Competences & rh

Femmes cadres: Plus fidèles et moins matérialistes

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5161 Le 05/12/2017 | Partager
Seules 7% quitteraient leur employeur sans hésiter pour une question de salaire
61% n’ont jamais changé d’entreprise pour un revenu supérieur
Conditions de travail, enjeux pour la vie privée… ce qui les préoccupe
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Pour aguicher des talents féminins, il ne suffit pas de brandir un salaire mirobolant. Mieux vaut leur proposer un package répondant à leurs attentes. Les managers femmes sont, d’abord, soucieuses de la nature de leurs fonctions et des conditions générales de leur travail.
Leurs attitudes varient, cela dit, en fonction de l’employeur. Celles employées par des multinationales et entreprises privées marocaines, par exemple, analysent en priorité le cadre professionnel qui leur est promis. Tandis que celles des entreprises publiques évaluent en premier lieu les implications que le changement aura sur leur vie privée

L’argent n’est pas leur principale motivation. Les femmes cadres ont bien d’autres préoccupations. 61% n’ont jamais changé d’employeur pour un salaire supérieur. Pour les attirer, il faut donc activer d’autres leviers. Seulement 24% ont déjà troqué leur entreprise pour une meilleure rémunération une fois, et uniquement 16% l’ont fait deux fois ou plus.

C’est ce que révèlent les conclusions de l’enquête du cabinet Decryptis auprès de 510 femmes cadres, réalisée entre juin et septembre 2017, et dont L’Economiste publie aujourd’hui, en exclusivité, la deuxième partie. Deux autres chapitres sont prévus, «L’articulation travail/famille» et «Femmes cadres et quotas». La première était consacrée à leur contexte professionnel (voir l’édition N° 5142 du 7 novembre 2017).

Plus prévoyantes

Elles sont donc plus faciles à fidéliser que leurs homologues hommes. «Pourvu qu’elles soient profondément respectées, et sur tous les aspects, y compris en matière de salaire», souligne Essaid Bellal, fondateur du cabinet Diorh. «Je ne sais pas si elles sont plus fidèles, en tout cas, elles sont plus justes.

Elles portent des valeurs d’éthique souvent supérieures», estime, pour sa part, Zakaria Rbii, président de l’Agef (l’Association nationale des gestionnaires et formateurs des ressources humaines), également vice-président ressources humaines de Centrale Danone.

Avant de prendre une décision aussi lourde que celle de changer d’entreprise, les femmes cadres ont tendance à se poser de nombreuses questions. Si elles se voient proposer une rétribution plus importante, elles considèrent d’autres aspects en priorité (voir illustration).

Notamment, le climat général de travail, la nature de la fonction à occuper, les responsabilités qu’elles devront endosser… Elles mesurent ensuite les conséquences du changement sur leur vie privée. Seules 7% affirment accepter de saisir l’opportunité d’une rémunération plus consistante sans hésiter.

«Puisqu’elles ont plus de responsabilités familiales, les femmes ont plus conscience de l’équilibre entre les contraintes professionnelles et la vie privée, tandis que les hommes prennent davantage de risques», explique Rbii. «Cette prise de conscience limite parfois leur carrière, car elles sont plus altruistes.Il est de la responsabilité de l’entreprise de les encourager, et de celle des époux de savoir ralentir leur ambition pour leur permettre de progresser elles aussi dans leur carrière», ajoute-t-il.

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La majorité des femmes cadres semblent avoir confiance en elles-mêmes. 71% n’estiment pas qu’elles auraient mieux réussi si elles étaient des hommes. Les célibataires sont les plus nombreuses à penser que le fait d’être une femme n’est pas un inconvénient (80% contre 64% pour celles mariées). Toutefois, près d’une sur trois considère le fait d’être un homme comme plus avantageux

Tant que les conditions qui comptent à leurs yeux ne sont pas réunies, les femmes cadres préfèrent se contenter de ce qu’elles ont. D’ailleurs, 37% d’entre elles n’ont pour l’heure aucune ambition, si ce n’est de «maintenir leur situation actuelle». «Se sentir respectée, reconnue et évoluant dans un environnement confortable et sécurisé, c’est ce qui leur importe le plus», pense Bellal. «L’homme a plus tendance à courir derrière un salaire plus élevé, au risque même de sombrer dans une dépression. La femme cadre, elle, est plus prévoyante. Quand elle se sent bien, son salaire devient secondaire», poursuit-il.  

Cette attitude pousse, par ailleurs, les femmes managers à être plus frileuses par rapport à la prise de responsabilités. Seulement 5% des sondées ont confié souhaiter grimper dans la hiérarchie. Sans le soutien de leurs entreprises, les femmes ambitieuses visant à aller au bout de leurs rêves resteront toujours minoritaires.

«Les entreprises ne contribuent, malheureusement, pas à faire émerger des talents féminins. Et plus l’environnement managérial est masculin, plus l’on insistera sur les contraintes familiales des femmes. Or, cela ne l’empêche pas d’avoir une carrière», avait confié à L’Economiste, Zakia Hajjaji, DRH d’Orange, membre de l’Agef. Certaines multinationales et grandes entreprises tentent de s’investir dans ce sens, mais leurs efforts demeurent insuffisants.

Sanctionnées pour leur congé maternité

Certes, les pauses effectuées par les femmes lors des congés maternité ne sont pas seules responsables de l’évolution de leur carrière. Néanmoins, elles jouent dans leur progression, et surtout, dans leur rémunération, creusant ainsi l’écart avec leurs collègues hommes. «Il existe encore des entreprises qui paient les bonus au prorata des mois travaillés. C’est une aberration que de pénaliser une cadre parce qu’elle a donné naissance à un bébé», condamne Zakaria Rbii. «Elle devrait bénéficier de dispositifs de flexibilité lui permettant de reprendre progressivement le cours de sa carrière, sans la pénaliser durant cette phase d’un à deux ans où elle doit élever son bébé», poursuit-il. Très peu d’employeurs sont malheureusement dans cette logique.

 

 

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