Economie

Une croissance molle avec peu d’emplois

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5181 Le 03/01/2018 | Partager
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Tarik El Malki est docteur en économie. Il est enseignant-chercheur au groupe Iscae et membre du Centre marocain de conjoncture (CMC) (Ph. L’Economiste)

Pour Tarik El Malki, la croissance sera toujours volatile, erratique, peu incluse et avare en création d’emplois. Ceci, tant qu’un  nouveau modèle n’est pas mis en place. Ce dernier doit être tourné vers de nouveaux secteurs d’activité à forte valeur ajoutée. De même, une nouvelle génération de réformes à caractère social doit être introduite. Entretien.

- L’Economiste: Comment vous expliquez un taux de croissance de plus de 4,1% en 2017 avec l'aggravation du chômage
- Tarik El Malki:
Le raffermissement progressif du cycle d’activité en 2017 constaté tout au long du premier semestre de l’année confirme, dans une large mesure, les pronostics de reprise établis en début d’année. Les principaux facteurs agissant sur la dynamique de croissance, aussi bien du côté de l’offre que de la demande, présentent des configurations en constante amélioration.  Les hésitations suscitées, d’un côté, par le retard de pluie au tout début de la campagne agricole et, de l’autre, par les incertitudes persistantes de l’environnement international se trouvent actuellement  dépassées.
La mise en rapport de l’ensemble des facteurs agissant sur l’activité économique tant du côté de l’environnement international que du côté de la dynamique  interne dans sa double dimension, économique et sociale, laisse entrevoir pour l’exercice 2017 un redressement significatif du cycle d’activité. Le taux de croissance prévisionnel pour l’ensemble de l’année 2017 devrait se situer à 4,3%, marquant ainsi une hausse de plus de trois points par rapport au creux de l’année 2016. Cette perspective placerait l’année 2017 sur l’un des sommets de la courbe de croissance  enregistrés depuis 2010 et qui, suivant l’analyse conjoncturelle, représenterait le point ultime de la phase ascendante du cycle d’activité.

- Quel impact sur le niveau de l’emploi?
- L’amélioration du niveau d’activité en 2017 ne devrait pas avoir un impact significatif sur la situation de l’emploi. Le modèle de croissance qui prévaut depuis quelques années au Maroc semble marquer un certain déphasage entre les performances de l’activité et la dynamique de l’emploi. D'où la nécessité de mettre en place un nouveau modèle de croissance que le CMC (Centre marocain de conjoncture) appelle de ses vœux depuis plusieurs années déjà.

- Quels en sont les contours?
- Le modèle à initier doit se baser sur le raffermissement de l’option industrielle du pays. A commencer par la consolidation des acquis du Plan d'accélération industrielle mis en place en 2014 et le développement de nouveaux secteurs d'activité à forte valeur ajoutée (économie numérique, métiers liés à l'économie verte, économie de l'innovation …) où il y a d'importants gisements de croissance et d'opportunités en matière de création d'emplois. Le problème de notre économie est que, malgré l'évolution des taux de croissance d'une année sur l'autre, celle-ci crée trop peu d'emplois, au regard des besoins d'absorption des jeunes diplômés qui arrivent tous les ans sur le marché du travail. La situation s'est détériorée ces cinq dernières années avec une création moyenne d'environ 50.000 postes  par an alors que durant la décennie 2000, nous étions sur des niveaux supérieurs à 150.000.

- Comment expliquez-vous la situation?
- Il y a  un paradoxe entre les effets d'annonce en termes de création d'emplois dans l'industrie notamment (avec l'implantation de grands constructeurs automobiles internationaux) et la réalité brute sur le terrain. Cela peut créer à terme une situation de frustration de la part de notre jeunesse, de plus en plus exigeante, mais désabusée, qui n'a le choix qu'entre une situation de chômage, des emplois précaires ou l'exil. La croissance au Maroc se caractérise, en outre, par sa faible inclusion, ce qui s'est traduit par une augmentation des disparités sociales et territoriales.
Il faut remédier à cela au plus vite à travers la mise en place d'une véritable politique active de l'emploi, l'accélération de la régionalisation avancée et une meilleure coordination entre les différentes politiques sectorielles. Sans oublier la mise en place d’une politique sociale et de solidarité. Ces éléments sont les seuls de nature à mettre l'économie du Maroc sur les rails de la compétitivité et de l'émergence.

- Les prémices d'une mauvaise campagne agricole se précisent. Quelles perspectives pour la croissance en 2018?
- Sachant que la campagne 2016-2017 a été marquée par des conditions climatiques particulièrement favorables, il est fort probable que de telles conditions ne pourront se reproduire de façon comparable pour la deuxième saison consécutive. Dans une telle hypothèse, le secteur agricole et l’ensemble des activités primaires constitueront un facteur de ralentissement de l’activité. Lorsque l’on sait l’impact de la performance du secteur agricole sur la croissance du pays, on peut imaginer que la configuration de la croissance pour 2018 sera très contrastée.
Le taux de croissance projeté dans le scénario prévisionnel de 2018 ne pourrait dépasser dans ces conditions 3,7% en termes réels, ce qui équivaudrait à une contraction de plus d’un demi-point de celui prévu pour 2017. Cette perspective se révèle assez modeste eu égard aux objectifs annoncés.
Propos recueillis par Abdelaziz GHOUIBI

 

 

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