Analyse

Risque de change: Si le Franc CFA était dévalué...

Par Franck FAGNON | Edition N°:5176 Le 26/12/2017 | Partager
Congo, Gabon et Togo seraient les plus exposés selon Standard & Poor’s
Pour l’instant, aucun élément ne justifie la révision de la parité du FCFA
La situation est très loin du contexte d’avant 1994 (dernière dévaluation)
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Malgré la pression sur les réserves de changes, elles couvrent 56% des émissions monétaires dans la zone CEMAC et environ 80% dans l’UEMOA. L’on est loin des conditions précédant la dévaluation de 1994

Ciments du Maroc a essuyé l’année dernière une perte sèche de 115 millions de DH, suite à la dévaluation de 55% de la livre égyptienne. L’instabilité des devises émergentes a parfois pesé sur les résultats consolidés de l’OCP. Ces cas rappellent que malgré les opportunités dont regorgent certains marchés émergents, notamment les économies africaines, les risques dont celui de change y sont non négligeables. Les spéculations autour de la dévaluation du Franc CFA ne laissent donc pas indifférentes les entreprises marocaines.

Pour les groupes (banques, télécoms, immobilier) exposés sur ces marchés, c’est un sujet hautement important. Une dévaluation du Franc CFA aura un impact en minorant les dividendes qui remontent aux maisons mères. Surtout que les intérêts marocains en Afrique sont concentrés dans les zones UEMOA(1) et CEMAC(2).

Jusque-là, les groupes bancaires ont plutôt bien absorbé la conjoncture difficile en Afrique centrale après des tensions budgétaires liées à la baisse des prix des matières premières. Le contexte est différent selon les zones économiques, rappelle Rémy Carasse, analyste crédit chez S&P Global Ratings: «Les pays de la CEMAC sont dépendants des recettes pétrolières et les termes de l’échange se sont détériorés entraînant une chute des réserves de changes.

Par contre, les économies sont un peu plus diversifiées dans la zone CFA en Afrique de l’Ouest et sont donc moins sensibles à la baisse des prix des matières premières». Le contexte défavorable sur le marché des matières premières a affaibli les pays de la CEMAC dont le PIB est aujourd’hui 30% inférieur à celui de la zone UEMOA.

Une dévaluation du Franc CFA est écartée pour l’instant par les analystes de Standard & Poor’s. Parmi les arguments avancés, les réserves de changes qui restent à des niveaux acceptables malgré les baisses des dernières années. Les avoirs extérieurs couvrent 56% des engagements monétaires des Etats d’Afrique centrale qui utilisent le Franc CFA.

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Les principales économies des deux zones se sont fortement endettées en devises ces dernières années pour financer les programmes de développement. En cas de dévaluation, ce serait l’un des points de vulnérabilité

Ce taux est proche de 80% pour les pays de l’UEMOA. Ces taux sont nettement au-dessus du seuil minimal de 20% prévu dans le cadre de l’arrangement avec le Trésor français. Ce qui n’était pas le cas avant la dévaluation de 1994. Par ailleurs, l’inflation reste modérée dans les deux zones avec une moyenne de 2,2% dans l’UEMOA et 3,1% dans la CEMAC. «Les accords entre le FMI et certains pays de la CEMAC pourraient éloigner le risque de dévaluation», soutient Carasse.

Tout en excluant une dévaluation, l’agence de notation financière a établi un classement des pays qui y seraient le plus vulnérables au regard de leur situation économique. Selon S&P, le risque de dévaluation est plus élevé dans la CEMAC que dans l’UEMOA. En outre, «contrairement à 1994, l’on pourrait théoriquement assister à une dévaluation dans une zone et pas dans l’autre», note Rémy Carasse.

Une manipulation du taux de change aura un impact lourd sur la dette puisque les principales économies des deux zones se sont fortement endettées en devises pour financer les plans de développement. Sur les quatorze pays en revue, le Congo Brazzaville et le Gabon où se concentrent beaucoup d’intérêts économiques marocains seraient les plus vulnérables à une dévaluation de la monnaie. Quant aux deux locomotives de l’Afrique de l’Ouest, le Sénégal figure assez haut sur l’échelle de vulnérabilité à la 5e place. La Côte d’Ivoire est classée 10e.

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(1) Union économique et monétaire ouest-africaine
(2) Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale

 

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