurelle d'envergure «en attendant d'avoir plus de profondeur sur son impact», avait abasourdi les banquiers et les opérateurs économiques.

 

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