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Rétrospective 2017

Croissance, cotation du dirham: Deux équations à résoudre en 2018

Par L'Economiste | Edition N°:5179 Le 29/12/2017 | Partager

■ Flexibilisation du dirham: Aux calendes grecques

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Abdellatif Jouahri, gouverneur de Bank Al Maghrib et Mohamed Boussaid, ministre des Finances. Les deux responsables avaient annulé subitement la conférence de presse commune sur la réforme du régime de change (Ph. Bziouat)

La brusque suspension en juillet dernier de la réforme du régime de change du dirham la veille de sa mise en œuvre, a été l’un des moments marquants de l’année 2017. Après plus de 6 ans de préparation technique, de campagnes de sensibilisation menées par les banques et les équipes de Bank Al-Maghrib, ce chantier a été stoppé net alors que tous les prérequis étaient réunis, aux dires des autorités monétaires. Les réserves de change étaient au-delà de 6 mois d’importations, le cadre budgétaire relativement assaini et la résilience du secteur bancaire confirmée par les organismes internationaux. Dans ce contexte, la décision prise par le Chef du gouvernement de «remettre à plus tard» cette réforme structurelle d’envergure «en attendant d’avoir plus de profondeur sur son impact », avait abasourdi les banquiers et les opérateurs économiques. Personne n’a à ce jour, compris la motivation de cette décision d’autant plus que les études d’impact avaient été réalisées par Bank Al-Maghrib et ses conclusions communiquées au gouvernement. La brusque montée des prises de position de change (40 milliards de DH en devises) réalisées dans les salles de marché durant les deux mois précédant le basculement avait peut-être refroidi les autorités monétaires qui avaient accusé les banques de spéculer sur la dévaluation du dirham. Mais cela aurait-il suffi à renoncer à une réforme d’aussi grande importance?

                                                                          

■ La pression se relâche sur le compte courant

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Il y a 4 ans, le déficit du compte courant culminait à près de 8% du PIB (7,8%). Ce niveau était clairement perçu comme une menace pour les équilibres extérieurs du pays. D’où la souscription à la ligne de précaution et de liquidité (LPL) de 6 milliards de dollars auprès du Fonds monétaire international.
En 2017, le déficit du compte courant devrait se situer à 3,6% du PIB, soit 2 fois moins que le niveau de 2013, selon les projections de la Banque centrale. Et il devrait se stabiliser au même niveau en 2018 avant de redescendre à 3,3% l’année suivante. Ce retour au «standard» préconisé par le FMI tient à la bonne tenue des recettes du tourisme, des transferts des fonds de Marocains résidant à l’étranger (MRE) et de dons émanant des monarchies du Golfe (8 milliards de DH en 2017 et 7 milliards attendus en 2018). La stabilité des IDE vers le Maroc devrait également largement contribuer à tenir les équilibres extérieurs.
Les réserves de change devraient s’établir à 239 milliards de DH en 2017, 238 milliards en 2018 et 237 milliards de DH l’année suivante. Dans tous les cas, elles couvriront plus de 5 mois d’importations de biens et services. Le FMI suggère que ce matelas couvre au moins 3 mois d’importations.

                                                                          

■ Butane: Le coût budgétaire est-il tenable?

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Encore une année de perdue sur la décompensation du gaz butane malgré un coût budgétaire de plus en plus lourd? Et 2018 pourrait être marquée par le même immobilisme sur ce dossier ultrasensible. Le choix du schéma technique n'est pas l'unique raison du statu quo  puisque la crainte de la réaction de la rue est un paramètre aussi important.
En attendant, le Trésor doit décaisser près de 10 milliards de DH en 2017, soit près de 3 milliards de plus que l'année précédente pour soutenir le prix du butane.  Entre 2016 et 2017, la charge de la compensation du gaz butane a augmenté de plus de 42% sous l'effet de la hausse des cours internationaux du gaz butane Cette hausse s'est également accompagnée par celle de la consommation de près de 3%.

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Le gouvernement reconnait que des scénarios sont à l'étude avec comme priorité la préparation des «conditions de réussite» de cette réforme. Une préparation qui devient l'alibi pour son report d'année en année. «Nous ne pouvons pas nous hasarder au risque de sanctionner les ménages les plus modestes. L'identification qui servira au ciblage va démarrer en 2019, le temps que la plateforme informatique soit prête», avait déclaré à L'Economiste Lahcen Daoudi, ministre des Affaires générales et de la la Gouvernance (cf. L'Economiste N°5087 du 16/08/2017). Or l'évolution du cours a  prouvé que le système actuel est coûteux et imprévisible. Un premier pas a été entrepris avec la suppression de la subvention des produits pétroliers et la libéralisation de leur prix. Sur la période 2008-2016, la charge totale de la compensation du gaz butane a atteint 92,6 milliards de DH. Ce qui constitue un important coût par rapport à l'investissement public.
K. M.

                                                                          

■ Finances publiques

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solde_budgetaire_079.jpg, by hlafriqi

La réforme de la fonction publique dont le système des salaires, est peut-être la meilleure nouvelle à venir pour les finances publiques et plus globalement la croissance, à condition de passer réellement à l'action. Le poids de la masse salariale (12% du PIB) reste un sujet de controverse surtout face à la qualité du service public rendu. L'idée d'intégrer la notion de productivité comme un élément majeur dans la politique de rémunération des fonctionnaires, pourrait permettre d'avoir des salaires qui reflètent les efforts déployés par chacun et non un système fondé essentiellement sur le grade et l'échelle.
En attendant, les dépenses de personnel se sont établies à 96 milliards de DH à fin novembre 2017. Elles absorbent les recettes d'IS, d'IR et la TVA intérieure réunies (95 milliards au total) sur la période. Par ailleurs, la remontée des prix des produits énergétiques à l'international (en particulier le gaz butane) a accentué la pression sur la charge de compensation qui a augmenté de 23% sur un an à fin novembre 2017.

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La note positive se trouve au niveau des investissements qui ont légèrement augmenté de 3% à 54 milliards de DH, malgré plusieurs mois de blocage suite au retard de formation du gouvernement. L'effet d'entraînement sur l'investissement privé reste toutefois limité. A fin novembre, le déficit budgétaire a reculé de 21% à 31 milliards de DH. La prévision d'un gap équivalent à 3,5% du PIB en fin d'année devrait être respecté. L'ajustement budgétaire devrait se poursuivre pour converger vers l'objectif d'un déficit contenu aux alentours de 3%. Cela dit, l'amélioration des équilibres macroéconomiques a pour l'instant des effets limités sur la croissance et l'emploi.
F.Fa

                                                                          

■ La trajectoire de la croissance vue par BAM

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Selon les prévisions rendues publiques lors de son dernier Conseil de l’année tenu le 21 décembre, le PIB devrait croître de 4,1% en 2017 contre seulement 1,2% l’année précédente. Cette accélération (c’est l’expression utilisée dans la note de synthèse de la Banque centrale) est imputable à un rebond de la valeur ajoutée agricole (+14,7%). Mais dès 2018, la croissance retomberait à 3% au regard de l’anticipation d’une campagne céréalière moyenne, voire beaucoup moins. La mise à jour des prévisions au printemps 2018 donnerait une indication plus proche de la manière dont se comportera l’économie. La dépendance structurelle à l’agriculture ne doit pas masquer la faiblesse de la croissance du PIB non agricole, relèvent les autorités monétaires.
A.S.

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