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LGV: Le calendrier définitif

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5166 Le 12/12/2017 | Partager
La pose des rails finalisée avant la fin de l’année
«Circuler à 320 km/h relève de l’horlogerie suisse»
Une lourde procédure d’homologation du système en 2018
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«Les centres de commerce au niveau des nouvelles gares permettront de rentabiliser une partie du coût de la construction via les redevances et les baux… Conjugué à la valorisation du foncier situé autour de la gare, le modèle permettra d’assurer un bon retour sur investissement et d’amortir une bonne partie du coût du projet», souligne Mohamed Rabie Khlie, DG de l’ONCF (Ph. Bziouat)

- L’Economiste: Quelle est la vision qui sous-tend la stratégie des nouvelles gares?
- Mohamed Rabii Khlie:
Pour améliorer les conditions d’accueil et de confort de ses clients et leur offrir des produits et des services innovants, l’Office réalise un ambitieux programme de modernisation et de construction de gares ferroviaires. Ce programme marque une rupture avec la conception traditionnelle qui assimile les gares à de simples points de transit. Il s’agit pour nous de les transformer en véritables centres de vie.
Depuis 2010, pas moins de 42 gares ont été modernisées ou construites, selon ce nouveau concept, qui intègre harmonieusement ces édifices dans l’environnement urbanistique des villes. L’idée aussi est de les positionner en tant qu’espaces communautaires, multifonctionnels, qui offrent des services diversifiés aux voyageurs et visiteurs. Les nouvelles gares en construction au niveau de Tanger, Kénitra, Rabat et Casablanca, suivent cette même vision et franchissent un palier supérieur.  Ce projet nous permet de faire face à la progression de la demande de mobilité, mais aussi de soutenir la grande vitesse et capter la valeur du gain du temps qu’elle apporte. Nous nous fixons également comme ambition d’accompagner le développement urbain qui s’opère dans les villes et contribuer à stimuler leur progrès économique et la dynamique à grande échelle du tissu urbain qui entoure ces gares.
A mon sens, la valeur créée autour d’une gare ferroviaire n’est plus à démontrer. Encore moins quand il s’agit d’une gare grande vitesse. L’immobilier qui entoure ce genre de gare est vite valorisé et dopé par les effets induits par cette technologie. Bien au-delà des quartiers mitoyens, c’est toute l’activité économique de la ville, qui se trouve dynamisée. L’arrivée de la grande vitesse crée non seulement de la valeur et de l’emploi, mais elle permet aussi et surtout un développement urbanistique harmonieux qui rayonne et se reflète sur les agglomérations avoisinantes.

- Quel est le modèle que vous avez retenu ?
- Les gares sont devenues de vrais centres de vie. Prenez l’exemple des deux gares de Rabat qui abriteront près 90 commerces, avec une offre de différentes prestations: restauration, services bancaires, téléphonie, habillement… avec des enseignes qui en font de vrais centres commerciaux. En somme, ce sera aussi bien des prestations complémentaires au voyage que d’offres qui ciblent une clientèle autre que les passagers. Ces centres de commerce permettront également de rentabiliser une partie du coût de la construction via les redevances et les baux... Conjugué à la valorisation du foncier situé autour de la gare, ce modèle permettra d’assurer un bon retour sur investissement et d’amortir une bonne partie du coût du projet.

- Quel est l’état d’avancement du projet ?
- Le projet est pratiquement achevé au niveau des travaux de pose des rails, de caténaire… A la fin de cette année, techniquement, il sera terminé. Resteront les essais pour valider le matériel roulant, le système de signalisation, le rodage et la formation du personnel sur la ligne à grande vitesse. Circuler à 320 km/h relève de l’horlogerie suisse. Donc, tout doit être nickel, avec une lourde procédure d’homologation du système en 2018. A l’issue de toutes ces étapes, la ligne à grande vitesse sera mise en service commercial.

- Avez-vous arrêté votre grille tarifaire?
- Un train à grande vitesse transporte 532 passagers, 1.064 s’il faut compter ses deux rames jumelées. C’est donc du transport de masse. Après trois ans d’exploitation, nous ciblons entre 5 à 6 millions de passagers par an. Nous travaillons sur une tarification qui permet une modulation des prix des billets. Nous voulons inciter les voyageurs à anticiper leurs voyages, pour bénéficier d’une large palette de tarifs.
Certains seront inférieurs à ceux pratiqués aujourd’hui, particulièrement pour ceux qui prennent leurs tickets à l’avance. Il s’agit de maximiser le revenu généré par le train en faisant payer tout un chacun ce dont il est capable. L’équation est simple: les voyageurs paieront moins que maintenant s’ils prennent leurs tickets 15 jours à l’avance, et s’ils évitent le sillon de 8h du matin pour prendre celui de 11h ou midi. Des efforts de pédagogie et de communication sont nécessaires. Nous y travaillons.

- Vous avez lancé un appel d’offres pour la commercialisation des locaux dans les nouvelles gares. Quelles sont vos prévisions de recettes ?
- Dans cette opération, nous sommes accompagnés par des professionnels de la commercialisation. La compétition ne se jouera pas au niveau des prix, mais en fonction des références et de la notoriété de l’enseigne. Notre démarche est transparente. Nous n’allons pas faire payer des droits de jouissance ni de ticket d’entrée. Le loyer est fixé selon une étude de marché. Ce prix dépendra de la superficie et la nature du commerce.
Le revenu de ces commerces conjugué à la valorisation du foncier autour de la gare permettra un bon retour sur investissement.
Propos recueillis par Mohamed CHAOUI

 

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