Primary tabs

Economie

Enseignement: Voilà pourquoi la fin de la gratuité est un mythe

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5182 Le 04/01/2018 | Partager
Seules les familles aisées seront sollicitées pour des frais d’inscription
Un décret en fixera les modalités
Le projet de loi-cadre relatif à la réforme en Conseil de gouvernement aujourd’hui
enseignement_budget_082.jpg

De 2011 à 2017, le nombre d’étudiants des universités publiques a augmenté de 71% pour atteindre 766.446 jeunes. Le budget, lui, n’a progressé que de 14%, pour se situer à près de 10 milliards de DH. Un montant insuffisant pour relever tous les défis du secteur 

Dira-t-on enfin adieu aux scénarios des réformes inachevées? Après plus de deux ans et demi de réflexion, le projet de loi-cadre de la réforme du système d’enseignement atterrit ce jeudi en Conseil de gouvernement. Un projet garantissant la continuité des orientations stratégiques.

Le texte reprend les recommandations de la vision 2015-2030 du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS). Il s’inspire également de la Charte nationale d’éducation et de formation de 1999. Le projet reprend ainsi la recommandation liée au principe de solidarité dans le financement du système d’enseignement, notamment dans le supérieur et le lycée.

L’article 42 évoque la diversification des sources de financement, avec la participation de toutes les parties prenantes, dont les «familles aisées». Pour sa part, l’article 45 cite l’introduction progressive de frais d’inscription (et non de scolarité) dans les établissements de l’enseignement supérieur, puis dans les lycées. Un décret d’application devra en fixer les modalités.

La proposition a suscité un véritable emballement médiatique. Certains sont même allés jusqu’à annoncer la fin de la gratuité de l’enseignement supérieur public. Mais qu’en est-il vraiment? «Cette affirmation est grave, car elle ne correspond pas du tout à l’esprit de l’avis du Conseil», souligne Albert Sasson, membre du groupe d’experts du CSEFRS, également membre fondateur de l’Académie Hassan II des sciences.

«Nous appelons simplement à la solidarité, comme nous le faisons pour d’autres causes nationales, tout en insistant sur trois piliers: l’équité, la qualité de l’offre et l’inclusion sociale. L’idée est de prévoir une contribution des familles qui le peuvent, en fonction de leur revenu. Il appartiendra au gouvernement de fixer un barème», poursuit-il.
Les familles concernées pourraient être facilement identifiées, selon l’expert. «Nous avons déjà entrepris le même exercice pour le système des bourses», rappelle-t-il.

Du côté des présidents d’université, le projet est bien accueilli. «Il faut donner les moyens à l’université de travailler et de préparer les transformations économiques et digitales qui se préparent», estime Abdellatif Miraoui, président de l’université de Marrakech, également membre du Conseil. «Il n’a jamais été question de toucher au principe de gratuité, ou d’empêcher un jeune issu d’un milieu défavorisé d’accéder au supérieur.

En France, des frais d’inscription sont imposés, et pourtant le cycle n’est pas considéré comme payant», ajoute-t-il. En France, des droits allant de 184 à 1.311 euros par an sont exigés, en fonction du diplôme et de la spécialité choisie (avec une exonération des étudiants boursiers).

Au Maroc, tenant compte du pouvoir d’achat des ménages, les frais seraient beaucoup plus symboliques. «De toutes les façons, les universités publiques sont à but non lucratif. L’argent finira par revenir aux étudiants, puisqu’il sera réinvesti dans l’amélioration de la qualité de l’offre globale», insiste Miraoui.

Un budget supplémentaire permettrait plus d’innovation pédagogique, d’équipements, de cours de langues et de soft skills, et davantage d’activités culturelles et sportives dans les campus, auxquelles les jeunes démunis ne pourraient pas accéder ailleurs.

«Contrairement à ce que l’on pourrait penser, c’est une mesure en faveur de l’équité entre les étudiants», insiste, quant à lui, Driss Mansouri, président de l’université de Casablanca (près de 106.000 étudiants pour un budget de 200 millions de DH). Une étude relative à l’origine socioprofessionnelle des parents, menée par l’université de Casablanca, a démontré que 60% des parents de la région sont en mesure de payer des frais d’inscription.

«L’apport d’une rallonge budgétaire de 40 ou 50% serait inestimable. Les universités, qui disposent toutes des instances et outils nécessaires pour gérer cet argent, veilleront à tout réinvestir dans la vie étudiante et la qualité de la formation», souligne Mansouri.
Pour le primaire et secondaire, le projet de loi-cadre insiste sur la gratuité de la scolarité obligatoire (jusqu’à l’âge de 15 ans), sachant que même dans ces niveaux, des frais d’inscription sont déjà de mise.

D’autres contributeurs

Le texte envisage de faire appel aussi à la solidarité des collectivités territoriales, entreprises publiques et secteur privé. Dans l’article 41, il est prévu de mettre en place un «cadre contractuel stratégique», précisant la participation du secteur privé dans le financement et le développement du système d’enseignement, de formation et de recherche scientifique. Les régions en déficit d’offre seraient prioritaires dans le cadre de ce partenariat. Des incitations seraient offertes.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc