Economie

Terrains de proximité: Talbi veut en finir avec l’anarchie

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5178 Le 28/12/2017 | Partager
Le vide juridique et institutionnel a favorisé des pratiques malsaines
Reconfigurer le modèle pour unifier les modes de gestion
800 centres à réaliser l’année prochaine
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Pour Rachid Talbi Alami, ministre de la Jeunesse et des Sports, «la multiplicité des modèles de gestion des CSP a créé de la confusion. Aujourd’hui, il est impératif que ces structures, qui rendent un service public à caractère social, restent gratuites» (Ph. Bziouat)

«Je dois réaliser 800 Centres sociaux sportifs (CSP) en une année, avec un coût global de 600 millions de DH. Ces terrains de proximité, qui seront répartis entre les villes et la campagne, s’inscrivent dans la ligne droite de la politique royale en matière de sport de masse, gratuits et ouverts à tout le monde».

Rachid Talbi Alami est conscient du déficit criant et cherche à le combler rapidement. Son ministère de la Jeunesse et des Sports avait auparavant signé des conventions pour réaliser 1.000 terrains de proximité à l’horizon 2012.  
«Nous sommes fin 2017 et nous n’en avons construit que 300. Le coût de réalisation était estimé entre 6 à 7 milliards de DH.  J’ai donc stoppé tout de suite ce programme, qui prévoyait plusieurs modèles de CSP. Les uns coûtent 4 millions de DH l’unité (avec construction d’une administration, cafétéria,…) les autres 750.000 DH (le même, sans construction). A côté des terrains du ministère, l’INDH et certaines communes ont réalisé les leurs.

La première tâche à laquelle s’est attelé Rachid Talbi Alami depuis son arrivée à la tête du ministère de la Jeunesse et des Sports a été de reconfigurer le modèle. Il a négocié avec le Fonds d’équipement communal (FEC) pour obtenir une avance de 600 millions de DH, le montant nécessaire à la réalisation des 800 terrains de proximité.

Mais comme le FEC ne finance pas les ministères, il a fallu transiter par les collectivités territoriales. Les ministères des Finances et de l’Intérieur ont donné leur accord de principe. Dans la pratique, les conseils provinciaux et préfectoraux vont délibérer et adopter une convention afin d’introduire une demande de crédit auprès du FEC qui le reversera au ministère de la Jeunesse et des Sports.

Ce dernier réalise le projet à travers la Direction des équipements publics du département de l’Equipement. «Le rôle des collectivités territoriales est d’identifier et de mobiliser le foncier. Une fois le terrain identifié et apuré, le délai d’exécution ne dépassera pas 3 mois. Si tout le monde se mobilise, une année suffira pour réaliser les 800 CSP», note le ministre. Au final, c’est le département de Rachid Talbi Alami qui remboursera le FEC sur une période de 4 ans.

Beaucoup de monde fait du business

Par ailleurs, le ministre épingle le modèle de gestion. L’objectif est d’y mettre de l’ordre. Chaque ville dispose de son propre modèle, ce qui a créé de la confusion et le désordre chez tout le monde. Ainsi, 69 CSP sont gérés directement par le ministère via un Segma. D’autres par des associations, qui effectuent  le travail gratuitement ou contre paiement. Aucun tarif n’est officiellement fixé.

Or, cette anarchie ne peut pas durer, s’insurge le ministre. Pour lui, il est impératif de choisir un modèle de gestion pour travailler dans la transparence. Toutefois, il reconnaît que les infrastructures payantes sont dominées par des cadres de la classe moyenne ayant les moyens de payer. Monopolisant ainsi les terrains de proximité, au détriment des jeunes défavorisés. «Lorsque je vois la cartographie, les grandes villes ne sont pas bien loties. Casablanca souffre. Ce qui a été réalisé est insuffisant.

A Rabat et Tanger, le bilan est très moyen. A part cela, le déficit est énorme», lâche Rachid Talbi Alami. Dans ces affaires, beaucoup de monde fait du business, dans un domaine où la gratuité devrait être la règle. Des associations gestionnaires des terrains de proximité exigent le paiement de 200 DH le match, sans donner un bon ou une facture. Selon lui, il est impératif de «trouver un équilibre entre les deux.

Les uns paient des cotisations pour assurer la maintenance et la gestion des CSP. Une action sociale pour donner aux jeunes la possibilité de profiter de cette infrastructure gratuitement. Je ne critique pas les pratiques mais le vide institutionnel, juridique et réglementaire qui a donné lieu à ces aberrations. Nous sommes en train de revoir tout cela pour construire un modèle clair, formel, avec des cahiers des charges de la délégation de gestion.

C’est la condition sine qua non si nous voulons, à l’avenir, confier un CSP à une association, à un acteur public ou à un privé», martèle le ministre. Idem pour les salles couvertes devenues payantes, alors que les jeunes n’y vont plus et préfèrent jouer dans la rue. «Nous avons des salles couvertes payantes fermées.

C’est simple, il faut les ouvrir. Nous avons des centres d’accueil jadis très fréquentés par les jeunes, qui sont devenus payants. L’échec de gestion est criant. Le Segma de ces trois catégories s’arrêtera dès le 1er janvier 2018. Ces infrastructures, qui rendent un service public à caractère social, doivent rester gratuites».

Le diagnostic du ministre est sévère: «le département n’a pas accompagné l’évolution et la modernisation de l’Etat marocain. Il est resté prisonnier de l’Etat socialiste, il ne s’est pas détaché de la gestion directe des activités». Si le département des Sports a délégué l’ensemble des activités aux fédérations, celui de la Jeunesse n’a fait aucun effort, estime-t-il. Il n’a pas non plus mis en place des modèles de gestion qui lui permettent le contrôle de la qualité des services fournis.

«Aujourd’hui, l’urgence est de créer une base de données des associations accréditées, qui respectent les normes, subissent des contrôles et reçoivent des subventions. Autrement dit, des associations inscrites dans le registre du ministère qui lance des appels à projets avant d’accorder la gestion à une association. Tout cela n’existe pas».

Un vide institutionnel et juridique sidéral. Ce qui fait dire à Rachid Talbi Alami que son «ministère aide à la création d’associations fictives, à l’encouragement de la médiocrité, au développement des pratiques frauduleuses. La cause, c’est nous». En affirmant cela, le ministre n’attaque pas les associations mais son département.

Les enfants des recasements

Le ministère a signé une convention avec Al Omrane. Chaque année, ce groupe finance des colonies de vacances pour les enfants des quartiers insalubres, dans le cadre des opérations de recasement. Al Omrane prend en charge entre 3 à 4.000 enfants, qui passent par les associations travaillant avec le ministère. A partir de la saison prochaine, le ministère prendra en charge directement 13.000 enfants qui seront intégrés dans les colonies de vacances mais seront sélectionnés par le groupe des différentes opérations de recasement au Maroc.

«Popotes» dans les colonies de vacances

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Sur le dossier des colonies de vacances, les cadres ont fait preuve de résistance au changement. Ils ont alerté le ministre sur la grève des associations s’il venait à toucher au système en place. Il ne les a pas écoutés. Certains d’entre eux avaient «l’habitude de la popote. Je l’ai arrêtée», dit-il. Par un tour de passe-passe, une association inscrit 3.000 enfants à la colonie de vacances alors qu’elle n’en amène que 1.500. Elle encaisse le montant de la nourriture des 3.000. Le surplus est redistribué entre les cadres dont certains sont membres d’associations. «Au final, les associations ont adhéré et salué la nouvelle démarche. Le problème se trouve dans le ministère», avance Talbi Alami.

 

 

 

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