Régions

Jerada: Le placebo de Rabbah

Par Ali KHARROUBI | Edition N°:5184 Le 08/01/2018 | Partager
140 emplois sur des années à l'ONEE alors que les attentes sont estimées à 5.000
La wilaya lève les hypothèques des maisons de fonction des ex-ouvriers
Le seul salut peut venir de l'agriculture, la province recelant des terres fertiles
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Désemparé devant l’ampleur des revendications, Rabbah n’a pas pu  apporter à ses interlocuteurs, impatients, des propositions concrètes  (Ph A.K)

Déplacement peu concluant à Jerada pour Aziz Rabbah. Le ministre de l'Energie, des Mines et du Développement durable a, certes, pointé quelques revendications, mais n’a pas lancé de grandes mesures pour soulager la province du taux de chômage qui l’accable. Sa proposition: 140 emplois qui seront assurés par les services de l’ONEE. Toutefois, ils seront échelonnés sur des années.

Ce qui est insignifiant devant une attente estimée à 5.000 emplois (cahier revendicatif des protestataires). Le ministre s’est, sinon, contenté de promesses pour calmer les esprits. Pas de grandes alternatives pour sortir la province de sa crise. Pour seule annonce, il a rapporté que le gouvernement prépare un plan d’action «avec des engagements clairs pour enclencher le développement socioéconomique de Jerada et contribuer à la création d’emplois», sans pour autant préciser la nature de ces actions et leur timing.

Rabbah a également promis de favoriser les jeunes issus de la province pour les recrutements qui seront lancés pour les 4e et 5e unités de la station thermique de Jerada et le projet d’extension de la centrale thermo-solaire de Aïn Bani Mathar. En amont, la province sera dotée d’une carte géologique pour explorer le potentiel minier de la région et assurer une visibilité aux investisseurs.

La vraie mesure concrète au terme de deux jours de négociations a été lancée par le wali de la région, Mouad El Jamai. Il s'agit de la levée des hypothèques de la Conservation sur les maisons vendues par les «Charbonnages du Maroc» à ses ouvriers. Une ardoise de plus de 60 millions de DH. «C’est l’unique bonne nouvelle annoncée lors de ces rencontres», précise Ahmed Madani, l’un des propriétaires de ces maisons.

«La revendication première des habitants de Jerada est l’emploi», souligne de son côté Mohammed Sefraoui, ex-directeur d’exploitation de la mine de Jerada. Il explique dans une déclaration à L’Économiste que la plaine allant de Hassi Blal à Gafaït dégage une surface cultivable de 7.667 hectares. Ce qui pourrait contribuer à la création de 767 petites unités de production et assurer des emplois directs à plus de 2.000 bénéficiaires.

Cette alternative, qui n’est pas encore inscrite dans le cadre des programmes du Plan Maroc Vert, nécessite un accompagnement et encadrement du département de tutelle. Dans l’immédiat, l’irrigation de cette zone devra être faite en partie par les ressources existantes (les puits II et III, d’une profondeur de 800 et 300 mètres, emmagasinent plus de 20.000 m3 et sont facilement renouvelables).

En plus de ces puits, l’eau souterraine est abondante dans la province. Elle est facile à récupérer par sondage, stockage dans des bassins de rétention ou via un barrage collinaire. Infrastructure nécessaire pour la bien gérer. Selon une source de la Direction régionale de l'agriculture de l’Oriental, il faudrait entre 100 à 200 m3/hectare pour assurer une irrigation à fort impact productif. «Pour être plus pratique, il y a lieu de réaliser rapidement une étude de terrain pour fixer l’emplacement de ce barrage collinaire et quantifier les stations de pompage par l’énergie solaire, comme c’est le cas à Figuig», conclut Sefraoui.

Il est également possible de créer une unité pour la commercialisation de l’eau  minérale de Gafaït. Une eau réputée pour ses vertus médicinales et diététiques. Le débit, de la source principale de Gafaït est estimé à 84.000 litres/jour. Quantité suffisante pour assurer 5.600 bouteilles de 5 litres. Soit un chiffre d'affaires journalier de 14.000 DH à 2,5 dirhams la bouteille ou 5 millions de DH par an. Considérant que l’effectif de la station est de 50 personnes pour l’entretien, le contrôle, la distribution et la recherche en laboratoire.

Le dilemme de l’extraction

Faut-il fermer les puits clandestins d’extraction du charbon ou pas? Un dilemme que les autorités locales n’arrivent pas à résoudre. Ils sont confrontés à deux problèmes. Soit fermer définitivement les descenderies et priver des centaines de familles de leurs uniques ressources. Soit autoriser l’extraction de l’anthracite qui est d’une très bonne qualité (7.000 thermies). Cette deuxième option est onéreuse. En plus des risques qu’encourent les mineurs des descenderies, il faut investir gros dans l’achat d’un matériel qui ne sera pas utilisé pour longtemps. Selon les études réalisées par les Charbonnages du Maroc, les réserves ne sont pas d’une grande quantité pour enclencher une dynamique économique pour la province. Pour le moment, les ouvriers continuent à extraire le charbon, s’ils le veulent, mais doivent en assumer, seuls, la responsabilité.

De notre correspondant, Ali KHARROUBI

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