Competences & rh

Violence scolaire: L’Unesco insiste sur l’enseignement des valeurs

Par Tilila EL GHOUARI | Edition N°:5180 Le 02/01/2018 | Partager
L’organisation prône des cours dédiés dès le primaire
Elle préconise aussi l’amélioration du statut et du niveau de vie des profs
Gare à l’extrémisme violent
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Les cas qui remontent le plus concernent les élèves entre eux. La violence des élèves envers leurs enseignants est tout aussi importante que celle des profs envers leurs élèves

La médiatisation des cas de violence en milieu scolaire n’a pas laissé de marbre l’opinion publique. Plusieurs vidéos, où l’on voit des élèves s’en prendre à leurs enseignants, et des professeurs usant du châtiment corporel durant leurs cours, ont été mises en ligne, suscitant l’indignation générale.

Une affaire dont l’Unesco s’est emparée, avec l’appui de la Commission nationale marocaine pour l’éducation, la culture et les sciences. Cela a donné lieu à une étude de la situation de la violence en milieu scolaire.

Ces situations de violence prennent différentes formes. Près de la moitié sont des agressions verbales, alors que près du tiers sont corporelles (voir illustration). Pour prévenir le phénomène au sein des écoles, le rapport de l’Unesco plaide d’abord pour la valorisation du statut des enseignants. Cela devrait passer par l’amélioration de leurs conditions de travail et leurs niveaux de vie. L’entité onusienne pour l’éducation recommande également d’intégrer des cours sur les valeurs dès le primaire.

Elle prône aussi le renforcement des compétences des enseignants qui prennent en charge les clubs de l’éducation à la citoyenneté et le suivi des élèves. «De tels projets nécessitent la mise en place de cellules d’écoute et de clubs de débat. Ces derniers permettent aux élèves de pratiquer au quotidien le dialogue, le respect de l’autre dans la diversité, la tolérance, la responsabilisation, la participation à la mise en place de code de conduite les concernant», explique Philippe Maalouf, spécialiste du Programme éducation à l’Unesco, pour le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et la Tunisie. «Autant de valeurs qui leur permettent de se construire en tant que futurs citoyens», ajoute-t-il.

Ces mêmes mesures permettront également de prévenir l’extrémisme violent et de lutter contre la radicalisation. L’Unesco rappelait déjà en 2016, lors d’une rencontre avec de hauts responsables de l’éducation à Rabat, que le «Maroc fait partie des pourvoyeurs des jihadistes pour les groupes terroristes moyen-orientaux». L’ancien ministre de l’Education nationale, Rachid Benmokhtar, a confirmé cette donne, «l’extrémisme est une problématique réelle.

Nos livres scolaires ne sont pas de bons exemples, et tout ceci est à reprendre à la racine», avait-il déclaré. «Il faut revoir les programmes scolaires en matière d’éducation, de religiosité», avait-il insisté. Depuis, ce travail a été entrepris, les cours s’axent, désormais, sur cinq valeurs centrales que les élèves devront s’approprier. Il s’agit de: attazkiya, al Iqtidaa, al istijaba, Al qist et al hikma (voir L’Economiste du 20 septembre 2016. Edition 4859).

D’un autre côté, l’entité onusienne insiste sur «la révision des approches pédagogiques afin de responsabiliser l’élève». Les tâches du personnel administratif doivent aussi être clarifiées pour qu’il puisse assurer l’encadrement et le suivi nécessaires aux enfants.

«C’est pourquoi il est important de raisonner en termes d’approche globale, où tous les acteurs seront mobilisés, y compris la société civile», souligne Philippe Maalouf. Le parascolaire doit, lui aussi, être pris en considération. Les établissements devraient inclure des activités d’épanouissement pour les enfants au lieu de les laisser livrés à leur propre sort. Par ailleurs, les centres d’écoute au niveau des établissements gagneraient à être opérationnalisés et renforcés.

Encombrement des classes, un facteur de risque

Les sureffectifs en classe font partie des principaux maux dont souffre le système éducatif public au Maroc. Nombreux sont les établissements accueillant plus de 40 élèves par classe (jusqu’à 60 dans certaines). Dans ces conditions, la tâche des enseignants devient pour le moins difficile. Souvent, ils perdent le contrôle, notamment face à des adolescents de nature rebelle. «Les classes encombrées ne favorisent pas des rapports pédagogiques positifs et apaisés. Dans certains cas, un traitement fondé sur la discrimination entre élèves se développe», indique l’Unesco. «Cela peut représenter une source de frustration et d’injustice, provoquant des comportements violents», signale l’entité onusienne.

 

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