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Société

Démystifier l’autisme

Par Karim Agoumi | Edition N°:5164 Le 08/12/2017 | Partager
Des spécialistes invités par l’hôpital 20 Août à Casablanca révèlent la face cachée de la maladie
Les signes à détecter et les dernières méthodes de prise en charge
L’art comme moyen de dépassement de la maladie
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L’hôpital 20 Août vient d’abriter sa seconde journée dédiée aux handicapés. L’évènement, placé sous le thème de l’autisme, visait à faire connaître au grand public cette maladie souvent incomprise. Parallèlement aux conférences, des activités ludo-éducatifs répondant aux besoins spécifiques des enfants en situation de handicap ont été organisées dont notamment un atelier de légo «Kapla» (Ph. Jarfi - les visages ont été modifiés)

Les personnes autistes sont souvent incomprises et rejetées. C’est pour mieux les comprendre et changer le regard de la société à leur égard que l’hôpital 20 Août de Casablanca vient de leur dédier sa seconde journée pour les personnes handicapées. Une manifestation riche en enseignements qui a réuni associations et experts, pour débattre d’un sujet sensible, qui mériterait davantage d’intérêt et d’investissement.

Des spécialistes de la question dont notamment le docteur en psychiatrie Ghizlane Benjelloun et la pédopsychiatre Rajae Sbihi, ont, tour à tour, pris la parole pour informer le grand public de la face cachée de l’autisme. Cette maladie, qui se définit par une communication déficitaire et par des comportements «stéréotypés», altère considérablement la perception sensorielle des individus atteints. Ceci explique leurs comportements anormaux et leurs habitudes étranges.

«Lorsque l’autiste se couvre violemment les oreilles, c’est en fait parce qu’il est hypersensible aux bruits environnants», affirme Sbihi. «L’ingurgitation de mets non comestibles s’explique de la même manière par une insensibilité gustative», ajoute-t-elle. Les spécialistes présents ont également précisé que l’accompagnement et le traitement de l’autisme nécessitent tout d’abord d’en repérer les différents symptômes, souvent méconnus du grand public.

«Des signes tels que l’attachement aux rituels, l’absence de mimiques,  l’évitement du regard, ou encore des troubles de l’alimentation repérables via un diagnostic spécialisé», confie Benjelloun. Ce diagnostic, incluant bilan psychomoteur et examens neurologiques, doit être réalisé par plusieurs médecins spécialisés. Plus le diagnostic est précoce, plus les effets secondaires comme l’automutilation et les comportements destructeurs seront évités.

Les parents des enfants atteints peuvent alors recourir à une prise en charge médicale adaptée, prenant notamment la forme de séances d’orthophonie,  visant à réapprendre à prononcer les mots. Ou encore d’équithérapie, discipline utilisant le contact avec les chevaux pour atteindre des objectifs thérapeutiques bien déterminés. L’on peut aussi opter pour une méthode américaine basée sur l’approche par le jeu, l’Early start Denver Model, qui a déjà fait ses preuves dans bon nombre de pays.

Côté chiffres, le Maroc ne possède pas de données épidémiologiques précises sur l’autisme. Néanmoins, l’OMS estime que 1% de la population mondiale est atteinte par la maladie. «Un taux qui, rapporté à notre pays, indiquerait que près de 400.000 à 500.000 Marocains souffrent de ce handicap», souligne Laila Benhmidoun, directrice de l’hôpital 20 Août.

Le Royaume avance à petits pas dans son combat contre cette maladie, même si le pays a encore beaucoup de progrès à accomplir. «Il est vrai que le Royaume est premier en Afrique en matière de dépistage de l’autisme. Cependant, nous manquons de professionnels pour prendre en charge la maladie», explique Benjelloun.

La manifestation comportait également des témoignages poignants de mères de patients autistes. Bon nombre de ces parents s’impliquent en effet corps et âme pour tenter de subvenir aux besoins de leurs enfants, très souvent jugés et maltraités au sein de la société. «Notre emploi du temps est millimétré comme du papier à musique, et chaque nuit est une nouvelle galère à vivre avec son lot d’angoisse», a confié, entièrement gagnée par l’émotion,  l’une d’entre elles.

L’évènement a également fait la part belle à l’art comme moyen de dépassement du handicap. Des enfants provenant de nombreuses associations telles que SOS Autisme, ou encore l’Association marocaine enfants sourds (AMES) ont pu ainsi participer à des activités ludo-éducatives adaptées à leurs besoins, souligne Jihane Boukentar, mécène et partenaire de l’organisation de la journée.

Parmi les activités, un atelier d’art-thérapie tenu par un spécialiste du domaine ainsi qu’un atelier de légo spécifiquement conçu pour les autistes portant le nom de «Kapla». L’artiste handicapée Fatima-Zehra Faska a aussi démontré que le handicap ne représentait pas une limite à la créativité par la réalisation en direct d’une de ses toiles, devant le regard ébahi des enfants.

Au programme également, des lectures de contes traduits en langage des signes et une performance «live» de graffitis par le groupe Placebo. Plusieurs artistes engagés, tels que  l’acteur Omar Lotfi et  le chanteur Said Mouskir, ont enfin voulu marquer les esprits des plus jeunes et des adultes présents en chantant des refrains optimistes et inspirants. Une façon de dire à leur manière qu’il y a toujours de l’espoir, quelle que soit la difficulté du problème.

L’INDH se mobilise à Casablanca

L’Initiative nationale pour le développement humain a accompli ces derniers mois plusieurs actions concrètes pour combattre les ravages de l’autisme à Casablanca. L’organisme a tout d’abord accru la capacité d’accueil de trois centres, dont celui de Chorouk appartenant à SOS Autisme. Près de 49 véhicules de transport spécifiques à la maladie ont, par ailleurs, été mis à disposition des patients pour faciliter leur déplacement particulièrement délicat. Des classes spécialisées – près de 36 au total – ont en outre été équipées pour répondre au besoin d’intégration scolaire des enfants atteints. Le groupe a aussi délivré des formations aux nouvelles associations du domaine. Enfin, la wilaya de la ville blanche sensibilise depuis près de trois ans le grand public et les acteurs de la société à cette maladie.

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