Régions

Jerada: «On ne veut rien d’autre que du travail»

Par Ali KHARROUBI | Edition N°:5180 Le 02/01/2018 | Partager
La grève générale du vendredi dernier suivie à 100%
Réunions avec les autorités boycottées par les protestataires
Ils refusent de discuter avec les élus qui sont aussi grossistes de charbon
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Des milliers de familles n’arrivent plus à s’acquitter de leurs redevances en électricité et en eau potable. La goutte qui a fait déborder le vase et fait sortir toute une ville. En plus des habitants de Jerada, des centaines de protestataires sont venus de toutes les localités de la province pour exprimer leur solidarité (Ph. AK)

Une seule revendication résume le Hirak de Jerada: «Nous cherchons une alternative économique». Mères de familles ou célibataires, jeunes diplômés, hommes sans perspectives, saisonniers sans activité ne réclament qu’une chose: travailler. Une requête qui mobilise tous les habitants d’une province qui enregistre l’un des taux les plus élevés de chômage. Idem pour le niveau de vie qui ne cesse de déchoir.

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Un visage qui dit beaucoup sur l’amertume de la vie dans une ville à la couleur du charbon (Ph. AK)

Devant l’ampleur des revendications et l’intensité des protestations, les autorités locales ont compris qu’il était temps d’intervenir pour que les contestations ne dégénèrent pas. Le long du weekend, le wali de la région et le gouverneur de la province ont tenu des réunions marathoniennes avec les différents intervenants (partenaires sociopolitiques, élus provinciaux et communaux, syndicaux et acteurs associatifs.) pour dresser la liste des attentes et imaginer des scénarios pour calmer les esprits. Certains ont répondu à l’appel d’autres non. Parmi les grands absents les élus du PJD. Est-ce par prudence et calculs politiciens ou pour ne pas engager le gouvernement qu’ils président?

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En dépit de la dureté de la vie, les jeunes croient en un avenir meilleur et se mobilisent pour faire entendre leurs revendications de manière pacifique (Ph. AK)

Au cours de ces rencontres, Mouad El Jamaï, wali de la région s’est livré à un exercice d’écoute pour déblayer les requêtes et les classer par ordre de priorité. Celles qui peuvent être exaucées localement et celles qui nécessitent un engagement de Rabat. «Nous avons exposé plusieurs alternatives pour sortir la province de sa misère tout en expliquant qu’on n’est pas là pour remplacer les représentants de la mouvance populaire» rapporte Lahcen Alghali, président de l’Association des Charbonnages pour le handicap mental et la mémoire minière de Jerada.

Quant aux représentants du Hirak (ceux qui mobilisent les foules), ils exigent la corrélation de la responsabilité à la reddition des comptes, la présence d’une délégation ministérielle et refusent de discuter avec ceux qu’ils considèrent à l’origine de leur drame: les élus, responsables locaux et grossistes du charbon. Ceux qui leur achètent le charbon à 70 DH le quintal et l’écoulent jusqu’à 10 fois plus, rapporte Brahim Laaouissi, l’un des animateurs de ce mouvement.

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Le Centre de Pneumologie et de la Silicose de Jerada, qui devait traiter quelques 6.000 personnes; avec des équipements très modernes de télémédecine: était-ce vraiment nécessaire de mettre en avant de tels investissements pour se passer de la présence des hommes? Quel message envoie-ton aux vrais habitants? (Ph. L'Economiste)

Il n’est pas le seul à qualifier les trois grossistes de la ville de «barons de l’or noir» et responsables de leur détresse. «D’où la nécessité de dépêcher une commission d’enquête pour spécifier les responsables des graves dysfonctionnements que connaît leur ville et une délégation ministérielle pour marquer l’engagement effectif du gouvernement» précisent plusieurs intervenants lors du sit-in du vendredi, qui a ponctué la grève générale.

Dans le sillage, les 155 représentants des quartiers de la ville sont en train d’élaborer une liste de revendications et désigner leurs représentants pour les exposer au wali et les délégations ministérielles qu’ils attendent. Le cas échéant la grogne ne s’estompera pas dans une région frontalière où le pire est à éviter.

Les barons du charbon tenus pour responsables

Si les mineurs continuent à travailler clandestinement, c’est parce qu’il existe un véritable marché dont ils sont les pourvoyeurs. Alors, au péril de leur vie, ils descendent au fond des mines, sans aucun filet de sécurité, seul moyen de survie. La collecte vendue au prix de la vie pour certains, et achetée pour une bouchée de pain par d'autres. Les témoignages en ville sont unanimes: Les 3 grands revendeurs de charbon en ville, et qui ont pignon sur rue, sont des élus, un de l'Istiqlal (Deghou), l'autre du PAM (Toutou) et le dernier de l'UC (Baha). Des élus qui profitent de la situation vulnérable. Le sac de charbon y est acheté auprès de ces pauvres gens à 70 DH, alors que ce même charbon coûte plus de 10 fois plus cher à Casablanca et Rabat, soit 800 DH. Les jeunes mineurs s'insurgent: «Allez vérifier sur Google, le prix du charbon! Il coûte 60 euros le quintal sur le marché européen», martèlent-ils ivres de colère.

 

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