Economie

Aquaculture: L’objectif de 200.000 tonnes relégué aux calendes grecques!

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5184 Le 08/01/2018 | Partager
Nouvelle stratégie en phase d’élaboration avec l’appui de la FAO
Assurance, financement et fiscalité ont bloqué des projets d’investissement
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En termes de potentiel, les résultats préliminaires de 3 plans d’aménagement estiment la production globale à  380.000 tonnes (estimation officielle) et 338.000 tonnes (estimation professionnelle). La pisciculture (élevage de poissons)  arrive en tête (245.000 tonnes) suivie par la conchyliculture (110.000 tonnes) et l’algoculture (24.000 tonnes)

L’Aquaculture n’accroche toujours pas.  La production porte à peine sur 400 tonnes contre 200.000 projetées à l’horizon 2020. Et l’essentiel provient de la conchyculture et algues. Alors que la pisciculture (élevage de poissons) brille par son absence  dans les fermes.

Pourtant, l’activité a été hissée en tête des priorités de la stratégie Halieutis lancée en 2009. Avec à la clé, la mise en place d’un outil de pilotage dédié: l’Agence nationale de développement de l’aquaculture (ANDA). Visiblement, la volonté politique ne manque pas. Les atouts et potentialités sont également énormes. Les contraintes sont aussi légion (voir encadré ci-contre).

La dernière livraison de la direction des études du ministère des Finances en dresse un état on ne peut plus éloquent. Car il procède d’un benchmark  des expériences réussies, examine la tendance des marchés et fait le parallèle avec la concurrence.

L’intérêt de l’étude réside par ailleurs dans sa qualité de plateforme pour un prochain débat qui réunira l’ensemble des parties prenantes dans l’objectif d’élaborer une stratégie à l’horizon 2030. Mais cette fois avec le concours de la FAO. Histoire de s’arrimer aux objectifs de développement durable, en réduisant la pression sur la richesse halieutique.

A l’échelle mondiale, l’aquaculture est perçue en effet comme secteur d’avenir. De ce fait, elle connaît une  forte croissance. D’après la FAO, plus de 50%  des poissons commercialisés dans le monde proviennent de l’aquaculture. Une part qui devrait atteindre 75% à l’horizon 2030. C’est donc un secteur incontournable à la fois pour la sécurité alimentaire et la sauvegarde des ressources naturelles.

Ce qui explique les ambitions affichées par plusieurs pays y compris ceux  de la Méditerranée.  Ces derniers réalisent depuis 3 décennies une croissance annuelle moyenne de 4,6% de leur production aquacole. Un développement accompagné également d’une diversification des espèces d’élevage.
Pour le Maroc, bien que l’aquaculture y existe depuis 1924, elle ne s’est pas inscrite dans la dynamique de croissance connue par plusieurs pays de la région.

Le secteur aquacole y demeure encore à l’état embryonnaire par rapport à d’autres pays de la région (Tunisie, Espagne, Turquie…). Une situation en déphasage avec les perspectives prometteuses qui s’offrent au secteur aussi bien au niveau national qu’international.

Au niveau national, les opportunités sont importantes.  La demande pour le poisson est en progression soutenue. Elle résulte de la croissance démographique, du changement des habitudes alimentaires,  de la restauration, du tourisme et du déploiement de la grande distribution. Ceci d’autant plus que le pays est contraint de gérer les phénomènes qui exercent une pression sur les ressources marines et d’inscrire ce secteur dans une trajectoire de développement durable. A ce titre, l’aquaculture pourra être une solution  salvatrice et naturelle pour consolider l’offre en produits de la mer.

A l’export, la demande est également forte et suit une tendance haussière. Surtout, la dorade et le bar. Selon l’étude, l’examen des flux des échanges mondiaux des produits aquacoles et de leur dynamique permet de conforter cette analyse. Les échanges affichent une forte présence des pays méditerranéens sur le marché mondial des espèces ciblées par l’aquaculture marocaine.
Concernant les exportations de poissons, la Grèce et la Turquie constituent les premiers  au monde du bar et de la dorade, suivies de la Croatie et de l’Espagne.

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Pour le moment, le secteur aquacole compte une vingtaine de fermes qui emploient un peu plus de 250 personnes. Le tout opère dans la conchyliculture. A ce jour, l’ANDA accompagne une vingtaine de projets dont la capacité de production dépasse les 3.000 tonnes, en plus d’une écloserie de coquillage

A l’import, l’Europe reste, au niveau mondial, le plus important marché demandeur de dorade, de bar avec en tête l’Italie, l’Espagne et la France. Cette demande est de plus en plus importante notamment au Portugal, en Allemagne et aux Pays-Bas. De même, on assiste à l’émergence de nouveaux marchés potentiels affichant une forte dynamique de croissance des importations durant les dernières années, à l’instar des Emirats Arabes Unis pour le loup et la dorade.

Les exportations mondiales des produits conchylicoles ciblés par l’aquaculture marocaine se caractérisent par le poids important des moules dans les échanges qui a dépassé les 220.000  tonnes durant les 5 dernières années, assurées essentiellement par les Pays-Bas, l’Espagne et la Nouvelle Zélande. Quant aux huîtres, le marché international est approvisionné à hauteur de 20% par la France et de 16% par la Corée. Pour les palourdes, le marché mondial est approvisionné à hauteur de 70% par la Chine.

Concernant les importations des produits conchylicoles, les huîtres sont de plus en plus appréciées dans le monde entier avec une croissance continue de la demande pour la majorité des importateurs. Cette croissance est plus accentuée au Japon et aux Etats-Unis leur permettant de se classer en tête des acheteurs. Pour ce qui est des moules, l’UE confirme  sa position en tant que premier importateur mondial de ces produits avec la France en tête.
A côté des premiers importateurs classiques de palourdes, qui sont le Japon et les Etats-Unis, l’UE est un marché potentiellement prometteur représenté notamment par l’Espagne, le Portugal, l’Italie et les Pays-Bas.

Partant des analyses du secteur aquacole national et de la structure et des tendances du marché mondial, plusieurs leviers ont été identifiés en vue de promouvoir cette activité. Des pistes qui seront  mieux explorées lors du débat projeté. Ces leviers tiennent pour l’essentiel en la recherche/développement, l’aménagement du foncier et la mise en place d’incitations financières ciblées. «Le secteur de l’aquaculture étant à son stade de démarrage, il a besoin d’être soutenu à l’instar des autres secteurs comme l’agriculture, l’industrie et le tourisme», souligne l’étude.

                                                                       

Des atouts et… beaucoup de contraintes

Des potentialités naturelles en termes de diversité des zones pouvant abriter des activités aquacoles (les lagunes, les baies, la pleine mer ou les zones basses en bordure de mer). Le Maroc dispose d’un levier stratégique pour développer le secteur aquacole: libre accès au marché de l’UE.

Sans oublier la demande intérieure, en hausse soutenue. Seulement, les contraintes sont également légion. Difficulté d’accès au foncier, faible appropriation des techniques d’élevage, manque d’implication des acteurs financiers et absence de coordination des intervenants sur le littoral.
 Mais les obstacles difficilement surmontables pour le moment tiennent au triptyque assurance, financement et fiscalité.      
■ Assurance: Les fermes aquacoles sont exposées aux risques liés aux aléas climatiques. L’aquaculture nationale nécessite un soutien particulier en termes de couverture contre les risques, sachant que l’assurance au Maroc coûte jusqu’à 30% plus cher qu’à l’étranger.
La Mamda a proposé récemment une offre d’assurance dédiée à l’aquaculture, et qui couvre le cheptel aquacole, à travers un produit exclusif destiné aux éleveurs de poissons dans les bassins d’eau douce et marins ou aux propriétaires de fermes aquacoles. L’assurance multirisque aquaculture vise à couvrir la mortalité du cheptel aquacole suite aux événements pathologiques, météorologiques et autres dommages causés aux installations et équipements.
■ Financement: L’aquaculture est un secteur qui fait appel à des investissements importants aussi bien pour les besoins d’exploitation que pour les structures d’élevage. D’où le besoin de mettre en place des mesures incitatives pour encourager l’investissement dans ce secteur.
■ Régime fiscal: Les produits issus de l’aquaculture marine, assimilés à des produits de la pêche, sont exonérés de TVA sans droit de déduction. De ce fait, toute taxe réglée en amont sur les achats (intrants et équipements) constitue une charge supplémentaire au coût de production, car elle n’est ni récupérée, ni répercutée sur le consommateur final. Cette charge est supportée par l’opérateur dans sa totalité. Plus récemment, la loi de finances 2018 corrige cette non-neutralité: la TVA à l’intérieur et à l’importation de certains intrants réservés exclusivement à l’aquaculture serait exonérée. Il s’agit notamment des aliments destinés aux poissons. S’y ajoutent les alevins et les larves des autres animaux ainsi que les naissains de coquillage.
 Les investisseurs redoutent également la concurrence extérieure. Les espèces identifiées pour le secteur aquacole marocain sont produites à des prix très compétitifs sur le marché méditerranéen. Autrement dit, l’importation de ces produits pourrait fortement concurrencer les produits locaux. Surtout que le Maroc est toujours importateur net des alevins.

 

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